1887, Amérique du nord...

Le père de Sarah, Jason Plumbee, descendant de migrants anglais, quitte son Maine d’adoption pour devenir trappeur. Sauvé par des Chakopee ( un clan sioux ), il se fait un ami de Sam-Œil-qui-écoute et épouse l’une de ses soeurs, Trois Oiseaux.

Sarah naît en 1890 – et une scène la marque à jamais : comme une louve affamée s’en prenait aux poules et que son père s’apprêtait à la tuer, sa mère s’y est opposée. Elle a même tué une vieille poule pour la donner à la louve, en remerciement de sa visite !

Une scène initiatique essentielle...

Alors que Sarah a 9 ans, elle perd ses parents lors d’un naufrage du bateau à aubes qui les emmène à Minneapolis. Orpheline, elle n’est pas recueillie, comme elle l’espérait, par son oncle Sam d’origine indienne, mais par sa tante Mary-Jane, « celle qui n’embrasse pas ».

En effet, cette dame comme il faut exige que Sarah soit bien élevée, propre, polie – et se plie aux exigences de la civilisation – à l’image de la jolie poupée de porcelaine dont elle lui a fait cadeau ; mais Sarah lui préfère en secret la vieille poupée de chiffon que lui a confectionnée sa mère... Dépitée et effrayée par l’impossibilité de dresser Sarah, elle se résigne à confier la petite fille... à Sam-œil-qui-écoute, où elle va enfin s’épanouir dans la nature.

Or, le deuil des parents de Sarah n’a pas été fait : ils ont été enterrés dans la fosse commune. Un oubli que Sam veut réparer, au cours d’une cérémonie funéraire traditionnelle à laquelle, de façon inopinée et émouvante, la tante Mary-Jane finira par venir y prendre part.

Comment et pourquoi tant de lignes sont nécessaires pour résumer une histoire aussi courte ?

C’est simple : elle est d’une densité étonnante et d’une force peu commune. Des auteurs moins scrupuleux en auraient fait un roman de plusieurs centaines de pages !

Ce beau, ce superbe récit universel a été publié en janvier 2011, dans la revue D-Lire ( N° 145 ). Bayard a ainsi eu la chance de publier ce vrai bijou, certes accessible dès le Cours Moyen, mais qui est de taille à bouleverser bien des ados... et les adultes !

Rarement le talent ( connu et reconnu ) de Jennifer Dalrymple s’est déployé avec tant d’efficacité. L’ouverture, avec l’incident de la louve affamée, cache une métaphore qui poursuivra Sarah tout au long de son enfance, déchirée entre la nécessité de se plier à une civilisation aux lois souvent absurdes, et les traditions de ses origines indiennes, auxquelles finira par se plier la Tante Mary-Jane.

Je sais aussi pourquoi ce récit me touche : il est caractéristique de son auteur, dont l’ascendance est plurielle, comme elle s’en explique dans la courte biographie qui suit son histoire. La révolte de Sarah pourrait être celle d’une de ses ancêtres...

Aussi stupéfiant que cela paraisse, ce texte hors du commun n’a pas été réédité.

Quel éditeur aura la chance d’en avoir la bonne idée, afin que les lecteurs qui l’ont raté puissent enfin y avoir accès ?

CG