Euh… pas si sûr !
Ce matin, sur France Info, bonne nouvelle : la Norvège va numériser d’office tous les ouvrages disponibles jusqu’en 2001 – y compris ceux qui sont en vente sur le marché.
Objectif ? Mettre à la disposition de tous, en ligne, gratuitement, les documentaires, la fiction, les livres scolaires et ceux destinés « à la jeunesse ». Avec l’objectif avoué de faire lire mieux et davantage. Gratuitement – répétons-le !
Hum !
Deux objections :
1/ La gratuité n’entraîne pas l’appétence. J’ai toujours affirmé que si le livre était gratuit en France, ça ne ferait pas un  lecteur de plus. D’ailleurs, d’une certaine façon, le livre est gratuit : pour 5 ou 7 euros par an, à peine le prix d’un seul livre de poche, n’importe quel citoyen peut s’inscrire dans la bibliothèque ou la médiathèque de sa commune et emprunter à peu près tout ce qu’il désire. Et certaines médiathèques sont d’une richesse stupéfiante. Eh bien on ne s’y bouscule pas forcément.
2/ Les chiffres sont hélas là pour le prouver. Même si l’on a cru que le livre numérique remplacerait peu à peu le livre papier, on s’aperçoit ( en France ) que les chiffres de vente du livre papier baissent… mais qu’ils sont loin, très loin d’être compensés par le numérique ! En réalité, tout se passe un peu comme si, au fur et à mesure qu’on numérisait, les ventes papier baissaient – sans que la numérisation n’entraîne le moins du monde l’afflux espéré vers la lecture !
3/ La gratuité annoncée est ( comme d’habitude ) factice.
Parce que la société chargée de numériser les ouvrages en Norvège va tout de même vivre… de la publicité ! Eh oui, l’accès aux livres numérique sera gratuit mais piraté par la pub. Et si vous voulez y échapper, il faudra payer « un petit abonnement. » Comme pour la musique en ligne.
Ah, au fait, et les auteurs ? Et leurs droits ?
Je vous rassure, on y a pensé : la numérisation leur sera rétribuée à 6 centimes la page. Soit 12 euros pour la numérisation d’un livre de 200 pages. Pour un ouvrage de 300 pages : 18 euros. Mais si, calculez. Bref, l’accès « gratuit » de cette numérisation définitive leur sera rétribué… pour qu’ils puissent acheter un seul exemplaire de leur ancienne version papier ! En revanche, la société en question vivra, elle, très très bien de cette numérisation « gratuite ».
Un procédé qui rappelle…
·    le mot de Lagardère quand il a pris les rênes d’Hachette en demandant à supprimer le poste… des droits d’auteur !
·    la remarque, il y a dix ans de la responsable jeunesse du même éditeur ( paix à son âme… en plus c’était une amie ) qui s’est  un jour écrié :
- Incroyables, ces auteurs ! On les publie et en plus, ils veulent être payés !
Elle gagnait 5 ou 6 000 euros par mois pour gérer la lecture et l’édition des romans… mais jugeait inconvenant que les auteurs ne travaillent pas gratuitement. Un peu comme si le gérant des magasins Carrefour ou Leclerc protestaient parce qu’il faut hélas rétribuer les éleveurs dont ils vendent la viande - ou les agriculteurs dont ils vendent les légumes !
Internet n’est pas gratuit. La numérisation n’est pas gratuite.
Certes, ces accès « gratuits » sont une manne fort intéressante – demandez à Microsoft, Google et Amazon ce qu’ils en pensent. Mais à terme, si le numérique favorise les connexions et l’e-commerce, je doute qu’il permette de fabriquer de futurs vrais lecteurs.