Le Blog de Christian Grenier, auteur jeunesse

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La minute du vieux schnock

La minute du vieux schnock : billet d'humeur

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Lundi 13 mars 2017

LA DEMOCRATIE… ET SES LIMITES ?

En cette période d’élections ( Brexit, Donald Trump, primaires de la droite et de la gauche, présidentielles, législatives ) je continue de m’interroger sur…la pertinence de la démocratie.

Eh oui, ce mode d’élection permet de mettre au pouvoir – aux USA, à titre d’exemple… – d’anciennes vedettes de cinéma ( Ronald Reagan ) de la téléréalité ( Donald Trump )… ou des professionnels de la politique ( les Kennedy, les Bush, les Clinton – ah non, on y a échappé ) qui se succèdent comme nos anciens rois.

A noter que si un écart sexuel ( Bill Clinton & Monica Levinsky) peut vous causer les pires ennuis, des mensonges d’état caractérisés n’empêchent pas un certain George W. Bush d’être réélu et de continuer de parader sans être accusé de crime d’état : les « armes de destruction massive » inexistantes, ont pourtant été le prétexte d’une guerre qui a causé des milliers de victimes. De quoi ( presque ! ) regretter Saddam Hussein !

Très étrange, non ?

Pourquoi continuer à vouloir élire démocratiquement un chef d’état ?

Ne serait-il plus simple de porter au pouvoir le plus riche – ou ( ce qui revient au même ) celui qui dispose des plus gros moyens, légaux ou pas, pour effectuer sa campagne ?

Ou encore celui qui bénéficie du soutien indirect des médias ? Donald Trump l’a d’ailleurs admis : qu’importe qu’on en dise du mal, l’essentiel est qu’on parle de lui !

La démocratie, semble-t-il, c’est donner raison au plus grand nombre. Soit.

En ce cas, au lieu de demander aux électeurs de se déplacer pour mettre un bulletin de vote dans une urne, ne serait-il pas plus rapide, économique et judicieux de demander à chacun qu’il vote… au moyen de son téléphone portable ( qui, aujourd’hui, n’en possède pas un ? ).

Récemment, en écoutant la radio, je suis tombé sur RMC au moment où le présentateur procédait à un sondage concernant… le baccalauréat ! Puis la circulation alternée.

Faut-il le ( la ) conserver ? Vous êtes pour ou contre ? Votez !

Aujourd’hui, la vox populi l’emporte.

Imaginez plutôt : au lieu d’avoir des députés ( qu’il faut élire, payer – et qui souvent, c’est un comble, ne se déplacent même pas à l’Assemblée ! ) dont le niveau des débats ( et des insultes ) est assez consternant, pourquoi ne pas demander à la population de s’exprimer, par le biais du Smartphone, si l’on est pour ou contre :

* la suppression du bac

* la circulation alternée

* la peine de mort

* l’accueil aux immigrés

* le stationnement payant à Paris

* les impôts…

J’en passe – et je devine que vous vous interrogez : est-ce que Grenier plaisante, ou pas ?

A peine.

Parce que notre façon d’élire un ( unique ) responsable national devient aussi ridicule et people que les sondages des auditeurs de RMC.

Imaginons que nous ne puissions conserver, à la télé, qu’une seule émission.

Savez-vous celle qui arrive en tête des audiences ? D’après Internet… c’est The Voice !

Suivi de Plus belle la vie.

Mais la meilleure audience nationale en 2016 a été… L’amour est dans le pré !

Qui dit mieux ? Emmanuel Macron ( avec « Je crois dans l’intelligence des Français ! » en 2016 ) ou… De Gaulle ( avec « Les Français sont des veaux ! » en1940)

S’il faut se fier à la majorité, et s’il ne fallait garder qu’une seule chaîne, ce serait TF1 ( 18,6% d’audience ). En queue de peloton, Arte avec 1,9% et… LCP ( 0,3% d’audience, mais qui regarde LCP ? Euh… moi, entre autres ! )

Où je veux en venir ?

A ceci, comme je le suggère de façon provocatrice dans mon roman Virus LIV 3 :

Il ne devrait pas y avoir un représentant du peuple, mais plusieurs, seuls décisionnaires suite à un débat et à leur accord unanime.

Ces représentants ( une quarantaine ? ), irréprochables, ne seraient pas payés. Et ils retrouveraient leur emploi ordinaire après une période donnée.

De façon provocatrice, j’imagine dans mon récit que ce sont… des intellectuels, des écrivains et des philosophes – une hérésie qui entraîne une « dictature des Lettrés ». Mais la dictature des uns est l’utopie des autres – euh… oui, je revendique le copyright de cette formule !

Rêvons d’une société gouvernée de façon collective par :

* des sommités reconnues dans leur spécialité ( médecine, philosophie, économie, etc. ) comme Hubert Reeves, Axel Kahn, Nicolas Hulot, Pierre Rabhi, Claude Hagège, Michel Onfray, Joseph Stiglitz, Aung San Suu Kyi, le pape François, le Dalaï Lama… j’en passe.

* des citoyen(ne)s ordinaires, un commerçant, un agriculteur, un ouvrier, un chômeur, un chef d’entreprise, une mère ( ou un père ) au foyer, etc.

Comment seraient-ils choisis ?

Pour le premier groupe, par leurs pairs ( à noter que les responsables religieux le sont déjà ! ) Pour le second groupe… au hasard.

La stochastocratie est d’ailleurs un mode de gouvernement qui perdure : les jurés des cours d’assise sont choisis de cette façon. Une manière de mettre un citoyen ordinaire devant des responsabilités extraordinaires.

Un roman de Gérard Klein ( Le sceptre du hasard ) aborde ce point de vue de façon caricaturale. Je l’évoque souvent lors de mes conférences.

La question qu’on me pose alors est :

- Et… ça fonctionne, la « stochastocratie » ?

Ce à quoi je réponds :

- Pas très bien. Mais au fond, pas tellement plus mal qu’avec les autres modes de gouvernement !

Lundi 02 janvier 2017

Economie ou écologie ?

L’économie est devenue tendance et prioritaire – comme si c’était là, pour l’humanité, la priorité des priorités et l’indiscutable évidence : faire progresser la production ( et, euh… surtout la consommation ) et augmenter le pouvoir d’achat.

L’argent semble donc désormais le seul moteur du progrès et l’unique objectif de nos sociétés.

Etrange, aux yeux de celles et ceux, dont je suis, qui jugent que la priorité est la survie de notre espèce ( et par voie de conséquence, la gestion raisonnée de notre milieu ) et, en ce qui concerne l’humanité, le bonheur des milliards d’individus qui la constituent : un bonheur qui passe par l’épanouissement et des garanties sur le plan de la santé, de la paix, de l’éducation et de la culture.

Au XIXe siècle, le capitalisme était productif : il générait des emplois et des richesses – au détriment d’une population laborieuse qui travaillait d’arrache-pied, souffrait, vivait mal et mourait jeune. Au XXIe siècle, l’économie de marché a entraîné un usage vicié de l’argent virtuel qui provoque la spéculation : faire des bénéfices avec de l’argent placé qui rapporte !

On en a vécu les effets ( les « subprimes », prêts hypothécaires à risques ) sans rien changer au système. Et pour cause : quand une banque fait faillite, c’est l’état qui paie. Et dans la plupart des pays, l’état est intimement lié au système bancaire.

Eh oui, la banque est un organisme indispensable : impossible de ne pas passer par une banque pour se faire verser son salaire. Nous sommes prisonniers des banques qui, par ailleurs, nous font payer ( via cartes bancaires, placements, retraits, etc. ) ce qu’elles considèrent comme un service : encaisser notre argent et s’en servir.

En cas de faillite, les épargnants se verront rembourser un minimum légal, après quoi ils n’auront que leurs yeux pour pleurer. Et c’est l’état ( donc la population imposable ) qui paiera. Notre économie de marché privatise les bénéfices… et nationalise les pertes !

Et nous, les citoyens, loin de nous en offusquer ou de protester, nous continuons de juger ce système normal, évident. Nous le soutenons, nous en sommes à la fois victimes et complices – étonnant, non ?

Au XXIe siècle, si les citoyens de la planète ne peuvent pas vivre et travailler où ils veulent, l’argent, lui, circule librement ( à condition qu’on en ait beaucoup ) et les trusts ont le droit :

  • de faire travailler à l’autre bout du monde des enfants de 12 ans pour 1 euro par jour.

  • de vendre ces produits avec des bénéfices scandaleux.

  • de ne pas payer d’impôts ( ou très peu ) dans les pays où ces produits sont vendus grâce à des mécanismes financiers complexes mais souvent légaux, et grâce à la complicité de paradis fiscaux ( Suisse, Irlande, Singapour, îles Caïman, j’en passe ) qui vivent… de ces mécanismes financiers autorisés ( et créés ! ) par l’économie de marché.

Ce magnifique système continue de fonctionner au vu et au sus de tous : Manuel Barroso, président de la Commission européenne, aurait, en accord avec Goldman Sachs ( la banque la plus puissante du monde ) modifié et orienté sa politique… avant d’être recruté par cette même banque, un joli retour d’ascenseur pour services rendus.

A quoi a-t-il été condamné ?

A rien, malgré l’indignation générale et une pétition de 150 000 signatures – le comité d’éthique européen a jugé qu’il n’y avait pas faute…

Euh… et l’écologie ?

Dire qu’elle passe au second plan est un euphémisme : dans les discours politiques des récentes primaires, je ne me souviens pas, sur les dizaines d’heures de déclarations et de discours de novembre dernier, que le mot ait été prononcé ! Encore moins le problème du réchauffement climatique.

Ah, si : Donald Trump, lui en a parlé : le changement climatique serait à ses yeux « une connerie (… ) un canular, (…) un concept inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ( sic ).

Donald Trump a aussi choisi son futur secrétaire d’état : c’est Rex Tillerson, le PDG d’Exxon Mobil, le plus riche trust pétrolier : avec ses 400 milliards de chiffre d’affaire, c’est la deuxième richesse mondiale après Apple.

On traite Trump et Exxon de… « climatosceptiques ». Là encore, c’est un euphémisme : ils ne sont pas du tout sceptiques : ils vont jusqu’à nier le réchauffement climatique – ou admettent à la rigueur qu’il existe, mais sans que l’activité humaine soit en cause.

Conséquence : on ne change rien. Tout pour l’économie, rien pour l’écologie.

Sont-ils vraiment dupes ?

Je ne le crois pas – ce qui à mes yeux les rend encore plus coupables : «  enrichissons-nous d’abord, et après nous, le déluge ! » Sans doute pensent-ils, comme le suggère le titre du dernier ouvrage de l’économiste d’Antenne 2 François Lenglet ( qui ne passe pas pour un écologiste militant ) : Tant pis, nos enfants paieront.

En ce début d’année, je lance un pari : celui des constatations météo de l’année qui vient de s’écouler. Sans doute, comme la plupart des années précédentes, 2016 aura-t-elle été « l’année la plus chaude connue depuis que les relevés météo existent. »

L’économie s’en moque. Elle s’adaptera.

Et nous nous habituerons aux catastrophes, aux inondations, aux alertes…

Dans mon roman Cinq degrés de trop ( 2008 ), j’évoquais ( entre autres ) l’état de la pollution de la Chine en général et de Pékin en particulier en l’an 2100.

Eh bien je me trompais : cette situation est là, neuf ans après la sortie de mon bouquin !

CG

Lundi 19 décembre 2016

L’avenir du livre, c’est le livre de…

cuisine. Mais oui, vous avez bien lu. Entrez dans une librairie et examinez les rayons. Comparez celui des romans de ( vraie ) SF avec celui des livres de cuisine.

L’avez-vous remarqué ? La bouffe est très tendance. Ah, je l’admets : je suis grossier, mais moins que les journalistes des informations qui, depuis quelques mois, s’entêtent à nous glisser de la nourriture un peu partout, sous une forme ou sous une autre.

Il est question des vacances ? Allez, hop, on fait un saut chez les restaurateurs pour savoir ce que mangent les touristes. Un reportage sur la Provence ? Impossible de ne pas évoquer la fabrication locale de l’huile d’olive. Un arrêt à Marseille ? On passe par la case bouillabaisse. A l’approche de Pâques, on file chez les confiseurs pour étudier de près la fabrication des œufs et des poules en chocolat, avec démonstrations et dégustations comparatives à l’appui.

De gré ou de force, entre une coupe du monde et un nouvel attentat, on n’échappera pas à la recette du jour, à l’interview d’un chef étoilé, aux nouvelles tendances des sandwiches ou au documentaire détaillé sur la confection d’une vraie pizza italienne – désormais, c’est un passage obligé.

On me rétorquera : la gastronomie est une spécialité française. Oui, au même titre que la haute couture, les parfums et la littérature. Depuis l’an 2000, la France a décroché trois Prix Nobel – les écrivains américains en attendent un depuis 23 ans. Quand Le Clézio et Modiano l’ont décroché, ils ont eu droit à douze secondes au journal du soir. Normal : si on leur avait consacré trois minutes, probable que 10% des téléspectateurs auraient zappé, pas question de prendre des risques. Entre les livres et l’assiette, le choix est vite fait.

Il est vrai que le bio a fait une entrée en force, et que le consommateur sait désormais tout de l’étiquetage de ce qu’il achète, et du traçage du moindre morceau de viande contenu dans sa lasagne pur bœuf. Je ne parle pas du problème des nouvelles allergies et des actuelles tendances nutritionnelles qui font désormais demander prudemment à nos amis s’ils sont végétariens, végétaliens, véganes, sans sel, sans matières grasses, sans gluten, sans alcool – au point qu’établir un menu pour des invités devient un vrai parcours du combattant.

Récemment, faisant la queue à la caisse d’un supermarché, j’ai remarqué que la cliente qui me précédait posait sur le comptoir plusieurs ouvrages sur les desserts, les cocktails sans alcool et les légumes oubliés. Sans parler de ( fort coûteuses ) revues sur les menus de l’été et les nouvelles recettes des grands chefs. Après quoi elle a ensuite posé sur le tapis roulant un paquet de trois pizzas surgelées, une pile de plats ( sous vide ) préparés, y compris deux cents grammes de carottes râpées - il est vrai qu’éplucher et râper ses carottes constitue aujourd’hui une corvée réservée aux professionnels de l’alimentation.

Paradoxal ? Peut-être pas : il y a sans doute ceux qui mettent les informations culinaires quotidiennes en pratique et d’autres qui se contentent de rêver.

Aujourd’hui, l’expression de culture renvoie davantage à celle de nos céréaliers qu’à Claude Hagège* ou Pic de la Mirandole*. Et Les nourritures terrestres* n’évoquent plus «  le désir et l’éveil des sens », mais ce qu’on trouve dans son assiette.

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, on dévore chaque année dans le monde moins de livres que de Big Mac…

CG

* Tant pis pour vous, connectez-vous sur Wikipedia !


Lundi 03 octobre 2016

DES LECTEURS… AUX ZAPPEURS !

Eh oui : en vingt ans, les lecteurs sont devenus des zappeurs.

Apprendre à lire n’a jamais été une partie de plaisir. Pourtant, je continue d’affirmer que face aux méthodes globales, syntaxiques, syllabiques ( j’en passe… ) il n’existe qu’une seule bonne méthode pour apprendre à lire : il suffit que le futur lecteur ait envie de lire.

Si c’est le cas, il apprendra vite, quelle que soit la méthode.

Sinon, ce sera très dur

Or, pour avoir envie de lire, il faut être persuadé que lire est un plaisir : être entouré de livres, de gens qui lisent… et semblent trouver du bonheur dans ce qu’ils ont sous les yeux !

Déjà, le problème se corse : les livres font de moins en moins partie du décor familial. Souvent scotchés eux-mêmes devant des écrans ( télé, ordinateur, tablette, smartphone ) les adultes ne donnent plus l’image de lecteurs épanouis et demandeurs. Si l’on ajoute que les lecteurs ( surtout à partir du collège ) vont être obligatoirement confrontés à des textes classiques dont le vocabulaire, le style et les univers sont aux antipodes de ce qu’ils connaissent et apprécient, on comprend que lire ne va pas être à leurs yeux une partie de plaisir.

Avec son infinité de possibilités et d’accès ( Internet ), avec ses dizaines de chaînes ( la télé ) et ses milliers d’interlocuteurs potentiels ( les réseaux sociaux, j’en passe là aussi ), les écrans offrent aux jeunes des plaisirs plus immédiats que l’entrée dans un texte.

Là encore, je continue d’affirmer que l’écran pousse au zapping : combien de temps son ( jeune ) utilisateur reste-t-il sur la même image, la même page ? Quelques secondes !

Si l’information recherchée ne lui convient pas, il passe ailleurs.

Si le film ou l’émission le lasse, il passe à une autre chaîne.

On me dira que si la première page ( ou les premiers mots ) d’un livre ne retiennent pas son attention, rien ne l’empêche d’en prendre un autre. A condition qu’il en ait plusieurs à sa portée. Et que l’un d’eux, enfin, lui soit accessible ou lui offre la promesse d’un suspense, d’un plaisir ou d’une satisfaction quasi immédiate.

Car le zappeur veut du bonheur. Très vite.

Et le livre n’en fournit qu’aux lecteurs attentifs, patients et persévérants.

*

Venons-en… là où je veux en venir : au fait que le livre, cet objet de plus en plus ringardisé et considéré comme un repoussoir par une quantité grandissante de jeunes, le livre donc, pour plaire, doit séduire très vite. Surtout si le lecteur est jeune, et a par conséquent des exigences que n’ont pas les vieux routiers de la littérature.

Les éditeurs l’ont bien compris, qui désormais demandent aux « écrivains jeunesse » de faire simple, de ne surtout pas employer de mots compliqués ou inconnus, de termes vieillis, d’expression peu usitées – au risque de voir le lecteur abandonner l’ouvrage.

Car la priorité d’un éditeur ( disons… d’un grand nombre d’entre eux ! ) n’est plus de publier de bons textes ou de la « bonne littérature », mais… de survivre. Donc de vendre. Donc de plaire, sinon au plus grand nombre, du moins à son lectorat supposé. Un lectorat qui semble se restreindre et ne s’élargira qu’en diminuant un peu plus ses exigences.

De gré ou de force, le futur lectorat devra s’apparenter à un public familier des écrans : un public qui attend surtout de la variété, de l’humour et des jeux.

Loin de moi l’idée de généraliser ! Car j’entends les protestataires s’écrier :

- Voyons, même à la télé, il y a la Cinq, Arte, la chaîne Histoire ou LCP !

C’est vrai.

Mais additionnez donc les publics des chaînes citées plus haut… et vous n’arriverez jamais au score de TF1. Ou à celui des amateurs fidèles de Plus belle la vie ou de l’amour est dans le pré.

Désormais, quand je propose un récit – notamment pour les plus jeunes – à un éditeur, on me bombarde en marge de réflexions du genre : non, trop compliqué, trop long, personnage à enlever, mot vieilli, expression obsolète, réflexion trop complexe, implicite trop subtil…

Autrefois, un auteur jeunesse pouvait se permettre deux mots ( supposés ) nouveaux sur une page. Aujourd’hui, plus question de prendre ce risque.

Il faut aller au plus simple. Au plus court.

Les lecteurs et les parents n’en ont pas toujours conscience ; ils ignorent que certains auteurs ( dont je suis ) se battent pour que leur texte conserve une qualité, une densité qui diminuent d’année en année, de récit en récit.

Si les éditeurs suivent l’exemple de la télé qui donne aux spectateurs ce qu’ils semblent préférer, la littérature risque de disparaître peu à peu au profit d’un produit insipide, répétitif et convenu. Restera le club ( ouvert à tous… mais restreint ) des lecteurs fidèles, gourmands et exigeants.

Lundi 05 septembre 2016

Le livre jeunesse progresse… et pourtant, la lecture baisse !

Les chiffres sont optimistes – mais trompeurs.

Après une brève stagnation après 2010, les ventes des livres jeunesse ont progressé de 1,4% en 2015, avec 80 millions d’exemplaires vendus ( 35% pour les romans, 21% les albums).

Le livre jeunesse représente 18% de l’édition française – et le chiffre d’affaires de la littérature jeunesse augmente ( + 5,4% en 2014 avec 11 100 nouveautés ! )

Donc tout va bien ?

Il faut nuancer : les sagas anglo-saxonnes écrasent le reste de la production romanesque avec, en tête : L’Epreuve ( Pocket Jeunesse ), Divergente ( Nathan ), Héros de l’Olympe ( Albin Michel ) et John Green ( Nos étoiles contraires, etc. ).

Comme le notent Dominique Korach, Soazig Le Bail, Isabelle Nières-Chevrel, Jean Perrot et Colombine Depaire dans leurs récents essais, « La moitié des romans destinés aux plus de 10 ans sont traduits de l’anglais (… et ) 8 des 10 meilleures ventes de fiction en 2015 sont liées… au cinéma ( si bien que ) la politique d’auteurs tend à céder le pas à une logique de coups marketing (…) De plus en plus de livres sont écrits par des pools d’auteurs, à la manière des scénarios. »

Traduisons : les meilleures ventes sont adaptées au cinéma… ce qui les dope un peu plus encore ! Et le livre étant devenu une marchandise comme les autres, il faut plaire pour provoquer l’achat. Donc livrer ce que les ( jeunes ) lecteurs semblent attendre. D’où la tendance, issue des U.S.A., à faire de la série jeunesse comme on fait du scénario : en convoquant plusieurs auteurs invités à viser le cœur de cible et à raboter tout ce qui dépasse pour ratisser large. Notons au passage ( mais c’est là une réflexion personnelle ) que les auteurs jeunesse français sont de plus en plus tentés par l’autocensure : livrer à l’éditeur ce qu’il attend ( ou plutôt ce que les commerciaux et représentants croient savoir que « ça va plaire » ), c'est-à-dire des textes faciles, rapides, avec de l’humour, un peu de fantastique et des sentiments, et pas de mots compliqués... je caricature ? Vraiment ?

Trompeurs, ces chiffres le sont notamment à cause de la part ( énorme ) faite à certaines séries pour enfants souvent relayées par l’image ( T’Choupi, Kirikou ou Dora l’exploratrice avec ses 49 références… ) Mais série ne rime pas toujours avec médiocrité, heureusement !

Toutefois, force est de constater que la diversité, l’originalité et les textes forts ou exigeants disparaissent peu à peu, éliminés pour cause de ventes trop faibles.

*

La vérité, c’est que la lutte entre le livre et les écrans est d’autant plus inégale que les médias ne valorisent que ce qui est déjà tendance.

Or, le papier et l’écrit n’ont plus la cote.

Certes, à l’école, les livres continuent de circuler : il faut bien ( de gré ou de force ! ) apprendre à lire ; et les parents responsables relaient les enseignants pour y veiller.

Mais au collège, lire ( surtout des classiques, comme le recommandent les instructions ) devient vite une corvée ; bibliothécaires et prof-documentalistes déplorent la désertification du lectorat après la 6ème. Quant aux ado-lecteurs qui résistent, ils lisent en priorité… Divergente, Nos étoiles contraires – ou « ce qu’il faut avoir lu pour ne pas passer pour un plouc ». Un comportement qui, notons-le, touche aussi le public adulte !

Si les chiffres de vente se maintiennent, c’est donc avec les nuances qui précèdent.

Depuis une quinzaine d’années, après le pic des années 80 et une fois achevé « l’effet Harry Potter », la lecture baisse ( surtout à partir de 12 ans ) au profit de l’usage des écrans : en France, 5 h quotidiennes en moyenne dont 2 réservées au smartphone !

Oui, je sais : on lit aussi sur écran ( mais quoi ? Et comment ? )

*

Les parents prennent rarement le risque d’offrir un livre à leur ado de 13 ans ; et si celui-ci a de l’argent de poche, il achètera rarement un livre ! Ajoutons ( même s’il n’est pas correct de le révéler ) qu’aujourd’hui, un livre acheté n’est pas toujours un livre lu ( il y a cinquante ans, un livre acheté était lu deux ou trois fois ! ), y compris quand cet achat est effectué pour une bibliothèque ou un CDI.

L’avenir ( commercial – mais y en a-t-il un autre ? ) du livre jeunesse semble passer… par l’image et les jeux – L’Ecole des loisirs l’a compris en lançant sa collection d’ « albums filmés » ( ! ) – et privilégier le public captif, celui de l’école primaire ( les 6-11 ans )

Quant au livre numérique, si ses ventes progressent ( en France, beaucoup plus lentement que prévu ! ), son pourcentage dans le secteur jeunesse reste dérisoire : 1,4% en 2014 !

Pessimiste, ce constat d’un vieux schnock ?

Peut-être.

Mais comme l’affirmait Robert Lamoureux : le canard est toujours vivant !

Eh oui : le livre et la lecture résistent – avec notamment l’appui des libraires indépendants, des bibliothécaires, des profs-documentalistes, des parents… et des enseignants qui, en dépit des instructions, continuent de faire vivre et lire des ouvrages jeunesse de qualité, qui réconcilient les jeunes avec la lecture, ce plaisir qui peut se transformer en passion.

CG

Lundi 02 mai 2016

Facebook ? Non, merci !

De nombreux amis et correspondants s’étonnent : « Comment ? Tu n’es pas ( encore ) sur Facebook ? » Au point que les responsables d’un récent salon du livre auquel je me suis engagé à participer m’ont envoyé un mailing ( sans doute relayé à tous les auteurs du Salon ) me priant de « relayer ces informations sur votre compte Facebook. »

Puisque le premier venu sur Internet peut rejoindre Facebook, il paraît évident qu’un écrivain y a une place prioritaire.

Désolé, je ne fais pas partie du club ; et c’est évidemment un choix.

Pourquoi ?

Je pourrais répondre : parce que…

  • grâce à l’amabilité de Patrick Moreau et de nooSFere, je dispose d’un site Internet et d'un blog, et que cela me semble largement suffisant pour y diffuser des infos concernant mon actualité… ou mes billets d’humeur.

  • ceux qui désirent mieux me connaître ( mes ouvrages et ce que des lecteurs ou critiques en pensent ) disposent de ce site et de ce blog, de Wikipedia, de mes livres - et de milliers d’articles me concernant quand on tape mon nom et mon prénom sur n’importe quel moteur de recherche.

  • ceux qui veulent me joindre peuvent le faire par le biais de mon site, en cliquant, au bas de la page d’accueil, sur la petite enveloppe ECRIVEZ A L’AUTEUR ( et que ceux qui n’ont pas de réponse se s’étonnent pas : ils ont tout simplement oublié de noter leur adresse mail sans laquelle il m’est impossible de leur répondre )

  • outre ces correspondants invisibles qui ont fait l’effort de me trouver, j’ai de vrais amis, en chair et en os, avec lesquels j’échange – y compris et surtout de visu, parce que je vais chez eux, ils viennent chez moi. Et on se voit ( autrement que par le biais de Skype )

En réalité, mon principal motif est… idéologique : on connaît mes positions sur Google et son flicage permanent – mais à moins de vivre en ermite, sans adresse mail, sans Internet, sans carte bancaire, etc. ( les limites peuvent aller jusqu’au nomadisme intégral et à la vie en autarcie complète ), être en liaison Internet semble hélas aujourd’hui une pratique quasi obligatoire, faute de quoi on se coupe des éditeurs, des salons, des enseignants, des bibliothécaires… j’en passe – Internet a ses avantages…

Et ses limites.

Comme l’a fait remarquer Jean-Baptiste Roch dans un récent numéro de Télérama, la CNIL reproche ( à juste titre ) à Facebook de « collecter sur les internautes sans leur consentement des données liées à leur orientation sexuelle, à leurs croyances religieuses ou à leurs opinions politiques ( données qui ) sont ensuite envoyées au Etats-Unis pour être amassées, triées, étudiées – sans qu’on en sache plus sur leur utilisation. La CNIL pointe encore l’installation systématique sur l’ordinateur de chaque utilisateur, de treize cookies, sortes de fichiers espions qui enregistrent d’autres informations sur la navigation de l’internaute. Et qui permettent notamment un ciblage publicitaire. »

Ajoutons que la CNIL a menacé Facebook d’une amende s’il ne se conformait pas à ses instructions. Une amende qui pourrait se monter à… 150 000 euros ( j’entends d’ici Marck Zuckerberg éclater de rire à l’annonce de ce chiffre ) Une loi plus dissuasive serait paraît-il… « en préparation ».

En attendant, ( et indépendamment de Google qui joue dans la même cour ) Facebook continue de glaner et trier les informations… que tous ses membres lui livrent gracieusement !

A l’heure où certains redoutent la prolongation d’un état d’urgence qui permet à l’Etat de ratisser nettement plus large que l’écoute de suspects terroristes, je refuse de me plier à cet espionnage mondial librement consenti.

Peut-être parce que je me dis qu’aux Etats-Unis, justement, pourrait bien être élu un certain Donald Trump ( ou même… un Ted Cruz – vous connaissez ? ).

Et qu’en France, qui sait ?…

CG

Lundi 21 mars 2016

La dystopie ? C’est aujourd’hui !

Il y a quelques années, j’ai eu la surprise de découvrir dans un magazine un article dans lequel le journaliste affirmait que venait de naître ( avec Hunger Games ) pour les jeunes adultes, un nouveau genre littéraire : la dystopie. Une affirmation qui m’a fait sourire, en même temps que se popularisait ce nouveau nom qui remplaçait son vieil équivalent : l’anti ( ou la contre-) utopie.

Dès 1932, le genre s’imposa : avec Brave New World ( Le meilleur des mondes ) de Huxley, puis 1984 de George Orwell et Fahrenheit 451 de Bradbury. Dans le domaine jeunesse, après mon Face au Grand Jeu ( 1975 ), Michel Grimaud publia Soleil à crédit, Le Temps des gueux - François Sautereau La cinquième Dimension… s’il fallait établir laliste des dystopies, elle serait longue !

Au cinéma, l’ancêtre est sans doute le Métropolis de Fritz Lang, que suivront le premier long métrage ( méconnu ) de Georges Lucas THX 11 38, puis Soleil Vert, Le monde de cristal

Plusieurs remarques : ce genre, au fond assez facile à traiter, possède une structure classique : dans une société du futur où des lois injustes et un pouvoir sans partage s’imposent à un peuple docile et résigné ( là, on s’aperçoit que Wells était un précurseur en 1895 avec les Eloïs et les Morlock de sa Machine à explorer le Temps ), le héros ( et un ou deux adjuvants ) prend conscience de son aliénation. Il se révolte et parvient, in extremis, à convaincre la population de se libérer de ce joug, point final.

Oui : point.

Parce que aller plus loin, ce serait prendre des risques et se lancer dans un genre autrement plus délicat : l’utopie ou encore : « imaginer un monde aux lois permettant à tous de vivre enfin en harmonie ». Autre inconvénient majeur : une fois l’utopie réalisée, l’intérêt narratif disparaît puisque les problèmes sont résolus !

Autre remarque : l’objectif de la dystopie, c’est de montrer les dangers ( en les caricaturant ) de certaines tendances de notre société contemporaine : son consumérisme ( Face au Grand Jeu ), son désir d’évasion ( Soleil à crédit ), son chômage endémique ( Le Temps des gueux ), sa dictature de la jeunesse et de la beauté ( L’âge de cristal ) – j’en passe.

Autrement dit, les dystopies nous décrivent les impasses de certains futurs en nous suggérant d’éviter telle ou telle voie.

Eh bien c’est raté : en effet, quelles que soient ces impasses, force est de constater que nous les avons toutes empruntées. D’où le titre de ma minute du vieux schnock : la dystopie ? Allons, inutile de nous fermer les yeux : nous y sommes déjà ! Il suffit de voir l’hystérie qui s’empare des acheteurs une heure avant l’ouverture des soldes, la foule qui se précipite vers les plages ou la neige dès que la saison s’y prête, ou la vente explosive et récurrente des magazines qui vantent les recettes pour maigrir - ou les crèmes anti-rides.

Avec une petite différence : dans la dystopie, les lois tombent d’en haut ; contraignantes, elles sont imposées à la population. Mais dans notre société, dans notre réalité, c’est la population qui ( souvent majoritaire ) en redemande !

La Novlangue de 1984 ?

Elle circule à la radio, à la télé, dans les médias – et nous la pratiquons, la relayons, l’imposons – faute de quoi on passerait pour rétrograde ou vieux jeu.

Les caméras de Big Brother ?

Ce sont les conseils municipaux, élus, qui les installent et les multiplient.

L’intrusion dans notre vie privée ?

Mais nous la réclamons, en ne cessant de l’étaler dans les réseaux sociaux ou à la télé.

Là, le spectateur lambda est devenu le psy de service, à l’écoute des confidences de celle ou celui-qui-est-trop-content-de-se-déshabiller-devant-la-caméra, au sens propre ou/et au sens figuré.

On finirait presque par se demander si la dystopie, ce n’est pas comme la violence dénoncée par certains documentaires, infos ou films d’action : à force de nous montrer ( plus ou moins complaisamment ) ses dégâts supposés, c’est comme si, malgré nous, on acceptait de la prendre comme modèle.

Lundi 25 janvier 2016

En fait ne sert à rien !

Les tics de langage sont vieux comme le monde.

Au milieu du XXème siècle, les personnes interviewées à la radio – et un bon nombre d’enseignants – utilisaient, comme tremplin oratoire, le fameux « n’est-ce pas ? » sans parler de l’onomatopée favorite de ceux-qui-voulaient-se-donner-le-temps-de-réfléchir-pour-répondre : le court et classique «  euh… » que l’on pouvait prolonger à volonté comme l’indique en musique le point de prolongation ( ou le point d’orgue ).

Parmi les anciens élèves qui ont mon âge ( 70 ans au compteur, eh oui ! ), quels sont celles ou ceux qui, au collège ou au lycée, n’ont jamais joué à ce concours consistant à noter en douce sur une feuille le nombre de « n’est-ce pas ? » prononcés, pendant son heure de cours, par le prof qui était atteint de cette bénigne mais tenace maladie oratoire ?

Eh bien les modes changent.

Et les tics langagiers aussi.

Depuis quelques années, une expression a fait son apparition ; et rares sont celles et ceux qui ont résisté à sa contagion.

Je veux parler d’en fait.

Désormais, à la radio ou à la télévision, personne ne peut plus prendre la parole sans s’aider de cette béquille en apparence anodine, mais dont la répétition finit par agacer comme le petit doigt levé d’Agamemnon1.

Une béquille ? Oui. Car en fait ne sert à rien. C’est une façon faussement littéraire de remplacer le banal euh… ou le vulgaire : ben

Voulez-vous partager mon agacement ?

C’est simple : soyez attentif.

Quand vous écoutez un commentaire, une interview, la réponse d’un passant, d’un homme politique, d’un touriste ou du moindre quidam à une question, essayez de comptabiliser le nombre de fois où il ( ou elle ) utilisera en fait. Prononcé le plus souvent en début de phrase, il peut s’y insérer ( et s’ajouter ! ) deux ou trois fois au cœur même de la réponse.

Peut-être allez-vous répliquer : « Mais c’est légitime ! L’expression en fait marque une nuance dans la façon de répondre. »

En théorie, oui.

En fait est censé signifier : pas tout à fait. Ou encore suggérer : « votre question est mal posée, la réponse semble aller de soi mais comme vous allez en juger, elle est différente de ce que vous attendez. »

En fait pourrait donc être le synonyme affaibli de l’expression : en réalité.

Problème : le en fait en vigueur aujourd’hui n’a plus du tout ce sens et cette nuance.

En fait ( = en réalité ), en fait ne sert à rien ! Rien qu’à prolonger la réflexion en prononçant deux mots qui pourraient aussi bien signifier : « je vais vous répondre, hum ! Laissez-moi réfléchir, j’ouvre les guillemets… »

Vous n’êtes pas convaincu ? Enregistrez les phrases ( à la télé, à la radio, ou de vos proches, enfants compris ! ) prononcées et ponctuées de plusieurs en fait. Et supprimez-les.

Ca devient nettement plus clair et plus direct.

En fait est une graisse inutile, superflue, qui permet de gonfler la phrase ( et de gonfler, hélas, l’auditeur trop attentif que je suis ).

Parfois, le locuteur s’aperçoit qu’il répète un peu trop en fait ; il utilise alors une nouvelle béquille directement hérité de la première : l’adverbe effectivement. Qui, par rapport à en fait, offre en réalité une nuance de taille : parce que si en fait nuançait au départ la réponse ( rappelez-vous son sens originel : en réalité, pas tout à fait… ), le terme effectivement la conforte par rapport à la question, il signifie : tout à fait, vous avez raison de le dire !

Nuançons : à y bien réfléchir, dans la bouche de certains locuteurs ( comme les hommes politiques ) qui cherchent à convaincre, en fait a une fonction plus insidieuse : celle de relier ( artificiellement ) les idées ou les faits entre eux, une façon de vous tenir par la main et de vous entraîner dans un raisonnement pseudo logique.

Il a la même fonction que l’expression ( devenue courante, autre tic : ) pour une raison simple. Autrement dit : ne vous cassez pas la tête, ce n’est pas compliqué, tout s’enchaîne et tout s’explique, ça va devenir très clair dans votre espritEt si ( c’est implicite, sous-entendu ), par extraordinaire, vous décrochez en route, c’est que vous volez vraiment bas : c’est SIMPLE, donc vous devriez avoir compris, comme les autres ( et si ce n’est pas le cas, mieux vaut faire semblant ! )

Cette minute du vieux schnock vous fait sourire ?

Vous jugez que ce tic de langage : en fait, est une broutille ( attention aux deux points, à la virgule, à l’emplacement des mots : je n’ai pas dit : que ce tic de langage est en fait une broutille ! ) et qu’il ne mérite pas… d’en faire tout un plat ?

Je ne suis pas d’accord.

Cette contagion langagière me semble caractéristique et dangereuse.

Elle nous montre combien nous sommes perméables, prêts à nous plier aux modes.

On sait combien je suis attentif à la force des mots qui, comme l’affirmait Brice Parrain, sont des pistolets chargés.

En fait semble une cartouche à blanc ?

Ce n’est pas si simple…

Avez-vous remarqué comme les mots ont changé, afin de déguiser et de minimiser la réalité ? On ne parle plus de chômeur mais de demandeur d’emploi. Le conflit a remplacé la guerre. Les compressions de personnel ( j’adooore le mot compression : en informatique, pour les photos ou pour le texte, on garde tout mais ça tient moins de place ! Ce qui est compressé finit d’ailleurs par être oublié ou disparaître.. ) quand ce n’est pas les départs volontaires ( on vous invite à quitter l’entreprise, on va bien finir par se mettre d’accord ? ) ou l’anodine et scientifique flexibilité ( allons, ne soyez pas buté, stupide et rigide ! ) remplacent peu à peu le cruel et inconvenant licenciement. Le capitalisme est aujourd’hui déguisé en sympathique économie de marché. Même notre futur réchauffement climatique, après tout, n’a rien de très effrayant : dans une entreprise ou dans une discussion, quand le climat se réchauffe, c’est plutôt bon signe, non ?

Bref, il faut po-si-ti-ver.

Sans nous en douter, nous entrons, avec un glissement général librement accepté et multiplié, dans ce qu’un certain George Orwell appelait : la novlangue.

Mais dieu merci, 1984 est loin derrière nous !

CG

1 Lire Electre de Jean Giraudoux, notamment l’Acte II, scène 8 .

Lundi 23 novembre 2015

Culture gratuite pour tous ?

Un fascicule ( gratuit : La gratuité, c’est le vol, cliquez ici pour le télécharger ! ) diffusé par le SNE depuis le 10 septembre, explique précisément que… rien n’est gratuit !

Y compris Internet et ce que l’on y trouve en ligne. Ceci à l’heure où le livre papier semble reculer, et où le principe des droits d’auteur est remis en cause. Après tout, des milliers, des millions de gens écrivent aujourd’hui, et livrent ( gratuitement ) leurs récits en ligne. Oui, on trouve à peu près tout sur Internet – sauf, il est vrai, ce qui vient de sortir en librairie ; et l’achat d’une liseuse ou d’une tablette vous donne l’accès immédiat à des milliers de textes. Mais un ordinateur ( un smartphone, un e-book, une tablette ) n’est pas gratuit. L’accès à Internet non plus. Même regarder la télé n’est pas gratuit puisqu’il faut acheter le récepteur, payer la redevance ( et la consommation de l’appareil ), et que la publicité ( non, elle ne vous influence jamais, évidemment ) permet aux chaînes de mettre du beurre dans leurs épinards.

La vérité, en effet, est que rien n’est gratuit. Tout a un coût – et ce qui vous semble « donné », quand on en étudie les coulisses, a parfois coûté très cher. Et c’est vous, même quand vous n’en avez pas conscience, qui allez le payer.

Une fois de plus, je prétends accepter de ne plus toucher de droits d’auteur. Je veux bien écrire « pour rien » ( en réalité, ça me coûtera de l’argent : achat du matériel, etc – voir plus haut ). A condition que toute la chaîne m’imite : que les éditeurs, les distributeurs, diffuseurs, libraires, Fnac et autres Cultura… travaillent eux aussi pour rien.

Un écrivain privé de droits d’auteurs, c’est dire à un agriculteur :

- Vous produisez du lait ( du maïs, des tomates, de la viande, etc ) mais c’est si agréable de s’occuper des animaux et de vivre à la campagne ! Quelle chance vous avez ! Faites-le donc désormais sans vous faire rétribuer – et laissez-nous ( nous : intermédiaires, grossistes, spécialistes de l’emballage, de la force de vente et du marketing ) vendre ce que vous avez produit.

Dans mon village, on achète 0,28 euro ( parfois 0,30 ! ) le lait produit par mon fermier. Et 0,07 euros ( oui, il n’y a pas d’erreur de virgule ) le kilo de pommes destinées à la compote. Oui : dans cette compote à un euro le pot de 400 grammes, le sucre, l’emballage et le transport coûtent bien plus cher que la matière première ( 0,04 euro de pomme !).

Quand vous achetez Virus LIV 3 en librairie ( 4,95 euros ), je touche un an plus tard 5% hors taxe par volume vendu. Soit 0,23 euro. Parce qu’il faut payer l’éditeur, le papier, l’imprimeur, le distributeur, le diffuseur et le libraire. Chacun son dû. Mais ici comme ailleurs, le producteur n’est pas le mieux traité

Une fois de plus, l’argument Le livre est cher me fait éclater de rire.

Surtout quand l’argument vient de quelqu’un qui change de smartphone ( 600 euros ) chaque année et porte des chaussures et vêtements de marque ( faites le total ).

Le vrai problème, c’est que lire n’est plus tendance.

Etrangement, le musée ( enfin…certains musées ) et les expositions le sont devenus.

Dans les années soixante, ma femme ( qui n’était pas encore ma femme ) et moi allions le dimanche au Louvre, à l’Orangerie, à Carnavalet ou au musée Guimet. Le croirez-vous ? Il n’y avait personne – surtout au musée Guimet. Et entrer ne coûtait presque rien, c’était parfois gratuit ! La culture n’est donc pas ( pas seulement ) une question de prix.

Le livre papier ? C’est la denrée la moins chère du monde.

Nul besoin d’un engin pour le lire. On en trouve partout pour rien : chez les parents, les amis, dans les boîtes à livres. Et en bibliothèque où, c’est vrai, il faut débourser ( quand on est adulte ) le prix d’un livre ( de poche ! ) par an pour accéder à des milliers d’exemplaires, y compris ce qui vient de sortir – oui, je sais, il faut parfois s’inscrire sur une liste d’attente.

Tout ça ne signifie pas que le livre est gratuit.

Il a fallu l’écrire, le fabriquer, le diffuser – et ça a un coût.

Tout a un coût. Parfois déguisé ou mal connu. Y compris celui des tonnes de publicité papier que vous trouvez dans vos boîtes aux lettres. Mais cette publicité finit par rapporter beaucoup plus qu’elle n’a coûté !

En réalité, le livre ( ou le DVD ) emprunté en médiathèque a coûté très cher. Beaucoup plus que les 8 ou 24 euros inscrit en 4ème de couverture : il a fallu payer le bâtiment, assurer son entretien, le salaire des bibliothécaire, j’en passe !

Et c’est de l’argent public. Comme celui de l’école ou de l’hôpital.

Ce qui reste ouvert, c’est le débat : « est-ce bien nécessaire de dépenser tant d’argent pour… l’éducation, la santé… et la culture ? » Bien sûr, j’ai ma réponse, et des convictions.

Quand ils achètent un billet à 50 ou 100 euros, les amateurs d’opéra ignorent souvent que pour être rentable, le billet aurait dû coûter deux ou trois fois plus.

Oui : la culture est ( elle aussi ) financée, subventionnée par l’argent public. Et pour le dépenser ( et décider le pourcentage qu’on y consacrera ! ), l’ordre des priorités relève… de la politique.

Le jour où l’on jugera que la culture coûte trop cher ( ou qu’elle n’est pas nécessaire ), on supprimera la subvention de l’opéra, de la Comédie française, du Louvre et du Musée d’Orsay. On remettra ensuite en cause l’existence des bibliothèques et des médiathèques – mais aussi celle de chaînes comme Arte, la 5 ou LCP : pas assez d’audience, pas rentable, ça coûte trop cher… On livrera alors au public ce qu’il veut et ce qu’il préfère – après tout, c’est la démocratie, non ? Sans se douter que derrière la gratuité ( ou l’économie ) apparente de ces choix se cachent des intérêts gigantesques. Ceux de Google, Apple, Vivendi – et bien d’autres. Aussi, je me méfie des tendances : ce modèle plaît énormément, j’en vends beaucoup cet été ( autrement dit si vous ne l’avez pas, vous êtes un plouc. Vous ne connaissez pas ? Pourtant ça a été vu à la télé ! ).

La tendance, c’est le sens du poil.

Et moi, j’ai tendance à être à rebrousse-poil.

Même si je rame à contre-courant.

CG

Lundi 19 octobre 2015

COP-21… de bonnes résolutions ?

La COP 21, c’est quoi ?

Ce nom de code est – pour simplifier - celui de la 21ème conférence sur le changement climatique, qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain. Une conférence qui fera suite au fameux « Protocole de Kyoto » ( COP 3 ) de 1997.

Voilà des décennies que le GIEC tente de faire reconnaître aux pays industrialisés que l’activité humaine est la cause du ( ou accentue le ) réchauffement climatique. Un combat longtemps nié par les Etats-Unis, responsables du quart des émissions des gaz à effet de serre ! Eh oui, en 1997, le sénat américain a refusé de ratifier le traité… à 95 voix contre 0 ( même les députés démocrates étaient contre ) ! En 2005, George W. Bush confirma ce refus, jugeant qu’il « freinerait l’économie des USA ». Quant au Canada, qui s’est retiré de la partie, il a jugé que « Kyoto est essentiellement un complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches » ( sic ) Si ce protocole a été signé, il n’a pas été ratifié par un seul pays : les Etats-Unis !

Plus positifs, la Californie et le Nouveau-Mexique ont adopté « l’objectif, pour 2050, de diviser par quatre leurs émissions de gaz à effet de serre ». Le problème, c’est qu’il y a un abîme entre les intentions et la réalité !

Si, entre 1990 et 2004, quelques pays ont réduit leurs émissions : l’Allemagne ( de 17 % ), le Royaume-Uni ( de 14 % ), la France ( de 3,2 % % ), d’autres l’ont augmenté : le Japon : ( de + 6,5 % ) ; les USA : ( de + 16 % ) ; l’ Irlande : (- de + 23 % ) ; la Grèce : ( de + 27 % ) ; le Canada : ( de + 28 % ) ; le Portugal : ( de + 41 % ) ou l’Espagne : de + 49 % !

La question que personne ne pose est celle de savoir si la lutte contre le réchauffement climatique est compatible avec… l’économie de marché.

Après l’avoir cru, Nicolas Hulot et Naomi Klein ( l’altermondialiste, rappelez-vous : No logo ! ) répondent désormais NON. Depuis vingt-cinq ans qu’on essaye de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, affirme cette dernière, celles-ci ont grimpé de 60% ! 

Eh oui : tout se passe comme s’il fallait choisir entre modifier radicalement notre mode de consommation ( donc de vie… et de société ) ou continuer à (sur)produire, à (sur)consommer et à… « s’adapter de gré ou de force au changement climatique ».

En étudiant les chiffres, on voit que la réponse est dans la question : on sait ce qu’il faudrait faire… mais en attendant, on continue comme avant – en nous faisant croire que faire payer ceux qui polluent constitue une solution !

Un vieil ami à moi a changé récemment de voiture. Son nouveau véhicule consomme 10 litres aux cent. Le mien, qui a 20 ans, en consomme la moitié. Qui est le bon citoyen ?

Dans mon village, il est désormais interdit de brûler ses déchets verts. Résultat : la déchèterie locale crie grâce : chaque jour, elle accueille des tonnes de feuilles et de branches apportées par des centaines de véhicules qui ont accompli chacun vingt à trente kilomètres aller-retour… sans parler des camions qui doivent aller et venir sur des centaines de kilomètres pour déposer leurs conteneurs géants de déchets verts… oh, on ne les brûlera pas, ils seront réduits en copeaux ou en résidus organiques - mais avec des engins qui fonctionnent… au gasoil ou à l’électricité !

J’aimerais qu’on me prouve que le résultat est bénéficiaire en matière de production de CO2 !

Le trafic aérien, lui, devrait doubler entre 2010 et 2030. Avec, certes, des avions qui consommeront jusqu’à… 15% de kérozène en moins. Le calcul est vite fait : ce n’est pas la circulation aérienne qui améliorera le réchauffement climatique !

Bref, il en est des conférences sur le climat comme des bonnes résolutions du premier janvier : on les prend à grands renforts de publicité… et on s’aperçoit très vite qu’elles n’ont pas été tenues. Ce qui, au fond, correspond à la demande générale.

Parce que si était instauré un référendum planétaire pour répondre à la question :

« Etes-vous prêt à consommer moins et à changer de mode de vie ? »…

Nul doute qu’une majorité voterait non.

CG

Lundi 28 septembre 2015

Avant, c’était mieux ?

Tianjin-Chine STR_AFP

Ma minute du vieux schnock, on l’aura remarqué, est surtout un moment de mauvaise humeur, une réaction critique et pessimiste.

Eh bien une fois n’est pas coutume : je vais tenter cette semaine de montrer que je ne suis pas, mais pas du tout d’accord avec la fameuse expression : « c’était mieux avant ! », que certains lecteurs croient lire en filigrane entre les lignes de mes billets d’humeur.

 

Moi, nostalgique du passé ? Pas une seconde !

Comme l’ont souligné bien des auteurs avant moi, on ne regrettera sans doute pas le 20ème siècle : ses dictatures, ses deux conflits mondiaux, ses camps d’extermination, ses dizaines de millions de morts… Rarement un siècle aura compté autant de victimes, d’injustices et de scandales humanitaires.

 

Mes parents ? Mes grands-parents ? Mes arrières grands-parents ?

Ils ont vécu deux guerres – parfois trois : celles de 1870, de 14-18 et de 39-45.

Ils ont trimé toute leur vie et sont morts jeunes.

Quand je demandais à mon père de quoi était mort son père ( Claude-Adolphe Grenier 1868-1943, charpentier ), il me répondait : 

« De fatigue. Il a travaillé jusqu’à l’épuisement, il est mort dans son atelier, à 69 ans ».

Moi, je n’ai connu aucune guerre – j’ai échappé de justesse à l’Algérie.

Mes parents, de petits comédiens, ont vécu heureux sans manger tous les jours à leur faim. Souvent au chômage, ils ne bénéficiaient pas du statut d’intermittent du spectacle – celui-ci n’existait pas !. Ils vivaient de studio en meublé et n’ont pu louer un appartement ( une pièce de 12m2 avec les WC sur le palier ) qu’en 1945, à ma naissance. Ma mère me lavait dans l’évier, et nous allions une fois par semaine aux « bains-douches » de la rue Ordener.

L’eau courante et le gaz à tous les étages étaient un tel luxe que les appartements parisiens qui en étaient pourvus l’affichaient fièrement sur le mur de l’immeuble !

On peut aujourd’hui se régaler des romans de terroir qui évoquent le temps où il fallait aller puiser l’eau de la fontaine… ce temps n’était pas si heureux. On travaillait dur, sans rechigner et la radio était la seule distraction quotidienne, avec la promenade du dimanche ou la partie de tarot avec les amis et les voisins. Quant à la violence et aux meurtres, ils n’ont cessé de diminuer – les statistiques prouvent qu’ils étaient cent fois plus nombreux au XIXe siècle qu’aujourd’hui !

 

Récemment ont été mis en examen, à grand renfort de publicité, des supporters anglais qui, dans le métro, à Paris, ont empêché un Noir de monter dans une rame. Loin de moi l’idée de ne pas me réjouir de ce scandale… mais il y a 50 ans, il n’aurait pas fait l’objet d’une seule ligne dans les journaux ! Et le récent accident industriel de Tianjin en Chine, malgré ses 123 ( ou 200 ? ) victimes, n’aurait fait l’objet que d’un entrefilet dans un quotidien du soir.

Eh oui, la mort et l’injustice scandalisent aujourd’hui plus qu’hier. Et je m’en réjouis, comme l’une des ( nombreuses ) preuves que… avant, ce n’était pas mieux !

CG

Lundi 31 août 2015

Le livre : quel avenir ?

Au-delà du sort de la littérature jeunesse, j’aimerais livrer un pronostic personnel  ( et partial ! ) sur l’avenir du Livre ( le livre papier ) en général.

Et ceci, au moyen de quelques réflexions et constatations récentes…

 

Il y a quinze ans, mon ami et camarade Alain Grousset  m’a affirmé que dans dix ans, le livre aurait disparu au profit des écrans et que les ouvrages de fiction tels que nous les connaissions seraient en fin de vie.

Il a perdu son pari ; mais je crains qu’il ne le gagne avec quelques années de retard.

 

En effet, la situation se durcit peu à peu, et certaines tendances s’accentuent.

J’ai déjà évoqué le fait que dans le domaine de la fiction, si les ventes fléchissent peu, elles s’effectuent de plus en plus au profit des best sellers ( le plus souvent traduits ) et au détriment des auteurs peu connus. Je ne suis pas le seul écrivain à constater que parmi tous ses ouvrages, ceux qui continuent à se vendre sont ceux… qui se vendaient déjà plutôt bien ! Quant aux autres, leurs ventes fléchissent d’une façon vertigineuse.

Tout se passe comme si on privilégiait ce qui est connu ( ce dont on parle, ce qu’il faut avoir lu ! ) en abandonnant les inédits qui ont peu de chances de sortir du lot.

 

En cette rentrée littéraire, on sait déjà que sur les 650 nouveautés de la rentrée ( dont une bonne moitié seront françaises ), seuls une vingtaine de titres tireront leur épingle du jeu, les autres étant retournés par les libraires, ouvrages condamnés à devenir de la pâte à papier.

 

Cet été, j’ai eu l’occasion de constater ( dans le train, le métro, dans le bus, le car, dans la famille, chez les amis, et même pendant les promenades ou excursions ) qu’aucun enfant ou ado rencontré n’avait en main… un LIVRE. Tous, sans exception, utilisaient leur smartphone ( ou I-phone ou tablette ).

Et à voir l’usage digital qu’ils en faisaient, aucun n’était plongé dans la lecture d’un roman !

 

Il y a deux ans ( très exactement le 20/10/2013 ! ), au cours d’un repas avec Michel Serres, celui-ci tentait une fois de plus de nous convaincre qu’Internet était un magnifique outil culturel, mettant d’un simple clic des millions, des milliards de données et de connaissances à la portée de tous. C’est vrai.

Mais quel usage en font la plupart des utilisateurs en général… et les jeunes générations en particulier ?

Ils se connectent surtout sur les réseaux sociaux, ils communiquent par SMS – et quand ils effectuent une recherche, c’est sur la météo, un chanteur, un comédien, un film… j’en passe ! Et je ne parle pas des jeux en ligne…

 

Au collège, pas question de rater « la révolution numérique ». On enseigne donc, dans les CDI ( ou en classe ) l’utilisation raisonnée de l’informatique et d’Internet. Soit.

Mais quel usage les jeunes en font-ils ?

Certes, ils utilisent Wikipedia – mais c’est afin d’y puiser des infos pour une recherche, un devoir ; et effectuer des copier-coller.

Autrefois, on était contraint de lire, de résumer, de surligner – aujourd’hui, on gagne du temps ; mais si l’accès à la connaissance est immédiat, il n’est pas très… approfondi !

En 2015, quand un ado n’a plus son portable ni accès à Internet… c’est presque la panique !

 

Je suis pessimiste ? Peut-être.

Mais voyons les choses en face : aujourd’hui, les adultes eux-mêmes ( et les plus cultivés d’entre eux ! ) sont accros à leur smartphone. Les enseignants ( et les jeunes enseignants ! ) ne font pas exception. Si j’ajoute à cette réalité ( oui : on passe en moyenne plus de 5 heures chaque jour devant un écran !!! ) le fait qu’au collège, lire un livre est devenu une corvée ( les instructions, je le rappelle, ne préconisent l’usage de la littérature jeunesse que pour la lecture cursive ! ), on voit mal comment le LIVRE pourrait avoir un avenir.

 

J’entends d’ici des réactions offusquées :

- C’est faux ! Moi, je lis ! Et mes enfants aussi ! 

D’accord. Mais voyons les statistiques et ce qui se passe dans les familles ou à l’école.

Ah oui : l’école… l’école primaire. Là, le livre existe encore - car il faut apprendre à lire.

 

Les enfants doivent ( doivent ! ) donc lire.

Et les parents leur achètent de vrais livres.

Les éditeurs jeunesse le savent bien : le cœur de cible, c’est le primaire, du CE1 au CM2 ! Ensuite, les enfants grandissent, prennent de l’assurance, assument leurs choix - et leurs achats. Et les voir acheter ( ou emprunter ) spontanément un roman qui leur est destiné devient un acte de plus en plus rare – sauf quand c’est Nos étoiles contraires.

 

En conclusion, je dirais que les adultes ( et les jeunes ) qui lisent encore le font parce que leur milieu culturel leur a enseigné ( et les a rompus à ) l’usage du LIVRE.

Mais quid des générations à venir, celles qui vont grandir avec l’informatique, Internet, les smartphones… et sont les adultes de demain ?

Le livre, objet de plaisir et de culture ?

Oui, pour certains d’entre nous, encore.

Mais combien ?

Et pour combien de temps ?

Ces questions, sans réponse, n’ont aucune valeur de jugement !

CG

P.S. Hasard du calendrier ?

Le lendemain du jour où j’écrivais cette Minute du vieux schnock,  sortait le N° 3423 ( 22 au 28 août ) de Télérama. Michel Abescat et Erwan Desplanques y évoquent largement le même thème que moi, sous le titre : Lecture : une page se tourne ( p 15 à 18 ).

J’y puise cette citation de François Bégaudeau qui préfère positiver et affirme :

« Assumons-nous comme petits et minoritaires, serrons-nous les coudes entre passionnés de littérature, écrivons de bons livres et renversons l’aigreur en passion joyeuse. »

Lundi 27 avril 2015

Numérisez...et lisez ?

Euh… pas si sûr !
Ce matin, sur France Info, bonne nouvelle : la Norvège va numériser d’office tous les ouvrages disponibles jusqu’en 2001 – y compris ceux qui sont en vente sur le marché.
Objectif ? Mettre à la disposition de tous, en ligne, gratuitement, les documentaires, la fiction, les livres scolaires et ceux destinés « à la jeunesse ». Avec l’objectif avoué de faire lire mieux et davantage. Gratuitement – répétons-le !
Hum !
Deux objections :
1/ La gratuité n’entraîne pas l’appétence. J’ai toujours affirmé que si le livre était gratuit en France, ça ne ferait pas un  lecteur de plus. D’ailleurs, d’une certaine façon, le livre est gratuit : pour 5 ou 7 euros par an, à peine le prix d’un seul livre de poche, n’importe quel citoyen peut s’inscrire dans la bibliothèque ou la médiathèque de sa commune et emprunter à peu près tout ce qu’il désire. Et certaines médiathèques sont d’une richesse stupéfiante. Eh bien on ne s’y bouscule pas forcément.
2/ Les chiffres sont hélas là pour le prouver. Même si l’on a cru que le livre numérique remplacerait peu à peu le livre papier, on s’aperçoit ( en France ) que les chiffres de vente du livre papier baissent… mais qu’ils sont loin, très loin d’être compensés par le numérique ! En réalité, tout se passe un peu comme si, au fur et à mesure qu’on numérisait, les ventes papier baissaient – sans que la numérisation n’entraîne le moins du monde l’afflux espéré vers la lecture !
3/ La gratuité annoncée est ( comme d’habitude ) factice.
Parce que la société chargée de numériser les ouvrages en Norvège va tout de même vivre… de la publicité ! Eh oui, l’accès aux livres numérique sera gratuit mais piraté par la pub. Et si vous voulez y échapper, il faudra payer « un petit abonnement. » Comme pour la musique en ligne.
Ah, au fait, et les auteurs ? Et leurs droits ?
Je vous rassure, on y a pensé : la numérisation leur sera rétribuée à 6 centimes la page. Soit 12 euros pour la numérisation d’un livre de 200 pages. Pour un ouvrage de 300 pages : 18 euros. Mais si, calculez. Bref, l’accès « gratuit » de cette numérisation définitive leur sera rétribué… pour qu’ils puissent acheter un seul exemplaire de leur ancienne version papier ! En revanche, la société en question vivra, elle, très très bien de cette numérisation « gratuite ».
Un procédé qui rappelle…
·    le mot de Lagardère quand il a pris les rênes d’Hachette en demandant à supprimer le poste… des droits d’auteur !
·    la remarque, il y a dix ans de la responsable jeunesse du même éditeur ( paix à son âme… en plus c’était une amie ) qui s’est  un jour écrié :
- Incroyables, ces auteurs ! On les publie et en plus, ils veulent être payés !
Elle gagnait 5 ou 6 000 euros par mois pour gérer la lecture et l’édition des romans… mais jugeait inconvenant que les auteurs ne travaillent pas gratuitement. Un peu comme si le gérant des magasins Carrefour ou Leclerc protestaient parce qu’il faut hélas rétribuer les éleveurs dont ils vendent la viande - ou les agriculteurs dont ils vendent les légumes !
Internet n’est pas gratuit. La numérisation n’est pas gratuite.
Certes, ces accès « gratuits » sont une manne fort intéressante – demandez à Microsoft, Google et Amazon ce qu’ils en pensent. Mais à terme, si le numérique favorise les connexions et l’e-commerce, je doute qu’il permette de fabriquer de futurs vrais lecteurs.

Lundi 09 mars 2015

La littérature jeunesse, quel avenir ?


Les 6 et 7 février derniers a eu lieu, à la médiathèque Marguerite Duras ( 75020 ) un colloque du CRILJ sur le thème : 50 ans de littérature jeunesse, raconter hier pour préparer demain.

Petite piqûre de rappel : Le CRILJ ( Centre de Recherche et d’Information sur la Littérature Jeunesse ) a été créé en 1965 et « réactivé » en 1974, à Sèvres, avec Hélène Gratiot Alphandéry, Robert Escarpit, Geneviève Finifter, Bernard Epin, Raoul Dubois ( mon « parrain et père spirituel en littérature jeunesse » )… j’en oublie !

En 1974, j’étais là. Le CRILJ intéresse et regroupe en effet « écrivains, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, parents et autres médiateurs du livre… »*

Impossible, en deux pages, de relater le contenu des vingt conférences qui se sont succédé !

Dans les mois à venir, on trouvera l’intégralité de ma propre intervention qui portait sur « 50 ans de littérature pour adolescents et jeunes adultes ».

Première surprise, dès mon arrivée, le 6 février : j‘ai constaté que j’étais le seul écrivain à intervenir ! Comme si, au Salon de l’Agriculture, on trouvait de tout… sauf des agriculteurs.

Interrogé à ce sujet, le responsable du colloque, André Delobel, m’a rétorqué :

- Que crois-tu ? J’ai relayé l’info à tous les gens susceptibles d’être touchés par ce colloque. Y compris, bien sûr, les écrivains jeunesse. Et tu as été le seul à proposer deux sujets de conférence. J’en ai retenu un ( l’autre était : La Charte des auteurs jeunesse : son histoire )

Les autres intervenants étaient, dans le désordre, des : journalistes, éditeurs ( une dizaine, L’Ecole des Loisirs, Gallimard, Rue du Monde, Syros, Ipomée… ), inspecteurs, maîtres de conférences ou doctorants, enseignants, chercheurs…

Que retenir de ces interventions, toutes passionnantes ?

Que la littérature jeunesse résiste, s’adapte, s’enrichit, se diversifie ( albums, BD, philosophie, poésie, théâtre, illustration… ). Et se trouve confrontée à de nombreux défis : notamment celui du numérique.

Convaincue que son avenir passe par là, Sylvie Vassalo ( qui a succédé à Henriette Zoughebi comme responsable du Salon de Montreuil ) a fait l’éloge du futur « livre enrichi » ( par des images, des sons, etc. ) qui nécessitera un studio et la collaboration de plusieurs créateurs : des scénaristes, des graphistes, des informaticiens… Elle a aussi reconnu que ce « livre numérique », qui redonnera(it) le goût de la lecture aux ados, nécessite des fonds importants ; et elle a déploré que le monde ( et le ministère ) de l’éducation soit si peu préparé à cette révolution.

Une autre intervention m’a marqué : celle de Sylviane Ahr, Patrick Joole et Christine Mongenot, enseignants-chercheurs du « Master Littérature de jeunesse : formation aux métiers du livre et de la lecture pour jeunes publics » ( université de Cergy Pontoise ).

Leurs constats sont… consternants !

1/ Leurs étudiants inscrits sont au nombre de 100. Avec une majorité d’adultes de plus de 30 ans. Quelle proportion de messieurs et de dames ? ( grand silence dans la salle face à cette question ). Réponse : un homme et 99 femmes.

2/ Quelles motivations, quel enthousiasme pour ces étudiants ? Euh… plutôt modérés. Les vraies vocations semblent rares, et la curiosité limitée. D’ailleurs…

3/ Vers quels genres et quels auteurs se sont portés les étudiants pour leurs mémoires ? La réponse, j’aurais pu la deviner : les classiques ( Alice au Pays des merveilles, Max et les Maximonstres, etc. ) et les auteurs anglo-saxons : Roald Dahl ( peu ), Mme J.K. Rowling ( beaucoup ) et pour les autres contemporains Philip Pullman mais en majorité les auteurs qui mêlent le fantastique au sentimental : Stephenie Meyer, Scott Westerfield, Suzan Collin, Veronica Rot, James Dashner, James Frey & Nils Johnson Shelton.

Eh oui, les vampires, la fantasy ( et la dystopie ) font recette. Les futurs prescripteurs sont avant tout des lecteurs ( et plutôt des lectrices ) d’une littérature quelque peu orientée et formatée. De quoi être inquiet et perplexe, comme l’étaient d’ailleurs ces trois universitaires.

Du côté des éditeurs, malgré des grosses déceptions du côté du numérique, qui plafonne entre 1 et 2% alors qu’il bat des records outre-Atlantique ( « nous sommes très en retard par rapport aux Américains » ! ) et après une légère baisse, la tendance des ventes se maintient.

Ces chiffres et ces « tendances » m’ont fait réagir et intervenir :

- A y regarder de près, 90% des ventes ( et des lectures ) concernent des succès de librairie. Les millions d’exemplaires qui sauvent l’édition jeunesse sont des best-sellers traduits de l’anglais. On ne prête qu’aux riches. Les ( plus gros ) éditeurs (c’est toujours moi qui parle ) investissent des dizaines, des centaines de milliers d’euros pour acheter les droits de traduction ( et faire des campagnes de pub ! ) de récits qui ont déjà fait recette, on prend peu de risques. Quant aux auteurs français ( ils sont mille à la Charte ! ) ils se partagent les miettes et voient leurs droits baisser chaque année. Même l’album et la BD sont en difficulté !

Mon constat ( est-il pertinent ? ) est le suivant : si la littérature jeunesse a encore un avenir à l’école - il faut bien apprendre à lire aux enfants, et on ne peut pas donner Molière, Zola ou Marcel Proust au CE 2 – elle voit son influence diminuer à grande vitesse au collège. Sauf pour les romans « tendance » qu’il faut avoir lu ( ou dont, heureusement, on peut parler avec les copains grâce à leur adaptation au cinéma donc à la télé ! ).

Même pour le « livre-papier », la diversité ( qui pourtant existe ! ) se perd, faute de lecteurs et de prescripteurs, malgré le courage et la ténacité de certains libraires, bibliothécaires, profs-docs et enseignants.

La lecture n’est plus tendance. Et le budget du Livre diminue au profit du numérique, bien.

Il reste à espérer, pour le collège, que :

  • l’enseignement obligé ( et indispensable… mais devenu unique ) des textes classiques

  • les tablettes, ordinateurs, et autres tableaux numériques

  • le passage ( programmé ) de l’écriture par le clavier

permettront de redonner aux jeunes le goût de la lecture, de la culture et de la diversité.

J’en accepte l’augure…


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Lundi 02 février 2015

BLASPHEME ! ou : Interdit de rigoler

A quoi bon ajouter ma voix à tout ce qui a été dit sur les attentats et sur l’étonnant ( et émouvant ) élan national du 11 janvier ?
C’est bien sur « l’après » qui m’intéresse.
Avec, déjà, une constatation : si rien ne s’était produit, il est probable que Charlie Hebdo serait mort. Comme toute la presse, cet hebdomadaire était en difficulté, au bord de la faillite. En voulant « tuer Charlie Hebdo » comme les tueurs l’ont proclamé dans la rue juste après leurs assassinats… eh bien ils l’ont aidé à renaître. Autrement dit, ils ont magistralement raté leur coup.
Au prix d’une tuerie sans nom.
Ensuite, une interrogation : fallait-il publier en couverture une nouvelle caricature de Mahomet ? La réponse est évidente : oui. Si on y avait échappé, la preuve aurait été faite que les terroristes avaient bel et bien réussi leur coup, comme si les dessinateurs rescapés avouaient : « vous voyez, on a baissé la garde, on est devenus raisonnables, la leçon a porté. »
Impensable !
Enfin, une grosse question : a-t-on le droit de faire de l’humour avec la religion, le droit de se moquer de Dieu, des croyants, des superstitions ?
Ce qui revient à demander : est-il permis de blasphémer ?
Le blasphème ( je prends, pour faire simple, la définition du petit Robert 2015 ), est une « parole qui outrage la divinité, la religion ou quelque chose de sacré ».
L’outrage en parole ou en acte est une question d’usage, de temps et de tradition.
Se promener tout nu dans la rue est un outrage. Mais se promener habillé dans un camp de nudiste est très mal vu. Roter est chez nous inconvenant. Ailleurs, c’est un remerciement ( j’ai bien mangé, merci ! ).
Charlie Hebdo vous choque ? Aucune loi ne vous oblige à l’acheter. Mais si la nudité vous choque, ça va être plus compliqué. Parce que dans les magazines les plus innocents et sur les affiches, au détour d’une rue, vous risquez d’avoir de très mauvaises surprises. Ce qui était inconvenant il y a 50 ans est devenu aujourd’hui banal et admis. Les temps changent. Les lois aussi.
Plus clairement, pour Charlie Hebdo, c’est moins le fait de représenter Mahomet qui est outrageant que la façon dont il est caricaturé ou critiqué : les djihadistes ignorent peut-être que dans la culture islamique, l’image du prophète a été peinte jusqu’au XVIe siècle ! Par la suite s’est instaurée de façon tacite la contrainte de ne plus le représenter. Les radicaux n’obéissent donc pas aux préceptes du Coran mais à une… « tradition récente ».
Le dilemme revient donc à demander : « Le blasphème est-il autorisé, limité ou interdit ? »
En France, des lois - et des traditions - existent, qui d’ailleurs limitent l’usage du blasphème ! Seulement voilà : la France, ce n’est pas le monde. Ce qui est autorisé ici est interdit ailleurs. Notre « Déclaration universelle des droits de l’homme » est moins universelle qu’il n’y paraît.
Imposer la démocratie ( parfois par la force ! ) dans le monde entier est une idéologie en apparence généreuse, mais qui, à y bien réfléchir, est là aussi une « tendance » de notre temps. Et quand il faut introduire la ( pardon : les ) religion(s) à ces principes universels, le problème devient vite délicat.
Pourtant, le sacré ( voir la définition du blasphème ) semble une notion universelle. Il n’en est rien.
Et malgré l’affichage, le 11 janvier, de magnifiques principes oecuméniques ( juifs, musulmans, chrétiens, nous avons le même dieu ! ), nous savons qu’il n’en est rien : le dieu des juifs ( il est interdit de le nommer : blasphème ! ) n’a rien à voir avec le père de Jésus ( et pour cause : aux yeux des Juifs, Jésus était un imposteur ! ) ni avec le prophète Mahomet (il est devenu interdit de représenter : blasphème ! ).
A ceux qui se demandent comment tout à commencé, je conseille la lecture des livres sacrés, notamment ce qui concerne Abraham : c’est lui qui a f… non, blasphème ! Disons que c’est lui qui a, euh… sacrément compliqué les choses. Mais au fond, Dieu a aussi sa part de responsabilité  ( blasphème ? )
Et le débat st ouvert. Pour revenir à nos moutons ( hum, blasphème ou humour ? Je m’interroge…), il convient :
·    d’admettre qu’après notre mort, nous n’accèderons pas au même paradis (  sinon, il faut imaginer le face à face  Wolinski / frères Kouachi… )
·    de comprendre que la cohabitation des défunts sera plus complexe que le beau rassemblement du 11 janvier : 3,7 millions de personnes dans les rues des villes de France et pas un incident… respect, comme on dit !
En revanche, au paradis… que de règlements de comptes !
·    de s’interroger sur la notion de sacré avant d’aborder celle du blasphème
·    de savoir où se situe la frontière qui sépare l’injure de l’humour. Eh oui, si on connaît l’humour juif, l’humour musulman est une expression moins familière. Et notre bon pape François ( je n’y mets pas d’humour, ce n’est pas un blasphème ) lui-même juge qu’il ne faut pas trop plaisanter avec le sacré. Merci de nous indiquer la vitesse limite.

Vastes programmes ? Sans doute.
Pourtant, je me risque à ébaucher des réponses :
·    Malgré les accolades fraternelles, tant que les croyants s’en tiendront au pied de la lettre et voudront perpétuer des traditions en contradiction avec la nécessité de vivre ensemble, les religions resteront incompatibles entre elles.
·    Dans un même pays, religion et état doivent établir des règles de coexistence. En France, le problème a été théoriquement réglé en 1905 avec la séparation de l’église et de l’état. Ce n’est pas du tout le cas ailleurs. Ni en Europe ( en Allemagne, vous devez déclarer votre religion  pour que l’état reverse une partie de vos impôts au culte concerné ; au Royaume Uni, la reine est à la fois la représentante de l’état et de l’église anglicane, j’en passe… ) ni même chez les prétendus champions de la démocratie où la formule in god we trust figure sur chaque dollar, magnifique mariage de la religion, de l’argent et de l’état. Aux Etats-Unis, se déclarer ouvertement athée a souvent pour effet, semble-t-il, de vous priver de bon voisinage… Croire et prier, ça fait partie des conventions.
·    En France, depuis la Révolution ( un peu ) et le rétablissement de la république ( beaucoup ), le sacré a acquis une dimension laïque. Oui : en France, république rime avec laïque. Et nos traditions ont fait acquérir  à l’humour une dimension proche du sacré. Parce que dans notre tradition culturelle, le droit de rire de tout a pour mission de faire réfléchir.
La république ou la foi tout court entrent-elles dans le sacré ? Si oui, il faut interdire la chansons de Brassens : Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit douillet ( La mauvaise réputation est une injure à la République ! ) ou celle d’Alain Souchon ( Et si le ciel était vide ? Et si en plus y a personne ? est une injure à toutes les religions ! ) J’en passe…
Bref, ne relisez pas Voltaire, vous l’interdirez dans les écoles !
Ne pas choquer ?
Mais je suis choqué vingt fois par jour !
Je juge certains propos insultants pour la République, pour la personne humaine. Ou pour ce que je juge ( moi ) être une vérité universelle. Donc sacrée.
Qu’on puisse prétendre ( et enseigner ! ), comme le font les fondamentalistes ( chrétiens, eux ) que la Terre a été créée il y un peu plus de 6 000 ans, avec, en six jours, toutes les espèces, l’Homme y compris, est à mes yeux de scientiste laïc un intolérable blasphème. Mais je n’élimine pas à la kalachnikov ceux qui professent ces inepties. Je réclame seulement le droit de m’opposer à eux, de leur répondre. Et d’utiliser l’humour comme arme. Même si cette arme est dangereuse, et peut blesser.
Sauf erreur, dans l’Histoire, l’humour a causé moins de morts, me semble-t-il, que les croisades, les attentats, le nazisme, le racisme, l’antisémitisme – et toutes les intolérances réunies.
La littérature a encore de beaux jours devant elle puisqu’elle dérange encore les dictatures...

Dimanche 09 novembre 2014

Ecologie ... ou économie ?

On nous l’a assez répété et on l’a bien compris : il faut de la croissance. Croissons, croissons. Si vous ne croissez pas, vous n’aurez pas d’emploi.
D’accord. Alors on croît. Et on croit. Enfin, on essaie de croître et d’y croire.
Finalement, le gaz de schiste, ça crée des emplois, non ? Entre économie et écologie, le monde a donc choisi. La preuve, c’est que lorsque le GIEC lance un nouveau SOS, les gouvernements se réunissent, décident de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, font des prévisions et des promesses… qui ne sont pas, ou quasiment pas tenues. Parce qu’il faut la croissance, bon sang !
Dans les années soixante, ignorant qu’on était au cœur des « trente glorieuses », mon oncle vitupérait contre les hausses des prix et lançait souvent : « Il faudrait une bonne guerre ! » Moi, j’avais quinze ans… et très peur de partir en Algérie.
Je m’interrogeais d’ailleurs sur l’expression « une bonne guerre ». Allez… soyons cynique jusqu’au bout : à y bien réfléchir, la guerre a de gros avantages économiques : un pays détruit, il faut le reconstruire. Ca crée des emplois. Prenons ( ce n’est qu’un exemple ) le cas des mines antipersonnel. Bon, depuis 1997, il est interdit de les utiliser. Mais pas de les fabriquer. D’ailleurs, l’Inde, le Pakistan et la Birmanie continuent d’en produire. La Chine, elle, en possède un stock de 100 millions, dommage de ne pas les utiliser… Chez nous, la société italienne Valsella Meccanotecnica en a fabriqué jusqu’en 1994. N’allez pas me dire : mais c’est horrible, en plus ces mines mutilent surtout les enfants ! Oui, mais réfléchissez : d’abord c’est une entreprise. Donc des emplois. Et puis les enfants mutilés ont besoin de soins. De médecins ( qu’il faut embaucher ). D’hôpitaux ( qu’il faut construire ). De prothèses ( qu’il faut fabriquer ). Vous voyez bien que ça crée des emplois ! Et puis… ces mines, il faut les enlever. Déminer, c’est long, compliqué – mais là aussi, ça crée des emplois.
Oui, je sais, l’écologie en crée aussi. Mais c’est du long terme. Et c’est moins rentable que d’autres secteurs, qui rapportent davantage, et plus vite. Ce que réclament les actionnaires. Eh oui, on est dans l’économie. L’écologie passe après. Et à ceux qui affirment que le réchauffement climatique va, à terme, coûter très, très cher ( en maladies, aménagements du territoire, digues, réfugiés climatiques et vies humaines ), les tenants de l’économie à tout prix répondent – mais à voix basse, et s’ils ne le disent pas, ils le pensent très fort : « Qu’importe, le principal c’est que l’économie fonctionne. On aménagera le système. L’économie saura s’adapter. Et après tout, pour affronter les conséquences de ces catastrophes annoncées, des emplois seront créés ! » Notamment dans les compagnies d’assurance, promises à un brillant avenir.
Et puisqu’on est dans l’économie, parlons impôts et déficits. Eh oui, en cette fin d’année, on est toujours à la recherche de 60 milliards d’euros, que le gouvernement veut trouver, million par million, en rognant ici ou là.
Et puis, tout à coup, à l’occasion de l’arrivée à la présidence de la Commission européenne de Jean-Claude Junker ( ancien Premier Ministre du Luxembourg ), l’actualité pointe un abus : on découvre que ce petit pays européen - ben oui - est le paradis fiscal de centaines de grosses sociétés qui échappent à l’impôt ! D’ailleurs, c’est de cet argent bien placé que le Luxembourg vit ( et il en vit très bien, merci ), en permettant d’éviter aux dites sociétés - d’Amazon au Crédit Agricole en passant par Ikéa, et j’en passe - de payer l’impôt aux pays qui utilisent ( et paient ) leurs services. Cette annonce m’a fait éclater de rire. A cause de la brutalité de l’info. Parce que ce qu’on semble découvrir… est un état de fait depuis quarante ans !
Combien de milliards échappent ainsi, en France, à l’impôt ? Je vous le donne en mille : 50 à 60 milliards ! Autrement dit, si la loi était appliquée, et si les manipulations et montages financiers illégaux pouvaient être interdits et punis… le déficit français qui nous pourrit la vie serait un mauvais souvenir. Sauf que ceux qui font ( ou détournent ) les lois… sont parfois ceux-là même qui nous gouvernent. Et obligent les petits contribuables à faire des efforts pour combler les bénéfices colossaux ( et pour cause ! ) des grosses sociétés qui échappent à l’impôt.
L’économie de marché, c’est bien et ça marche… mais pas pour tout le monde.
Quant à l’écologie… évitons les sujets qui fâchent. D’ailleurs, lors des dernières manifestations paysannes, on a vu sur les tracteurs ( et c’est une grande première ! ) l’affiche : A BAS L’ECOLOGIE !
Ecologie, économie… et si on se trompait d’adversaire ?

Lundi 20 octobre 2014

On lit moins… pourquoi ? ou : Savoir lire n'est pas lire !

On lit moins ? En réalité, c’est faux !
On n’a jamais tant lu ni tant écrit qu’en 2014. Et les jeunes sont en tête de liste. Mais on lit désormais sur écran ; et on écrit… des textos, des SMS ou des tweets. Autrement dit, on zappe et on gazouille. Et la littérature est loin.
La désaffection pour la lecture a des causes qu’on a voulu longtemps expliquer par des affirmations qui ne me font plus sourire, mais me mettre en colère :
« Le livre est cher ! »
Rien n’est plus faux. C’était vrai il y a 50 ans, ça ne l’est plus.
Ceux qui n’hésitent pas à aller au cinéma, au Mac Do, à renouveler tous les six mois leur smartphone ou leur ordinateur portable ( à 600 euros ), ceux qui prétendent qu’Internet est gratuit ( et qui paient des abonnements, l’électricité, l’entretien de leur matériel informatique ) reculent devant l’achat d’un livre : trop cher. Alors qu’il y a les bibliothèques municipales, les amis, les vide-greniers.
J’oubliais : le livre qui est cher (25 euros), c’est celui qui vient de sortir, dont tout le monde parle et qu’il faut avoir lu. Je m’en passe souvent. Moins par économie d’argent que de temps. Parce que dans deux mois, on n’en parlera plus, et que je refuse de suivre le mouvement. 25 euros ou 7 euros ( le poche, ça existe ! ), c’est cher ? Une statistique prétend qu’ « un bon lecteur lit 20 ouvrages par an ». Faites le calcul - en admettant que vous les achetiez !
Moi qui suis sans doute un « très bon lecteur » ( je réfute d’ailleurs cette expression, j’y reviendrai ), puisque je lis plus de 100 ouvrages par an – un « bon lecteur » en lit 20 paraît-il -, j’affirme dépenser beaucoup plus en carburant, ou en péages ! La vérité, c’est que ceux qui prétendent que le livre est cher… trouvent ce prétexte pour justifier le fait qu’ils ne lisent pas.
Je le répète : le prix du livre n’est pas en cause. S’il était gratuit ( et dans de nombreux cas… il l’est ! ), il n’y aurait pas un lecteur de plus : je vois de plus en plus de « boîtes à livres » au coin des rues et je n’ai jamais remarqué qu’on s’y battait pour en emprunter un !


« J’aime lire, mais je n’ai pas le temps ! »

Là, je peux devenir agressif. On a le temps de regarder la télé, d’être scotché sur Internet ou sur son smartphone ( on passe plus de 5 heures par jour devant des écrans ! ) mais… on n’a pas le temps de lire, au point que  55% des Français de plus de 16 ans n’ont pas lu un seul ouvrage l’an dernier !

De l’analphabétisme à la lecture savante.

Même si l’analphabétisme progresse, ce n’est pas ce qui m’inquiète.
Les ministres de l’éducation sont obsédés par l’apprentissage de la lecture. Et quand un enfant « sait lire », on pousse un cri de victoire. Eh oui, pour entrer en 6ème, il faut savoir lire , c'est-à-dire être capable de déchiffrer un texte sans l’ânonner, de façon fluide - et si possible en mettant le ton.
Eh bien ça ne me suffit pas. Pas du tout. Notre pays est plein ( 55% ) de ces « lecteurs » qui lisent le journal, l’horoscope, les magazines, des infos sur Internet… mais sont en réalité incapables de se plonger dans une lecture longue et suivie. J’en croise tous les jours et il m’arrive d’évoquer ces problèmes avec eux. Je connais aussi de faux « bons lecteurs » ( nous y voilà ! ) qui lisent plus de 20 romans par an : du Barbara Cartland, du Danielle Steel, du Guillaume Musso, du Marc Lévy ( et je ne dis pas de mal de ces écrivains, lire certains de mes billets d’humeur précédents ! )
« Mais alors, qu’est-ce qu’il veut, Grenier ? » allez-vous rétorquer.
Il me semble que savoir lire, c’est avoir l’appétit d’aller plus loin. D’aborder des textes de plus en plus ambitieux et complexes. Et là, il n’y a plus de limites. Moi, j’apprends toujours à lire. Proust me tombait des mains quand j’étais prof de lettres. J’ai dû attendre 34 ans avant d’aborder ( avec une jouissance inespérée ! ) La Recherche. Sans parler de mes efforts, à 20 ans, pour aborder  Nathalie Sarraute, James Joyce, Dos Passos ou Michel Leiris !
Or, cet appétit disparaît. Et les écrans en sont, me semble-t-il, une partie de la cause ( l’autre partie étant la politique de la lecture, voir mon billet d’humeur précédent ). Parce que l’écran invite au zapping. Et l’écran  du smartphone ou de l’ordinateur plus encore que celui de la télé ! Il faut voir la tête de mes jeunes lecteurs quand je leur dis que je consacre trois heures par jour à lire :
Parce que vous pouvez lire pendant trois heures ??? Ils ont du mal à y croire, eux qui passent facilement trois heures d’affilée… devant leur console de jeu !

Lire un livre papier et lire sur un écran…


Ce n’est donc pas la même chose. Et ceux qui prétendent le contraire sont… les « vieux bons lecteurs » qui n’y voient pas de différence.
Mais voilà : les jeunes, eux, n’ont plus appris à lire comme autrefois. Ils « savent lire », certes, mais ils sont souvent ( ne généralisons pas ! ) rebutés devant l’effort d’une lecture longue. Ne parlons pas d’une « lecture savante » ( même si je n’aime pas ce terme ) ! C'est-à-dire qu’au bout de quelques lignes, de quelques pages d’un texte qui exige une réflexion, un effort d’identification ou qui les rebute en raison de mots dont la signification n’est pas évidente… ils abandonnent. Parce qu’ils sont désarçonnés. Ou que leur intérêt n’est pas suffisamment capté.
Eh oui, le lecteur d’autrefois ( vous lisez la Minute du vieux schnock, ne l’oubliez pas ! ) était doté d’une grande capacité de patience. On savait qu’il fallait apprivoiser le texte : introduction, descriptions, réflexions…. Si l’on y renonçait et fermait le livre, les autres plaisirs étaient maigres : parfois ( c’était mon cas ), il n’y avait ni télé, ni frères et sœurs, ni copains, ni vélo... Le livre était la seule fenêtre ouverte sur le monde, et lire était le moyen privilégié de faire vagabonder son imagination… et fonctionner sa réflexion.
Le problème, c’est qu’au lieu de défendre la cause du livre et de la lecture, on privilégie la « modernité ». On fabrique des générations de lecteurs basiques qui sauront certes déchiffrer un texte et taper sur un clavier,  mais auront pour la plupart perdu cette appétence indispensable pour aborder… la littérature.
Si bien qu’on n’ose plus parler de « lecture-plaisir ». Pour la plupart des ados, ces deux mots sont antinomiques ( oh pardon, c’est un gros mot, ou plutôt adjectif grossier, faut-il une note de bas de page ? )

Lire n’est plus tendance

Et si c’était une question de mode ?
Il y a 40 ans, à Paris, ma femme et moi fréquentions les musées. Le prix d’entrée était inférieur à celui d’une place de cinéma. Le Louvre était ( déjà ) gratuit le dimanche : et même ce jour-là, il ne fallait pas jouer des coudes pour admirer La Joconde. Que d’allées désertes !
Aujourd’hui, par chance, le musée est tendance. Il ne faut pas rater la dernière exposition sur les Nabis ( ou les impressionnistes, ou les fauves, etc. ) au risque de passer pour un plouc. Magnifique !
Il faudrait donc que la lecture devienne tendance elle aussi – mais pas celle du dernier Goncourt ou du best-seller-dont-on-parle. Parce qu’au sein de cette baisse générale, certains ouvrages, il est vrai, tirent leur épingle du jeu, ceux qui sont en tête de gondole. Puisqu’on lit moins, autant lire facile et utile.
Le dernier Mary Higgins Clark se vendra mieux que la somme des 600 nouveautés de la rentrée.On parie ?

Jeudi 18 septembre 2014

La température monte ... et la lecture baisse !

Y aurait-il un lien entre le réchauffement climatique et la désaffection pour le livre ? Non, je n’irai pas jusque là ( encore que… )

Simplement, il ne faut pas se fier aux apparences.

L’été a été pourri – mais loin d’être enrayé, le changement climatique s’annonce plus rapide que prévu. Au point que la situation décrite dans mon roman Cinq degrés de trop, que d’aucuns accusaient de flirter avec la caricature, risque de se produire non pas en 2 100, mais plutôt vers 2050.

Quant à la baisse de la lecture, elle reste en apparence modérée : en 2013, 3,5% en moins de ventes de livres. Mais 6,5 % de baisse entre juin 2013 et juin 2014. Un graphique vous montrera que la chute s’accélère.

Et à mon avis, elle n’est pas près de s’arrêter.

Contrairement aux espoirs des éditeurs, les ventes en numérique, dérisoires, sont loin de compenser les pertes des ventes en papier – on ne parle même plus des librairies qui ferment…

Dans ces deux domaines ( numérique et fermeture des librairies ), les USA caracolent en tête - et Amazon triomphe ! Parenthèse : j’entends dire un peu partout : « Oui,  la France est en retard » - comme si les USA étaient le modèle à suivre dans tous les domaines. Aux Etats-Unis, on compte 730 prisonniers pour 100 000 habitants. Et en France : 101.

On a encore beaucoup de progrès à faire.

Sur quoi se base mon pessimisme ? Sur la politique actuelle du livre et les mesures prises dans l’enseignement.

Le jour de la rentrée scolaire, on a vu notre Président, face à des ordinateurs dans une classe, affirmer qu’il fallait que les enfants aient une tablette ; que les livres devaient être numérisés pour que tous les élèves puissent accéder à la lecture et enfin ( sic ) que l’enseignant doit utiliser le numérique pour entrer dans la modernité.

On sait que depuis de nombreuses années, l’argent autrefois destiné à l’achat des livres est réservé en priorité au matériel informatique. Bref, il faut que chaque enfant ait un ordinateur et que les enseignants sachent montrer aux élèves comment s’en servir.

Euh… je me permets de sourire.

En France, 8 foyers sur 10 ont un ordinateur. Et ceux qui n’en ont pas, eh bien je gage qu’ils n’ont pas d’enfant en âge d’en posséder un !

Le nombre d’élèves n’ayant aucun ordinateur à la maison me semble très faible – et ceux-là disposent de celui du CDI ou de la bibliothèque.

Autrement dit, la démocratie sert de prétexte à un suréquipement inutile ( mais fort utile pour le marché informatique ! ). D’autant que lorsqu’un adulte et un ado sont face à une tablette ou un smartphone, c’est plutôt l’ado qui montre à l’adulte comment s’en servir !

Mais bon, les faits sont là ; on ne reviendra pas en arrière.

A l’école primaire, les livres sont toujours présents – ouf. Notamment existent des ouvrages de littérature jeunesse dont l’usage reste recommandé pour que les élèves accèdent à la « lecture plaisir » - ouf ( bis ).

Mais au collège, la tendance est différente. Les enseignants sont priés d’accorder la priorité à l’étude des classiques et de réserver les ouvrages jeunesse à ( je cite ) « des lectures libres, par curiosité et pour le plaisir, ( qui ) peuvent être faites à partir d'indications données par le professeur. »

Il en est de ces instructions comme de l’aide faite aux banques : « on vous a sauvées avec l’argent public, alors soyez gentilles, consentez des prêts ! » ou aux entreprises : « on vous a débloqué 30 milliards pour baisser vos charges alors soyez sympa embauchez ! ». Si je calquais et caricaturais ( ? ) l’instruction à livrer aux élèves, cela reviendrait à quelque chose comme : « nous allons étudier Le père Goriot mais pour vous distraire, je vous recommande de lire des ouvrages pour la jeunesse. »

Résultat : la lecture va s’assimiler ( pour beaucoup, c’est déjà fait ! ) à un pensum. Et neuf fois sur dix, l’élève, ne va quand même pas, après avoir fait l’effort de se plonger dans Balzac, chercher ailleurs le plaisir de lire. Aujourd’hui, dans la vie, il y a d’autres modernités ! ( pardon : priorités. )

La vérité, à l’époque où le mot intello est devenu une insulte au collège, c’est que le livre n’est plus tendance. Il est même ringard, sauf quand certains leaders ont lu Fascination ou Hunger Games et que si on ne l’a pas lu ( heureusement, il y a les DVD ! ) on passe pour un  plouc.

Pour fréquenter les collèges assez régulièrement, je note que si des lecteurs ( et surtout des lectrices ) existent encore en 6ème et en 5ème, leur nombre se réduit en 4ème et en 3ème ; il voisine même zéro dans certains CDI.

Nul doute que pour inverser la tendance, la solution idéale n’est pas de remplacer les livres par les ordinateurs ou les tablettes ; ni de généraliser l’usage du clavier au lieu d’enseigner à former les lettres.

Ah oui, vous l’ignoriez ?

En 2014, aux USA, l’apprentissage de l’écriture manuelle est optionnel dans 45 états sur 50 ! L’enseignement de l’écriture se fait désormais avec le clavier. Et la France s’y met, pas question de prendre du retard !

Ah : et s’il y avait un point commun entre le réchauffement climatique et la désaffection de la lecture ? Eh bien oui : c’est le fait que les pratiques qui s’installent deviennent la norme, qu’on finit par s’y habituer – mais que les effets pervers se font sentir des décennies plus tard… quand il est trop tard.

( Prochainement, la suite de cette minute du vieux schnock :
On lit moins… pourquoi ? ou Savoir lire n’est pas lire ! )

Lundi 02 juin 2014

Intermittents de l'écriture ?

Le 28 février dernier, à 20H45, sur canal+, juste avant le début de la « cérémonie des Césars », Frédéric Beigbeder m’a volé ( sans le savoir ) l’éditorial qui suit, que je ruminais depuis plusieurs mois et que je m’apprêtais à envoyer à mon webmaster.
Interrogé sur sa position concernant les intermittents du spectacle ( trop indemnisés ou pas ? ), il les a non seulement soutenus… mais de plus ajouté qu’il envisagerait volontiers d’ajouter les écrivains à la catégorie des fameux « intermittents ».
Il serait trop long et trop compliqué de revenir sur ( et d’expliquer ! ) les indemnisations de ces fameux intermittents. Le sujet mériterait des centaines de pages. Mais laissez-moi vous relater quelques brefs souvenirs…

Mes parents étaient comédiens. Des petits comédiens. Ils se sont opposés à ce que j’envisage la même profession parce que pendant trente ans, ils avaient galéré, accepté n’importe quel remplacement au pied levé, appris en catastrophe leur rôle dans des trains de nuit, frappé à mille portes, pleuré pour obtenir un rôle de figurant ou un contrat pour quelques « feux ». Jamais ils n’ont révélé aux directeurs de troupe qu’ils étaient mariés, qui se seraient cru obligés de les embaucher tous les deux - ils ont donc souvent travaillé… séparés, y compris pour partir en tournée, ce qui était toujours financièrement une aubaine !
Quand mon père a été embauché comme régisseur au Français, c’était à ses yeux le Pérou : un ( bon ) salaire mensuel garanti !
Devenu enseignant, j’ai été édité très jeune, obtenu des prix. Et ajouté à mon salaire de prof des droits d’auteur de plus en plus importants. Jusqu’à ce que, à 45 ans ( et avec 40 ouvrages publiés ), je me risque à tenter de « vivre de ma plume ». Mes parents étaient morts – sinon, j’aurais redouté leurs foudres : écrivain, c’est aussi peu un métier que comédien !
Sauf qu’aujourd’hui existe pour les acteurs ( que dis-je ? C’est mieux encore : pour tous les métiers du spectacle, ou presque ! ) ce fameux statut d’intermittent qui, ( je simplifie ) permet d’être indemnisé pendant huit mois si l’on peut justifier de 507 heures de travail sur dix mois.
Une loi sans cesse modifiée, améliorée, et contournée par bien des structures pour faire payer ces indemnisations par la collectivité. Je n’entre pas dans les détails pour en venir à mon questionnement intime, soudain formulé par Beigbeder de façon provocatrice :

Et les écrivains ? Ne sont-ils pas eux aussi des intermittents ( de l’écriture ) ?
Je m’explique : pourquoi un écrivain publié, au talent reconnu, ne pourrait-il pas lui aussi bénéficier sinon d’une certaine « sécurité d’emploi », du moins d’une forme d’indemnisation si ses ouvrages ne lui permettent plus de vivre ?
Attention : en posant la question, je ne prétends pas y répondre en affirmant : OUI !
Alors en ce cas, pourquoi la poser ?
Tout simplement pour proposer une réflexion sur le statut du créateur.
Ou de l’artiste.
Aujourd’hui, un écrivain touche des droits d’auteurs ( merci, Beaumarchais, merci Zola ! ).
Parce qu’il y a un siècle et demi, les amis de Flaubert ont dû lui dénicher un poste fictif de bibliothécaire pour qu’il ne meure pas dans la misère. Cependant, aujourd’hui encore, l’écrivain peut travailler pendant des mois, voire des années et proposer un ( ou des ) manuscrits à un éditeur… qui le(s) lui refusera. Si les droits d’auteur de ses ouvrages publiés baissent ( voire disparaissent, il arrive que les livres meurent ! ) comment va-t-il vivre ?
La réponse s’impose : lui, il doit avoir un « vrai métier » !
Une réponse refusée aujourd’hui par bien des auteurs que je connais… et dont le salaire est loin, très loin  d’atteindre le fameux SMIC !
Ma question, je le sais, suppose mille interrogations annexes.
Par exemple :
- N’y a-t-il pas le risque qu’un « intermittent de l’écriture » devienne… un « fonctionnaire de la création » ? Ou encore :
- Soit. Mais qui va décider qu’un écrivain est un « professionnel – donc un possible futur intermittent de l’écriture » ? Une sorte de « commission », comme dans l’ex URSS ?
La réponse qui semble s’imposer ( « Pardi ! Il faut qu’il ait des milliers de lecteurs ! Que son succès soit reconnu ! » ) est moins évidente qu’il y paraît.
De même qu’un acteur comme Depardieu n’a pas besoin d’être indemnisé, ce statut d’ « intermittent de l’écriture » n’aurait aucune raison de toucher des auteurs à succès.
Sauf que le succès ( dans le spectacle comme en littérature ) est éphémère. Et que les chiffres de vente d’un ouvrage ne garantissent pas sa pérennité. Qui se souvient encore d’Henry Bordeaux, auteur phare du début du XXe siècle ? Et si l’on se souvient de Julien Gracq, sait-on qu’il resta enseignant toute sa vie et que son premier roman, Au château d’Argol… fut refusé par la NRF ?  i l est vrai que Proust avait été refusé lui aussi, et par André Gide !
Quelques exemples parmi tant d‘autres…

Pour les écrivains, le problème semble plus complexe que pour les « intermittents du spectacle ». Même si je juge étonnant qu’un écrivain « reconnu » mais au chômage ( alors que, précisons-le… il travaille, il écrit – voir plus haut ! ) n’ait droit à aucune indemnité alors qu’en bénéficient, dans le domaine du spectacle, un caissier, un gardien, un barman ou une hôtesse d’accueil ! ( Ca y est, je me suis fait 100 000 ennemis )
Je précise aussi, pour ceux qui l’ignoreraient, que lorsqu’une maison d’édition fait faillite, sont systématiquement et par priorité payés les fournisseurs, imprimeurs, éditeurs et secrétaires… mais que les droits des auteurs, eux, ne sont pas versés.
Bref, dans le domaine du livre, le producteur de base ( l’écrivain, qui touche ordinairement entre 5 et 10% du pris de vente hors taxe de chaque volume vendu ) est le dernier maillon de la chaîne dans le domaine de la rétribution, puisque les employés chargés de sélectionner, fabriquer et diffuser le livre, eux, bénéficient le plus souvent d’un statut ordinaire –mais privilégié ! - de salarié.

Et qu’on ne me rétorque pas : mais après tout, c’est normal, si un livre ne se vend pas, on ne voit pas pourquoi l’auteur serait indemnisé. Parce que dans le domaine du spectacle existent de grosses subventions sans lesquelles ( entre autres ) tous ceux qui travaillent dans les théâtres subventionnés seraient du jour au lendemain sans emploi.

Au bout du compte, la vraie question est peut-être celle-ci : à qui peut ( et doit ) bénéficier l’argent public ? La question mérite réflexion.
Parce que si l’on joue au jeu ( dangereux ) de l’offre et de la demande ( j’allais dire « de l’économie de marché pure et dure » ), il faut alors supprimer tout ce qui ne rapporte pas. Enfin, « ce qui ne rapporte pas immédiatement ».
Et parmi les questions annexes ou les parenthèses, on peut aussi se demander pourquoi ce statut d’intermittent ne pourrait pas toucher, euh… par exemple les peintres ?
Imaginons ( mais on rêve ! )  que Van Gogh ait touché de son vivant le millième des bénéfices générés par les futures ventes successives de ses tableaux ! Eh oui, là encore, il arrive que la création rapporte - mais davantage, bien davantage aux spéculateurs qu’aux créateurs.
Un artiste est par définition isolé. Que vaut-il quand…ceux qui raflent la mise sont ceux qui s’organisent ?

Et si l’on va au bout de cette logique ( supprimer ce qui ne rapporte pas ), il faut commencer par les bibliothèques publiques ( et les bibliothécaires ) mais aussi… par l’école !
Que d’argent économisé si on laissait l’enseignement aux entreprises privées ! Elles pourraient enfin, sans perdre toutes ces années à imposer de la culture générale à des enfants que ça n’intéresse pas du tout, les former le plus tôt possible aux vrais métiers qui correspondent aux nécessités pratiques du marché !

Lundi 28 avril 2014

Infos People

D’ordinaire, je regarde les infos sur la 2. Et depuis quelque temps, je suis frappé par la récurrence d’interviews de gens… comment dire ? Normaux ? Du peuple ? Comme vous et moi ? Délicat à définir…
Pendant l’été, par exemple, de façon quotidienne, répétée, se sont succédé d’interminables séquences de gens interrogés dans les embouteillages : « Ben oui, on est partis à 3H du matin, et là… c’est la galère. Où on va ? A Palavas les flots (  La Baule, Le Tréport… ). Oui, les enfants sont derrière, ils ont leur console, ben si, ils s’ennuient un peu mais on s’arrête dans les aires de repos et y jouent… » Ou sur les plages : « Y fait chaud ! Ben oui, on est en vacances. Non, non, on fait attention au soleil. Et on surveille les enfants qui barbotent. » Ou les touristes à Paris : « Yes, we are coming from Pékin ( Madrid, Berlin, Oslo… ). Très beau. Ah, on rêvait de voir la Tour Eiffel, beautiful ! »
Un samedi de février dernier, après le nouveau record de Renaud Lavilennie et entre deux médailles olympiques, on nous a successivement gratifiés dès 20H10 d’une interview à propos :
·    des saisonniers de ski dans les stations d’hiver : d’où ils viennent ( d’un peu partout ), où ils dorment ( dans un studio ! ), ce qu’ils mangent -euh… comme vous et moi.
·    de la vie d’une femme de chambre à Paris, mais si elle aime son métier, même si tous les clients ne sont pas aimables, oui c’est fatigant, elle a hâte d’être à la retraite.
·    des barmen qui font des cocktails ( oui, ils nous livrent leur recette… non, parce que là, c’est un truc maison et on ne vous dira pas ce qu’on met dedans… )
En attendant, que se passe-t-il en Tunisie ? En Syrie ? Au fait, François Hollande est revenu des USA ! Quel bilan ? Pas un mot.
La veille au soir, j’avais suivi une émission sur LCP où Eric Orsenna décrivait par le menu la situation de l’Afrique en général ( elle progresse, et va mieux que les terribles événements en RCA ne le laisseraient croire ) et du Mali en particulier. D’autres invités ( un député UMP et un sénateur PS ) abordaient le problème de l’exploitation du gaz de schiste, passionnants détails à l’appui ; un dernier, spécialiste de l’Antarctique, évoquait l’aggravation du  réchauffement climatique et les récents carottages réalisés par les climatologues. Bref, de vraies infos, susceptibles d’éclairer le monde actuel. Et cela, sur une chaîne dont on croit souvent ( et à tort ! ) qu’elle ne fait que relayer les débats de l’Assemblée… ce qui suffirait d’ailleurs au bonheur du citoyen responsable. Parce que voir quinze députés présents ( sur 577 inscrits ! ) débattre doctement des droits de la femme à disposer de son corps vaut parfois son pesant de cacahuètes…
Bref, les chaînes dites d’information nous abreuvent de plus en plus souvent de « pages magazine » où l’avis des propriétaires de gîtes ruraux voisine avec celui des skieurs de l’hiver, des promeneurs du dimanche et des touristes en panne dans un aéroport ou une gare. Ces interviews sont là, bien entendu, pour rassurer le téléspectateur lambda : ah, enfin des gens qui causent comme nous, qui parlent pour ne rien dire et ont les mêmes problèmes que moi ! Au moins voilà des infos qu’on comprend !
A noter que la dernière mode est de demander leur avis aux enfants – dont les mots, ouf, sont encore plus simples que ceux du téléspectateur moyen. Le dernier interrogé, il avait 10 ans, évoquait sa crainte… pardon, mon style est trop ampoulé, je lui laisse la parole : « Ben non, moi, j’veux pas attendre 70 ans pour prendre ma retraite et mourir en travaillant ! » On peut en sourire. Moi, j’en aurais pleuré…
Oui, ma consternation grandit. Parce que dans les médias les plus vus ou écoutés, la parole est de moins en moins donnée à des spécialistes qui ont réfléchi, mais…
·    à « ceux qui ont réussi » ( les plus riches et les plus célèbres nous sont ainsi livrés en exemple, voyez, on peut y arriver ! )
·    au vulgum pecus ( oui, tant pis, consultez le Larousse – pardon : Wikipédia ! ) dont le niveau de langage et de réflexion nous rassérène et nous prouver que n’importe qui, même le plus jeune ou le moins informé… peut enfin dire n’importe quoi et passer à la télé !
Ah, un conseil : pensez de temps en temps à regarder LCP.

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