1898… banlieue de Londres.

Alors que le narrateur, un journaliste anglais, apprend à faire du vélo, d’épais cylindres métalliques, tels des météorites, tombent les uns après les autres dans la lande. Ces objets, dont les astronomes affirment qu’ils ont été lancés depuis la planète Mars peu de temps auparavant, attirent de nombreux badauds. Une fois refroidis, ils se dévissent ! Seraient-ils habités ? On envoie une délégation pour accueillir d’éventuels Martiens à qui « on essaiera de ne pas faire de mal ».

Or, les Terriens sont loin du compte : leur délégation est balayée par un puissant Rayon Ardent. Après quoi les Martiens, sortes de grosses têtes munies d’un bec au-dessus de tentacules, surgissent hors des cylindres et assemblent d’étranges tripodes : des machines destructrices qui ne vont pas tarder à se déplacer et à semer la terreur et la désolation…

Le narrateur fait fuir sa femme à Londres ( la ville sera vite envahie ) et, comme il veut la rejoindre, il rencontre de nombreux fuyards. Notamment un artilleur – puis un pasteur, au moment où un cylindre tombe à proximité d’un pavillon où les deux hommes se sont réfugiés in extremis. Désormais bloqués, prisonniers des décombres, ils ne peuvent s’échapper et observent les probables futurs maîtres de la Terre…. de quoi devenir fou – ce qui va justement arriver au pasteur…

Au moment où les Terriens comprennent qu’ils ont perdu la guerre, aussi impuissants et vulnérables que des insectes, les Martiens vont tomber comme des mouches, victimes… des microbes de notre planète, contre lesquels ls n’ont visiblement aucun remède !

Comme quoi il est fort imprudent pour des étrangers d’envahir un monde auquel les indigènes se sont adaptés

Ce grand classique, l’un des grands textes fondateurs de la SF moderne, est sans doute le chef d’œuvre de Wells.

Lors de sa parution, il fut ( bien sûr ) classé dans la « littérature fantastique ». Et pour cause : le néologisme américain de science fiction ne serait créé ( par Hugo Gernsback ) qu’en 1929. De plus, l’action de ce roman, très réaliste, se situe dans le présent. Pourtant, c’est de la pure SF.

Un roman majeur, vraiment ? Sans aucun doute.

D’abord parce que rarement un écrivain de SF aura aussi bien maîtrisé son hypothèse de départ : relaté ( d’une façon réaliste et magistrale ) à la première personne par un narrateur qui ne livre jamais son nom ( donc… « moi-même », nous laisse entendre Wells ), ce récit tient en haleine de bout en bout – alors que dès l’incipit, Wells nous laisse entendre que l’aventure s’est bien terminée. Un réalisme qu’a su utiliser son quasi homonyme, le jeune Orson Welles, 40 ans plus tard, en lisant en direct à la radio des extraits de l’ouvrage, créant ainsi un début de panique à New York suivi de tentatives de suicide !

Ensuite parce que la vraisemblance est sans cesse au rendez-vous, à une époque où, après la découverte par l’astronome italien Schiaparelli des fameux « canaux sur Mars », il semblait évident à tout le monde – et aux scientifiques les premiers ! – que Mars, planète plus ancienne que la Terre, était habitée ! De là à imaginer que les Martiens étaient à la fois plus évolués que les hommes, et désireux de conquérir un monde plus habitable que le leur ( Mars ayant au cours des millénaires perdu son atmosphère et son eau… ), il n’y avait qu’un pas. Que Wells a franchi.

Ami de l’évolutionniste Darwin et surtout élève de Thomas Huxley ( eh oui : le grand-père du futur auteur de Brave New World en 1932 ), Wells a voulu à la fois livrer une image de l’évolution possible d’une espèce, et une leçon de modestie face à l’expansionnisme d’un Royaume Uni en pleine période de colonisation. Car La Guerre des Mondes est avant tout un avertissement : notre espèce est fragile, et les humains devraient être plus attentifs à d’autres espèces qu’ils considèrent comme inférieures à la leur. Enfin, sans le savoir, Wells – dans ce récit comme dans bien d’autres - pose non seulement les fondements de la SF mais aussi ceux de l’écologie.

Bien sûr, on peut sourire en lisant certaines descriptions. Les Martiens envahissent la Terre avec des moyens qui sont ceux de la fin du XIXe siècle : des canons et des obus, comme l’avait déjà imaginé Jules Verne trente ans auparavant, dans De la Terre à la Lune. Quant aux tripodes, leurs créateurs devront les réparer d’une façon à la fois manuelle et très… classique. On en est encore à l’ère de la machine à vapeur ; et même si Wells se taguera plus tard d’un rôle de futurologue ( voire de prophète ), il ne prédit pas ici la fusée à étages et encore moins le moteur ultra-luminique.

La Guerre des Mondes mériterait plusieurs pages de commentaires. Je lui en consacre six dans la préface que j’ai livrée, en son temps ( 1988 ), dans sa réédition en Folio-Junior

Aujourd’hui, ce roman est disponible dans de multiples éditions.

Je le possède à de nombreux exemplaires, depuis sa première traduction en français, au Mercure de France ( un collector ! ) à ses versions contemporaines, pour adultes ou pour la jeunesse ( chez Gallimard, le texte intégral est identique, à la virgule près ).

Un conseil : si vous voulez connaître La Guerre des Mondes, évitez le cinéma, notamment la dernière version ( je sais… il y a Tom Cruise… ) qui est une adaptations du récit dans notre monde contemporain. Et lisez le roman de Wells ! Par exemple en vous procurant Les chefs d’œuvre de H.G. Wells chez Omnibus, un ( gros ) ouvrage qui regroupe sept romans et onze nouvelles de cet auteur un peu oublié. Vous y découvrirez, en prime, une passionnante présentation du regretté Francis Lacassin !