Le Blog de Christian Grenier, auteur jeunesse

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Lundi 28 août 2017

Fatal Gaming - Logicielle revient ?


Eh bien elle est là !

Désormais capitaine ( et enceinte ), Logicielle est confrontée à des disparitions inexpliquées : celles de jeunes gens passionnés d’informatique… et de jeux vidéo. Des surdoués très, très particuliers. Qui vont l’entraîner sur la piste… du transhumanisme.

Impossible d’en révéler davantage.

La couverture ?

Elle est juste là ...

La quatrième de couv ?

Elle n'est pas loin ...

La date de parution ?

Le 23 août – autrement dit, le livre vient de sortir !

Le premier chapitre ?

Pour le lire, il vous suffit de cliquer ICI !

Dimanche 01 mars 2015

Michel, Cher Michel

Après quarante ans d’amitié, d’échanges et de courrier, tu m’as appelé il y a quelques jours au téléphone. D’une voix étrangement sereine, tu m’as confié : « C’est mon dernier coup de fil ».

Et moi, pour te répondre, alors que tu n’es plus là, comme à mon habitude, je t’écris.

Je t’écris de ce Périgord où tu es né et où, je le sais, ton cœur est resté.


Et je suis terrifié en pensant, en formulant : « Michel, c’est ma dernière lettre. » 

J’espère que tu me pardonneras le fait qu’elle soit ouverte.

Mais après tout, nous n’avons rien à cacher.

Quand nous nous sommes connus, alors que tu devenais avec Le temps incertain le chef de file incontesté de la science-fiction française, tu n’as pas eu envers moi le regard goguenard des certains auteurs de littérature générale : « Ah, vous écrivez pour les enfants ? »

Non : tu m’as dit au contraire : « Quelle chance tu as, d’être lu par les jeunes ! Mon rêve, vois-tu, c’est d’être dans les livres de classe ! »

Les enfants ont toujours eu ta considération. Les enfants, les petits, les humbles, les animaux – tous les laissés pour compte.

Toute ta vie, tu as répondu à l’appel de ceux qui sollicitaient tes conseils. Avec une bienveillance, une modestie, une disponibilité qui étonnaient ceux qui te connaissaient mal.

Tu portais sur la société un regard toujours attentif, étonné, avec le souci permanent de la comprendre. Et de l’améliorer.

Tes armes ? C’étaient les mots. Les outils propres à raconter des histoires qui font réfléchir. Et rêver.

Ecrire ! C’était, pour toi comme pour moi, ta préoccupation. Ton obsession. Ta passion.

Quand tu es passé des utopies futuristes de la science-fiction au roman de terroir, tu n’as pas, comme on le croit, fait le grand écart. Tu as seulement tissé le lien nécessaire entre le futur et le passé. Entre la terre et le ciel. Pour embrasser et sauver ce que tu appelles Le Territoire humain. Parce qu’en revenant à la terre, tu gardais le regard vers les étoiles.

L’avenir… il a toujours été ton point de mire.

Un jour de 1999, alors que je te demandais une nouvelle inédite pour le recueil Contes et Légendes de l’an 2000, chez Nathan, tu m’as confié dans une lettre : « Comme le futur était beau avant que l’an 2000 n’arrive ! » Dans le récit que tu as livré, Les envoyés de l’an 2000, le jeune héros de douze ans, Jacques, a la méchante habitude de marcher la tête en l’air.

- Regarde donc tes pieds ! lui disait parfois son père quand ils travaillaient ensemble aux champs. Jacques trouvait cette obligation pénible. César, le chien de berger, regardait-il ses pattes ? Non, il trottait la tête en avant. Et les pattes suivaient toujours.

En trois lignes, sans en avoir l’air, tu livrais ainsi aux jeunes lecteurs un vrai sujet de philosophie. Et tu obéissais à ma définition de la littérature jeunesse : « quand la littérature vieillesse dit souvent des choses simples avec des mots compliqués, la littérature jeunesse dit des choses compliquées avec des mots simples. »

Dans La Grâce et le Venin, la guérisseuse Coline évoque ainsi le matin du 29 avril 1898 :

Il faisait beau, Seigneur, un ciel plus beau que tout le bonheur du monde et toutes ces odeurs crémeuses qui montaient de la terre. L’herbe comme jamais je ne l’avais vue de ma vie et le parfum des lilas qui m’emplissait la tête. Les oiseaux de La Belette s’égosillaient à la folie.

Je venais d’enlever le feu à un gosse qui s’était renversé la marmite de soupe sur les jambes. J’étais heureuse. J’étais heureuse quand j’avais pansé. Je l’avoue, à mon âge, on peut tout dire, j’ai toujours eu plus de bonheur à guérir qu’à vivre avec un homme. Je regardais en l’air, je me souviens. En ce temps-là, on parlait beaucoup de ballons dirigeables, et je me disais que je finirais bien par en voir passer un. Je prenais les dirigeables pour un signe du progrès. Je croyais à un avenir merveilleux pour les enfants de mes enfants…

Toujours dans La Grâce et le Venin, après la mort de l’héroïne, son descendant découvre la reproduction d’un tableau. « La seule œuvre d’art que la guérisseuse ait jamais aimée », dit-il : La Vierge, Sainte Anne et l’enfant Jésus, de Léonard de Vinci.

Il s’interroge : pourquoi sa grand-mère aimait-elle ce tableau ?

Et soudain, il comprend :

Sainte Anne est la mère de Marie. Elle devrait avoir deux fois son âge, or ça ne paraît pas sur le tableau. Elles se ressemblent. Elles sont très belles, sans âge.

Mais ce qui m’émeut tant, c’est la douceur malicieuse de leur regard. Ce sourire retenu qu’elles ont toutes les deux sur la bouche, cette bonté gaie, sans limites. Et quelque chose de plus… je ne sais quoi… une complicité tendre avec le monde.

Plus que jamais, Michel, cette complicité apparaît dans ton roman May le Monde. Dont l’héroïne est une enfant. Mais cette enfant, malade, est peut-être bien aussi Coline la guérisseuse. Une fille, une femme qui saura, qui enseignera comment passer d’un monde à l’autre.

Ce passage, Michel, il t’obsédait.

Et voilà que tu l’as franchi.

De même que tu as, sur cette photo où tu affiches un sourire malicieux et complice, prophétisé ton départ en 2015, peut-être as-tu, comme ton héros Vincent, vu Les yeux géants un soir de l’automne 2010. Un soir d’une douceur incomparable, d’une tristesse ardente et d’un calme de fin des temps.

A la fin du récit, Vincent meurt.

Et toi, Michel, tu affirmes alors :

« Vincent s’éveilla et il sut qu’il venait de ressusciter. Où ?

Si le voyage avait réussi, il était dans un monde totalement étranger. Si le voyage avait échoué ( il savait que c’était une possibilité… ) il allait se retrouver chez lui, dans l’ombre familière de son vieil univers. (…)

Il n’osait pas ouvrir les yeux. Peut-être allait-il renaître dans un vieux cimetière de campagne. (…) Il se décida enfin à soulever les paupières. Pendant quelques secondes, une minutes, deux, sa vue lui parut trouble et le décor indistinct.

Puis il vit…

Quoi ? Il ne le savait pas.

C’était étranger. Il avait réussi.

La suite de ce récit ne pourra jamais être écrite avec des mots humains. 

Ces mots, Michel, désormais, tu peux les trouver, j’en suis certain.

Samedi 04 mai 2013

Michel Jeury, un écrivain d'aujourd'hui !

Après de sérieux ennuis de santé l’an dernier, Michel Jeury s’est rétabli – il a même déménagé !

Et devinez quoi ? Il s’est remis à écrire – oui, cet écrivain hors pair n’a pas fini de nous étonner…

A l’initiative de plusieurs de ses admirateurs, collègues et amis aura lieu, en juin prochain, au château d’Issigeac, une série de conférences, d’expositions, de rencontres et d’hommages.

C’est l’occasion de vous y convier et de vous rappeler le parcours de cet auteur éclectique…

Né à Razac d’Eymet en 1934, Michel Jeury s’intéresse très tôt à la science-fiction.

Après avoir publié sous le nom d’Albert Higon, il fait une entrée fracassante dans ce genre littéraire en 1973 avec Le Temps incertain, roman qui marque un tournant majeur dans la SF française.

Surtout publié chez R. Laffont dans la prestigieuse collection de Gérard Klein ( Ailleurs & Demain ), Michel Jeury se consacre exclusivement à la science-fiction, romans et nouvelles, jusqu’en 1988 : il publie - entre autres ! - Les singes du Temps en 1974, Les yeux géants en 1980, L’Orbe et la roue en 1982…

Il quitte alors le Périgord pour Anduze, dans les Cévennes, et aborde - avec le même succès - le roman de terroir, auquel il se consacre encore, même s’il revient de temps à autre à la SF.

En 2011, son roman May le monde obtient le Grand Prix de l’Imaginaire... mais on ne compte plus le nombre de prix décroché par Michel depuis plus de trente ans !

Michel Jeury offre ainsi deux facettes : celle de l’auteur français de science-fiction  sans doute le plus prestigieux du XXe siècle, mais aussi celle d’un auteur de romans de terroir à succès, dont certains ont été adaptés à la télévision. Citons, parmi une vingtaine de titres, La Grâce et le venin ( 1992 ), L’année du certif ( 1995 ), ou La vallée de la soie ( 1998 )

J’ai rencontré Michel pour la première fois il y a quarante ans. Quand il publiait ses romans de SF chez Robert Laffont et était invité à Paris, il préférait venir dormir chez nous plutôt qu’à l’hôtel !

Et si nous sommes partis vivre dans le Périgord, c’est en grande partie grâce à lui. J’ajoute que Dominique Dauta, le responsable de l’agence immobilière qui nous a vendu la maison… était un ami d’enfance de Michel !

Bien sûr, Michel Jeury est venu chez nous, dans le Périgord, pour l’un de ses ( rares ) pèlerinages sur les lieux de son enfance.

Entre-temps, j’avais eu la chance de le publier chez Gallimard, dans les années 80, quand j’étais responsable de la série Folio-Junior SF. Il a eu aussi la gentillesse de me dédier l’un de ses rares romans pour la jeunesse, Le printemps viendra du ciel ( 1985 ).

Car Michel Jeury a aussi publié pour le jeune public !

Mais pour en savoir davantage, rendez-vous à Issigeac, en juin, pour assister à une série de conférences et participer à plusieurs rencontres.

Vendredi 19 octobre 2012

L'Amour-Pirate, Oskar éditeur

     La rédaction de ce long récit m'a occupé pendant toute l'année 2011.

     Seuls étaient au courant les lecteurs qui, lors d'une rencontre, me posaient la question : « Qu'écrivez-vous en ce moment ? »
     Ce livre, je le portais en moi depuis plus de dix ans.
     Aux yeux d'un écrivain, son dernier né est toujours le meilleur.
     Cette fois, ma conviction est plus que jamais fondée : L'Amour-Pirate est l'un des ouvrages les plus importants — et, de loin, le plus fort, le plus intime que j'aurai jamais publié. Au jour le jour, il relate l'année de mes seize ans, mes émois, convictions et passions d'adolescent avec, au cœur du récit, un secret inavouable dont l'aveu allait changer ma vie...

     Ce roman parait en librairie le 19 octobre 2012.

     Vous pouvez lire ci-dessous l'interview réalisé par ma petite-fille Estelle, 16 ans, ainsi que des extraits du roman.


L'Amour-Pirate, l'interview


     L'Amour-Pirate est une histoire vraie... c'est même la tienne, non ?
     En effet.

     Alors pourquoi as-tu changé les noms et les prénoms ?
     Le Christophe de ce récit... c'est toi !
     Oui... et non !
     Et si cette histoire est en effet la mienne, il s'agit d'un récit.
     Or, la littérature, ce n'est jamais la réalité. La réalité, c'est le présent, les gens en chair et en os que nous côtoyons, les événements que nous vivons. Mais dès que nous essayons de les fixer au moyen de photos, de films ou de mots, nous trichons. Nous choisissons des moments, des angles, des points de vue particuliers. Et nous offrons au spectateur ( ou au lecteur ) une reconstitution partiale et partielle qui n'est plus du vécu.
     Et puis L'Amour-Pirate met en scène des personnages qui ont existé — et qui parfois, n'ont pas un très beau rôle. La prudence oblige alors l'écrivain à modifier les prénoms, les noms, les lieux.

     Mais les faits que tu relates sont authentiques ?
     Oui. Mais si j'ai repris mon vrai journal intime d'adolescent ( j'avais comme toi seize ans ! ), je n'en ai utilisé que certains extraits ; je l'ai souvent complété... et toujours amélioré.
     En revanche, je n'ai rien changé aux extraits des lettres — ta grand-mère et moi en avons échangé des milliers !
     Pourquoi cette question ?

     Parce que certaines scènes sont stupéfiantes, exotiques, invraisemblables ! Je suis étonnée qu'à l'époque, il y ait eu tant d'interdits.
     C'est vrai. L'autorité des parents et des enseignants était totale. Face aux contraintes religieuses, sociales et morales, on devait se cacher pour lire, écrire, se voir.


     Ton récit est... le journal intime d'un garçon de 16 ans en 1961-1962. Malgré la modification des prénoms, ce garçon, tu admets que c'est toi.
     Ce journal intime, c'est donc le tien ?
     Disons que j'ai largement puisé dans le journal intime que je tenais à l'époque. Je l'ai repris, réécrit, modifié... et amélioré, ce qui justifie que même si ce héros me ressemble, ce n'est plus tout à fait moi. A l'époque, j'ai fait la même chose que lui : j'ai relu le journal que j'avais rédigé trois ans auparavant. Et je me suis aperçu que j'avais souvent noté des faits d'une grande banalité. Sans évoquer des événements et des sentiments trop dangereux à révéler.
     En même temps, relire ce que j'avais écrit réveillait en moi des scènes, des anecdotes que j'avais oubliées. ( lire l'extrait N° 2 ) Aussi, le narrateur de L'Amour Pirate reconstitue des incidents et des dialogues qu'il n'avait jamais osé relater.
     Ce que je n'avais pas fait à l'époque !

     Alors tu as triché ?
     Oui. Mais pas plus que les écrivains qui prétendent reconstituer leur propre vie. Cette reconstitution, littéraire, n'est plus la réalité. C'est pourquoi j'ai changé le prénom du narrateur : pour marquer la distance, la différence entre la réalité et sa rédaction...
     Souvent, à la fin d'une intervention en classe, je lis les trois pages de L'amour caramel, un vieux souvenir d'enfance rédigé à la première personne, au présent. Comme si j'évoquais les faits de façon immédiate et spontanée. Ce qui est faux puisque je relate ce souvenir soixante ans plus tard, avec le poids du temps écoulé et des qualités d'écriture que je n'avais pas à l'époque !

     Etrange, que tu te lances dans un récit autobiographique ! D'ordinaire, ta vie privée n'est pas ton « fond de commerce » — l'expression est de toi !
     C'est vrai. Sur la centaine d'ouvrages que j'ai publiés, si j'excepte les trois pages de L'Amour Caramel, il n'y a guère que Je suis un auteur jeunesse et Ce soir-là, Dieu est mort qui évoquent des épisodes précis de ma vie.

     Pourquoi as-tu tant attendu pour révéler des faits vieux de 50 ans ?
     Plusieurs raisons à cela...
     D'abord, parce qu'il y a prescription.
     Ensuite, parce que j'ai peu parlé de moi dans mes livres : 2% de ma production ! Et cela, parce que je croyais ma vie dépourvue d'événements exceptionnels...
     En 1972, en me remettant à la télévision le prix ORTF, Pierre Tchernia m'avait demandé d'évoquer mon enfance ( elle est souvent importante dans l'imaginaire des auteurs.) Imprudemment, j'avais affirmé avoir eu une enfance ordinaire. Et ta mamy, hors caméra, m'a affirmé, stupéfaite :
     — Mais c'est faux ! Tu ne te rends pas compte ! Tes parents étaient comédiens, ton père régisseur à la Comédie Française ! A 15 ans, tu allais au théâtre trois fois par semaine, tu côtoyais de grands acteurs, tu as même croisé au Français Henri de Montherlant et Paul Claudel !
     A mes yeux, c'était du quotidien, je n'avais pas conscience de ma chance.
     Or, à 16 ans, j'ai vécu un événement qui allait bouleverser ma vie. Je suis tombé amoureux de celle qui, j'en étais sûr, partagerait mon existence. Sauf que la différence d'âge était problématique et que, longtemps, je me suis interdit de reconnaître cette passion qui me dévorait.

     Cela explique le titre de ton récit, L'Amour Pirate ?
     Oui. Quarante ans après notre mariage, les sentiments et les faits qui, au début des années soixante, nous ont réunis ta mamy et moi, restaient ( et pourraient peut-être paraître encore ? ) socialement incorrects.
     Il y a dix ans, j'ai dit à ta grand-mère que j'avais très envie de raconter cette histoire, la nôtre. Celle de la naissance d'une passion qui, je l'espérais, serait partagée. C'était là, dans notre vie — et surtout dans la mienne, en 1961 — un épisode stupéfiant, en contradiction totale avec les conventions et les lois morales de l'époque.


     Et Mamy a accepté ?
     Non. Par pudeur sans doute, elle refusait d'apparaître dans un récit.
     — Mais rédiger cette histoire ne signifie pas la publier, lui ai-je affirmé il y a deux ans.
     — Eh bien si tu as besoin de l'écrire, écris la.
     Voilà, Estelle, pourquoi j'ai tant attendu !
     Pendant toute l'année 2011, j'ai reconstitué les faits jour après jour...

     A ce point ?
     Mais oui !
     Grâce à ton vieux journal intime ?
     Mon journal, des photos, les journaux et magazines de l'époque, les programmes de théâtre, de concerts — et aussi les carnets de mon père, qui notait scrupuleusement jour après jour ses déplacements, ses achats, visites, rendez-vous — et même la météo !

     Alors tu as publié L'Amour-Pirate sans l'autorisation de Mamy ?
     Bien sûr que non !
     J'ai d'abord rédigé un récit de près de mille pages qui l'a bouleversée — et que j'ai réduit à une version plus courte.
     Cette version, je l'ai confiée à ta tante Sophie, notre fille, qui l'a lue...
     Et elle a réussi à convaincre sa mère que je la propose à un éditeur !

     Et pourquoi à Oskar ? Pourquoi pas à l'un de tes éditeurs habituels ?
     L'un d'eux m'a demandé, l'an dernier :
     — Qu'est-ce que tu écris, en ce moment ?
     — Le journal intime d'un garçon de 16 ans en 1961, ai-je révélé. Les tourments d'un ado déchiré par un amour impossible.
     — Hélas, ce n'est pas pour moi ! m'a-t-elle ( c'est une dame ) affirmé. Un journal intime, ce n'est pas tendance, et cette époque ne dira rien à un jeune lecteur d'aujourd'hui.
     Les autres éditeurs, qui ont lu le manuscrit, m'ont répondu, embarrassés :
     — C'est très ambitieux mais trop long, trop littéraire. Ce n'est pas ce que nos lecteurs attendent.

     Comment peuvent-ils savoir ce qu'attendent les lecteurs ?
     Aujourd'hui, ils savent « ce qui marche, ce qui se vend ». Et les directeurs littéraires ne veulent pas, ne peuvent plus prendre de risques.

     Et toi, tu en prends ?
     Non, Estelle. Moi, je ne m'occupe pas de ce qu'attendent les lecteurs, les directeurs littéraires ou... les contrôleurs financiers !
     J'écris.
     En revanche, j'ai pensé à Bertil et Françoise Hessel, les éditeurs d'Oskar. Depuis plusieurs années, ils me demandaient si j'avais un texte pour eux. Leur enthousiasme a été immédiat. Et comme je les avertissais des écueils qu'ils rencontreraient pour la vente de ce gros roman, Bertil m'a avoué :
     — On le sait, ce n'est pas gagné. Comparé à ce qui sort en ce moment, ton récit semble à contre-courant. Mais il est superbe. Et nous, on y croit.
     A mon âge, Estelle, je ne cherche plus à prouver quoi que ce soit, ni à faire un succès de librairie. Mais seulement à livrer le meilleur, à écrire avec conviction et sincérité, même si je me risque hors des sentiers battus.

L'Amour-Pirate, Extrait 1 (Début)

     Lundi 16 octobre 1961

     « A combien de chagrins il faut que je m'apprête ! »
Racine ( Britannicus, acte II scène 1 )

     Ce que j'ose aujourd'hui écrire, jamais personne ne doit le lire.
     J'aime. Mais sans retour.
     J'irai au bout de cet amour sans espérer être aimé un jour.
     Pourtant, Anne est libre, jeune, accessible. Nous avons les mêmes idées, les mêmes goûts. C'est une amie de la famille. Mais qu'elle partage mes sentiments est impensable, absurde.
     S'y risquerait-elle que nous serions tous deux dans le scandale, l'opprobre, l'interdit.
     Ce précipice qui nous sépare, je l'ai trop longtemps ignoré ; je veux désormais l'affronter. A quoi bon nier l'évidence ?
     Je dois mettre mon mal en mots. Mais les mots me font mal.
     Cet amour orphelin, secret, honteux, tabou, je devrai le cacher.
     C'est une passion défendue, clandestine.
     Un amour pirate.
     Le voile s'est déchiré hier soir, à l'instant où le rideau s'est levé sur la scène du Théâtre Français. Là, j'ai décidé d'ouvrir les yeux. De m'accorder cet aveu. Sans qu'Anne, à mes côtés, ne soupçonne le séisme qu'il allait provoquer.
     Il y a ce qu'on dit, ce qu'on pense et ce qu'on écrit. Et enfin ce qu'on n'ose pas penser... que de différences !
     A dater d'aujourd'hui, mon journal devrait me permettre de révéler l'informulé. Ecrire, n'est-ce pas mettre à jour le non-dit ?
     J'ai enfin mis des mots sur ma pensée hier soir. Un jour, une heure, un lieu que j'avais bien choisis : le 15 octobre à vingt-et-une heures. A la Comédie Française.
     Ce moment privilégié, je dois le relater au plus vite. Pas question de l'oublier. Si je me relis, je veux revivre l'émoi qui l'a suivi, ce merveilleux trouble douloureux...
     Je veux que mes écrits soient l'écho fidèle et précis de ma vie. Parce que le temps fait écran, il affadit nos souvenirs ; il gomme les faits importants et les plonge dans l'oubli.
     Ce journal, je le rédige depuis l'âge de onze ans.
     Aujourd'hui, il me pose problème à plusieurs titres.
     D'abord, quand je me relis longtemps plus tard, je m'aperçois que j'ai consigné des faits futiles et gardé l'essentiel sous silence. Parce que l'essentiel, je n'osais pas l'évoquer...
     Ensuite, mes parents jugent que l'écriture nuit à mon travail.
     Enfin, je ne sais plus où cacher ces cahiers.
     Autrefois, je les laissais traîner. Mes parents étaient fiers de me voir écrire. Ils lisaient mes histoires. Sans me les réclamer. Fouillant dans mes affaires, ils dénichaient un roman inachevé, le brouillon oublié d'un poème...
   

L'Amour-Pirate, Extrait 2

     Mardi 17 octobre 1961

     « Un soupir, un regard, une simple rougeur,
     Un silence est assez pour expliquer un cœur. »

Molière ( Dom Garcie de Navarre ou Le Prince jaloux )


     Bonne nouvelle : Loriot, notre prof de français dit Le Compère, est absent. Permanence jusqu'à midi ! J'ai deux heures pour relater cette soirée du 15 octobre. C'était avant-hier...
     La salle du Français était pleine.
     Mon père nous avait procuré des places au premier rang du premier balcon, côté jardin. De face, la scène est trop loin.
     J'ai aiguisé mes sens pour graver cet instant, les minutes qui précèdent le lever du rideau avec, au-dessus du brouhaha badin du public, ce signal aigrelet et discret qui crie en continu, le spectacle va reprendre regagnez vos places !
     Je guettais sur le rideau l'œilleton percé à hauteur d'homme, opercule réservé à ceux qui travaillent sur scène, machinistes, électriciens, décorateurs et tapissiers. Un poste de guet qui permet au régisseur d'épier le public et les ouvreuses prêtes à fermer les portes. Des effluves passaient, coûteux parfums capiteux. J'ai caressé le velours grenat de la rambarde sur laquelle les spectateurs tentent parfois de poser leur manteau, non madame utilisez le vestiaire s'il vous plaît ! ordonne alors l'ouvreuse la plus proche.
     Ce théâtre, je le fréquente depuis que mon père y est régisseur. J'en connais les recoins par cœur
     (...)
     Le Théâtre Français... aujourd'hui, je le sais : le théâtre est mon nid et le Français ma vie. C'est là que j'ai appris à rêver. Là que j'ai acquis le goût de l'aventure et de l'écriture, là que j'ai soupçonné le pouvoir des mots qui sont, j'en suis convaincu, le ferment de la pensée et le moteur de l'action : réfléchir pour bâtir, formuler avant d'agir, sans quoi l'on se débat dans un perpétuel brouillon.
     Le théâtre me fascine, me façonne. C'est le moule de mon existence, la matrice de ma vraie naissance, le modèle sur lequel je construirai mon destin.
     (...)
     Les trois coups. Un silence... Puis trois coups.
     Qui a inauguré ce cérémonial ? La Grange, régisseur de la Troupe du Roy, vers mille six cent soixante-trois ?
     Les lumières du grand lustre ont faibli, les dernières conversations se sont éteintes. Et l'obscurité s'est faite dans un crépuscule accéléré. Ce jour vaincu par la nuit prélude tous les rêves... peut-être ce soir-là les miens ?
     Je me suis tourné vers Anne ; elle ne m'a rendu ni mon regard ni mon geste. Elle s'est focalisée sur le rideau fermé.
     J'ai mesuré ce qui sépare mon rêve du réel : un abîme.
     Entouré de témoins ignorants, dans ce néant factice propice aux confidences, j'ai formulé tout bas l'évidence :
     — Je l'aime.
     (...)
     Le rideau s'est enfin levé dans un fier froissement feutré.
     La présence d'Anne s'est effacée peu à peu. Surtout quand Robert Hirsch est entré en scène. Ce comédien est mon idole. Qu'il interprète le valet Scapin, le Bousin du Fil à la patte ou le Sosie d'Amphitryon, il est une vraie bête de scène. Quand il a jeté à son confident, tel un condamné face à sa sentence : Narcisse, c'en est fait : Néron est amoureux, ses mots m'ont touché au cœur, moi qui ne suis pas Néron, moi qui n'ai pas de Narcisse à qui me confier. Moi qui jamais ne pourrai formuler à voix haute :
     — Mais je t'expose ici mon âme toute nue.
     Mon dilemme pourrait s'énoncer ainsi : J'aime Anne qui ne m'aime pas. Plus exactement : j'aime Anne qui l'ignore.
     ( Pendant l'entracte, le père du narrateur entraîne dans les coulisses son fils et Anne, qui voulait féliciter les comédiens )
     A travers les praticables, j'ai aperçu la scène éclairée. Des tapissiers en blouse grise exploraient le sol avec soin. J'ai failli bousculer Robert Hirsch, en costume, qui piétinait côté cour en les invectivant.
     — Merde ! Je n'ai pas rêvé ! Ce clou m'a transpercé le pied ! Roger ? a-t-il ajouté en apercevant mon père. Où étais-tu ?
     Avant de lever le rideau, le régisseur doit vérifier que rien ne traîne sur le plateau. Un marteau oublié sur scène fait désordre. Hirsch était méconnaissable. Vu de près, son maquillage coloré paraissait grossier. Son visage était inondé de sueur, sa bouche et ses yeux tremblaient de nervosité. Sur scène, tous ses tics disparaissent. Il m'a aperçu, a sursauté.
     — C'est mon fils, a expliqué mon père. Tu ne le reconnais pas ?
     Non. Il était obsédé par ce clou. Normal : au dernier acte, Néron se roule à terre comme un enragé.
     — François ? a repris mon père en saisissant l'épaule d'un autre comédien. Voici Anne, l'amie dont je t'ai parlé.
     Chaumette a gratifié Anne d'un baise main et d'un solennel :
     — Mademoiselle, je suis ravi.
     Sa voix, nasillarde et grave, le condamne aux rôles de fourbes. Dans la vie, c'est un homme adorable. Anne a bredouillé un compliment.
     Un rien de jalousie m'a saisi. Si elle était là, c'était grâce à moi. Mon père et les acteurs me volaient la vedette.
     A son tour, Toja a surgi, dans le costume de Britannicus. Grand, beau garçon, c'est un jeune premier idéal. Mon père allait lui présenter Anne quand le comédien lui a lancé :
     — Dis-moi, Roger, il n'est pas temps de reprendre ?
     — Si. Mais ce soir, on a un problème.
     — Lequel ?
     — Le clou du spectacle.
     Son humour n'a détendu personne. Impossible de reprendre avec cette menace sur scène. Prolonger l'entracte ? Difficile.
     J'ai mesuré la responsabilité qui pesait sur mon père. Successeur du metteur en scène, c'est à lui qu'incombent les changements des décors, l'entrée des comédiens, les éclairages, les bruitages, jusqu'à la fermeture du rideau. Chef d'un orchestre invisible, en coulisses, le régisseur conduit la pièce. Un signal oublié et le rythme est rompu. Si le public n'y voit souvent que du feu, le moindre accroc est piégé par les acteurs. En allemand, le mot Regisseur signifie réalisateur ou metteur en scène.
     Robert Hirsch, accroupi, examinait ses cothurnes ; il s'est relevé d'un bond en brandissant un objet minuscule.
     — Une punaise ! C'était une punaise coincée dans ma semelle ! Quelle chiasse !
     Les tapissiers ont respiré : Hirsch avait ramassé ce truc dans un couloir ou dans sa loge. Mon père a interrompu la sonnerie.
     — Christophe ? Vite, filez ! Je ne vous raccompagne pas.
     — Je connais le chemin.
     Anne et moi avons remonté l'escalier en colimaçon. Le hall était désert, et la salle remplie. Nous étions seuls, immergés dans un moment d'attente magique.
     J'ai failli perpétrer une folie. Lui révéler à haute voix ce que je m'étais avoué tout bas. L'attirer contre moi. L'embrasser...
     Je n'ai rien fait de tout cela. (...)
     Parce que j'ai seize ans, et Anne bientôt vingt-cinq.

Samedi 08 octobre 2011

Concours de nouvelles de Science-fiction

Les Orléonautes ouvrent un espace littéraire amateur à l’occasion de la 39ème Convention de Science-Fiction  et de la 2ème Convention de Fantasy.
Ils organisent un concours de nouvelles de Science-fiction, gratuit et ouvert aux seuls amateurs.

    Thème :          LA VIE AILLEURS
    Genre :           Science-fiction
    Taille :        12000 signes typographiques maximum
    Date de fin :    30 avril 2012

Le premier prix verra sa nouvelle éditée par la Convention à cinquante exemplaires avec mention du prix.
Les trois premiers prix seront publiés dans le livre-souvenir de la Convention aux côtés des auteurs invités.

Les prix seront remis lors de la Convention et de nombreuses surprises seront réservées aux gagnants, voir le règlement complet du concours sur :
http://www.semoy2012.fr/articles.php?lng=fr&pg=10

Vendredi 03 juin 2011

Petit communiqué des organisateurs de la Convention de Science-Fiction Semoy 2012



L'association Elbakin.net nous a sollicités pour que la 39ème Convention de SF (Semoy2012) accueille la 2ème Convention de Fantasy.

Nous allons donc reconduire l'expérience sur le modèle de ce qui a été réalisé à Grenoble en 2010, en faisant notre possible pour améliorer la formule.

Patrick
Secrétaire des Orléonautes, organisateurs de la 39ème Convention nationale française de Science-Fiction Semoy2012
http://www.lesorleonautes.fr/semoy2012
( le nouveau site va ouvrir bientôt ... )





PS :
Nous avons deux nouveaux invités, tous deux orléanais !

Le peintre et illustrateur Thierry Cardinet :
  http://thierrycardinet.voila.net
  http://cardinet.over-blog.com/
  http://www.art-et-fact.com/blog/artists/thierry-cardinet/

L'auteur Franck Ferric :
  http://www.blackflag.fr/

Et vous pouvez jeter un oeil au nouveau flyer ici

Vendredi 24 septembre 2010

Convention Nationale Française de Science-Fiction 2012 - suite

Le webmaster vous parle !

C'est officiel, nous sommes les organisateurs de la Convention, et donc nous n'avons plus qu'à nous retrousser les manches !
 
Toutes les informations sont sur notre site : http://www.lesorleonautes.fr/semoy2012
 
Christian est toujours un des invités principaux, mais si vous venez nous voir vous rencontrerez également :
- Alain Grousset : auteur jeunesse, directeur de collection et ami de Christian !
- Manchu : Illustrateur de centaines de livres SF
- Catherine Dufour : auteur de Science-Fiction et de fantasy humoristique
- Stéphane Beauverger : auteur de Science-Fiction, scénariste de BD et de jeux vidéo
- et des surprises à venir ...
 
En dehors des rencontres avec les invités, vous pourrez assister à des tables rondes, des conférences, des expositions, des jeux SF, ...
 
La Convention dure 4 jours, du jeudi au dimanche, et les 3 premiers jours sont réservés aux inscrits.
L'inscription peut se faire dès maintenant, et plus on s'inscrit à la dernière minute, plus les frais d'inscription augmentent ( mais pas trop ! ).
Une Convention de Science-Fiction est assez différente d'un Festival de SF ( Les Utopiales, Les Imaginales, ... ).
Dans une Convention le nombre de places est limité, principalement pour faciliter la convivialité.
Par exemple, il est assez facile de discuter au bar, très tard, avec un de vos auteurs préférés !
La Convention est organisée par une équipe différente (dans une nouvelle ville) chaque année, ce qui rend très difficile l'obtention de subventions ...
Tout ceci pour dire que si les frais d'inscription sont assez élevés (35€ aujourd'hui, 40 € à partir du 1er octobre 2010), il y a quelques justifications à ce tarif.
 
Ah oui, et le 4ème jour ?
Eh bien le dimanche, l'entrée sera ouverte gratuitement à tout le monde !

Alors dans tous les cas, si vous n'habitez pas trop loin d'Orléans, vous n'avez aucune excuse pour ne pas venir nous voir.

 

Patrick M.
Webmaster de Christian
Secrétaire des Orléonautes ( Organisateurs de la Convention Semoy 2012 ).

Lundi 31 mai 2010

Convention Nationale Française de Science-Fiction 2012

Communiqué :

L'Association "Les Orléonautes" ( issue des Repas SF d'Orléans), se porte candidate pour l'organisation de la Convention Nationale Française de Science-Fiction en 2012.

La Convention se déroulerait au Centre Culturel de la ville de Semoy, situé à 10 minutes du centre d'Orléans, soit à 1 heure de train et 1h15 de voiture de Paris.

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