Le Blog de Christian Grenier, auteur jeunesse

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La minute du vieux schnock

La minute du vieux schnock : billet d'humeur

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Lundi 16 juillet 2018

L’humanité disparaîtra… beaucoup plus tôt qu’on ne le croit

I have a dream, affirmait Martin Luther King.

Mon rêve à moi, plus ambitieux, concernait ( oui, je parle au passé ) le futur de l’humanité.

Il rejoignait les utopies d’un John Wheeler et d’un Elon Musk.

John Wheeler ? Dans les années 90, ce spécialiste de la physique quantique affirmait en substance ( dans un article de la revue Pour la science ) que si l’humanité ne commettait pas d’erreur, elle avait, en germe, les moyens de perdurer pendant des millions d’années1.

Elon Musk ? Le projet le plus fou de ce milliardaire ( il fait atterrir une partie de ses fusées porteuses, il est l’auteur du projet superloop et aimerait coloniser Mars dès 2025 ), son objectif utopique consiste à essaimer l’univers de 1000 milliards d’humains en les faisant coloniser peu à peu les planètes d’autres systèmes.

Des folies ?

Pas tout à fait, si notre humanité s’en donnait à la fois le temps et les moyens.

Mais ce n’est pas le cas, car l’humanité s’offre un suicide programmé.

On évoque souvent la disparition des dinosaures, suite à la chute d’une météorite géante il y a 65 millions d’années. C’est une version réduite de la réalité puisque les causes de cette extinction massive des espèces vivantes sont encore mal connues.

Des extinctions de ce genre, la Terre en a vécu plusieurs.

Celle du Permien-Trias, par exemple ( il y a environ 250 millions d’années ) a vu disparaître 95% de la vie sous-marine et 70% de la vie terrestre.

Ses causes ?

Un réchauffement climatique dû à des libérations massives de gaz à effet de serre. Libérations nombreuses et complexes, notamment volcaniques ).

Un scénario identique pourrait bien nous attendre.

J’entends d’ici les protestations : qu’est-ce qu’on en sait ? Jusqu’ici, on évoque 2° de plus, ce n’est pas grand-chose. On va enrayer ça vite fait ( et/ou ) on trouvera bien des solutions !

La réalité est plus cruelle : enrayer ce réchauffement avant la fin du siècle est de toute façon impossible. Les climatologues le savent : même si l’on cessait dès demain de produire du CO2 ( et on est loin, très loin du compte ! ) ce réchauffement, déjà entamé depuis des décennies, se poursuivrait pendant plusieurs siècles.

En 2100, on sera plus proche des 5° de plus, que des 2° envisagés. En ce moment, le Groenland perd 200 milliards de tonnes de glace par an. Ce n’est pas demain que cette glace reviendra mais ( peut-être et au mieux ! ) dans plusieurs siècles. Voire plusieurs millénaires.

Les conséquences d’un réchauffement inéluctable sont nombreuses et hélas imprévisibles.

Ce qui est sûr, c’est que dans moins d’un siècle ( les enfants qui naissent en ce moment auront 80 ans ), la hausse du niveau des océans, la raréfaction de l’eau potable, les désertifications, la surpopulation ( nous serons 10 milliards en 2050 ; et en 2100, l’Afrique comptera 4,4 milliards d’habitants ) et les migrations massives entraîneront des conflits majeurs que nous redoutons d’imaginer – à quoi bon en parler ou les évoquer ? Ca paraît loin, improbable.

Et l’économie de marché a une priorité absolue : produire et nous faire consommer.

Le décroissance n’est donc pas pour demain.

Et les décennies à venir risquent de surprendre nos descendants, nous leur léguons un futur difficile. Alors autant faire semblant de l’ignorer pour mieux profiter du présent.

Si je partage les craintes d’Yves Paccalet2, je suis en totale opposition avec sa formule : comme la plupart des astrophysiciens, je pense que la Terre est une planète aux capacités rares, peut-être uniques – et l’homme un miracle de l’évolution.

Notre espèce avait les moyens de devenir un modèle d’intelligence – Nietzsche, Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick ont ( entre autres ) illustré ce rêve.

Un rêve que notre mode planétaire de société condamne à un cauchemar annoncé.

Après tout, c’est normal : les défauts de notre espèce entraînent inéluctablement son extinction Euh…. non, je refuse de le croire.

L’humanité méritait mieux que ça.

Cette formule, c’est peut-être celle que répéteront tristement les rescapés improbables de notre chute, dans quelques siècles. Quelques siècles… je vois trop loin, vraiment ?

Il y a 500 ans, Léonard de Vinci ( et tant d’autres ! ) nous promettaient le meilleur.

Dans 500 ans, qu’en restera-t-il ?

Oui, je l’avoue : j’ai très peur.

CG

1en maîtrisant la génétique – un projet repris et adapté par les transhumanistes.

2 L’auteur de l’essai L’humanité disparaîtra… bon débarras.

Lundi 25 juin 2018

A propos du passé simple…

Le sujet est large et multiple.

Et le projet qui préconise l’enseignement du passé simple « réduit à la troisième personne du singulier et du pluriel » a provoqué en son temps une levée de bouclier.

Les faits sont là : le passé simple a disparu de la langue orale.

Comme a quasiment disparu de la langue écrite l’usage de l’imparfait du subjonctif.

S’en offusquer est inutile. Et sur le plan pratique, mieux vaut être efficace et tenter de faire maîtriser aux élèves ce qui est le plus accessible… et le plus courant.

En revanche, il devient indispensable d’aborder ces temps et ces modes parfois complexes si l’on veut lire ( comprendre et apprécier ) les textes classiques, Et là, on parvient à une scission dramatique : seule une partie des élèves y parviendra, pour des raisons diverses et souvent culturelles : milieu social, accès à la lecture dès l’enfance, aide à la maison, goût de l’effort…

Ici, l’enseignant se heurte à des difficultés qui, hélas, dépassent les instructions. Combien seront-ils à l’arrivée ( peut-être cinq cents sur trois mille ) ceux qui liront sans ricaner et sans effort :

Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

En littérature jeunesse, il est devenu courant de raboter la langue, les mots ou expressions difficiles, les phrases longues et les « modes et temps compliqués ». Je me bats contre cette tendance, essayant d’imposer ici ou là un terme ou un mot jugé «  vieux ou plus très usité ». Parce que cette course à la simplification entraîne les auteurs ( s’ils veulent être publiés et lus ) à réduire de plus en plus leur vocabulaire et leurs ambitions littéraires. Ce qui n’est pas vraiment l’objectif – à mes yeux. Face à mes réticences, les directeurs/directrices littéraires ont des arguments de poids : « si vous laissez ça, le jeune lecteur va bloquer. Il risque de fermer le livre ! » Donc de ne plus en acheter un de la même collection. Ne prenons pas de risque !

Le résultat, c’est la quasi-obligation pour l’auteur ( sujet à l’autocensure plus que lui-même ne le croit, car au fond, il veut être publié et lu ! ) de préconiser le présent et l’usage du je, pour que le ( jeune ) lecteur accède facilement à l’usage des verbes et s’identifie plus facilement au héros. A noter que le passé composé a ses adeptes, parce que c’est le temps du passé à l’oral !

Dommage. Car il faudra bien aborder les textes plus anciens et la littérature classique quand le moment sera venu – même si pour certains, on le sait, il ne viendra pas, il ne viendra jamais… mais battons-nous pour que ce soit possible !

Non pas par goût réactionnaire de la tradition mais pour faire partager au plus grand nombre les textes qui sont le terreau, les racines de notre littérature.

Et pour ça, tous les moyens sont bons.

Y compris la parodie.

Il y a quarante ans, je n’hésitais pas, pour expliquer et commenter Le Cid, à citer le poème de Georges Fourest, alias Microphane Trapoussin. Dans la bouche de Chimène, la fameuse litote : Va, je ne te hais point ! devenait ( à part soi ) :

Qu’il est joli garçon, l’assassin de papa !

Et comment ne pas conclure le douloureux dilemme de cette Minuts du vieux schnock ( « pas si simple, aujourd’hui, de faire passer le passé simple « ! ) sans citer in extenso la fameuse Complainte d’Alphonse Alllais, à la mode de Racine, avec son inoubliable finale à la mode de l’imparfait du subjonctif :

Oui, dès l’instant que je vous vis, 
Beauté féroce, vous me plûtes ; 
De l’amour qu’en vos yeux je pris, 
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ; 
Mais de quel air froid vous reçûtes 
Tous les soins que pour vous je pris ! 
En vain je priai, je gémis : 
Dans votre dureté vous sûtes 
Mépriser tout ce que je fis. 
Même un jour je vous écrivis 
Un billet tendre que vous lûtes, 

Et je ne sais comment vous pûtes 
De sang-froid voir ce que j’y mis. 
Ah! fallait-il que je vous visse, 
Fallait-il que vous me plussiez, 
Qu’ingénument je vous le disse, 
Qu’avec orgueil vous vous tussiez ! 
Fallait-il que je vous aimasse, 
Que vous me désespérassiez, 
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse, 
Et que je vous idolâtrasse 
Pour que vous m’assassinassiez !


Lundi 23 avril 2018

65 millions ...


C’est, en 2017, le nombre de migrants recensés dans le monde, toutes catégories confondues. Oui, je sais, il faudrait différencier les migrants politiques, économiques, climatiques… mais à mes yeux, ces nuances ont peu d’importance, même si, en principe, les réfugiés politiques ( donc menacés de mort ) pourraient avoir une priorité sur les réfugiés économiques ou climatiques : après tout, jugent certains à voix basse, pour ces derniers, c’est leur faute : ces gens n’avaient qu’à naître ailleurs !

En France, les voix s’élèvent contre le laxisme des autorités : avec 100 000 « demandeurs d’asile », mais où allons-nous ? C’est oublier que l’Allemagne, depuis 2015, en a accueilli… un million !

Nos voisins, allez-vous nuancer, avaient de bonnes raisons : ils manquent de main d’œuvre et leur natalité est en péril. D’ailleurs, face aux protestations, Angela Merkel a dû réduire la voilure. En Syrie, depuis l’an 2 000, trois millions d’habitants ont fui. Depuis 2015, l’Allemagne en a accueilli 21 000. Et la France, depuis 2013… 1 500. Qui dit mieux ?

Et là, ce ne sont pas des « migrants économiques ou climatiques ».

Où Grenier veut-il en venir ? vous demandez-vous.

À examiner le problème sur le plan planétaire…

Par exemple, en constatant que la loi du marché autorise :

  • des sociétés à s’implanter n’importe où dans le monde, pour y exploiter, par exemple, les habitants du Bangladesh ( surtout les femmes ), qui fabriquent pour deux euros par jour ( si, vérifiez ! Le salaire moyen mensuel y est de 32 euros/mois, le textile paie deux fois plus, magnifique ! ) des vêtements que les mêmes sociétés vous vendent avec de scandaleux bénéfices. Ne parlons pas des enfants de 7 ou 8 ans, en Inde, qui récoltent des tomates qu’on leur achètera… 1 centime d’euro le kilo - j’en passe.

  • que ces bénéfices réalisés par ces trusts internationaux soient placés dans des paradis fiscaux grâce à des astuces complexe tout à fait légales.

Donc : ces lois qui autorisent la libre circulation de l’argent et des marchandises… refusent la libre circulation des travailleurs qui produisent ces marchandises - donc ces richesses.

Au XIXe ou au XXe siècle, on pouvait encore oser objecter : chaque pays gère ses biens et sa population comme il l’entend. Ne nous mêlons pas des affaires du voisin – ce qui, en soi, est déjà risible puisque, dans notre glorieux passé, les pays les plus riches ont envahi des territoires qui ne leur appartenaient pas, de l’Afrique aux deux Amériques, en anéantissant ou ( au mieux ) en asservissant les populations locales.

Aujourd’hui, ce discours n’est plus supportable : si le marché chinois éternue, les Etats-Unis s’enrhument. La bourse est mondiale, comme l’est devenu le système économique de toute la planète. Une planète que les Etats-Unis ( et déjà les Chinois ) inondent de leurs produits, Coca Cola, Mac Do, Google et cinéma compris.

Comment alors s’étonner que les pays pauvres envisagent d’accéder au même système ? Et cherchent à rejoindre nos pays qui, sans produire ces richesses ( coton, huile de palme, terres rares, etc. ) en récoltent les fruits ?

Ah, il y a un problème : les ressources de notre monde sont limitées. Mais ce sont les pays industrialisés qui en bénéficient – plus pour très longtemps, à en croire les économistes.

Et les statistiques risquent d’effrayer : dans les années à venir le chiffre des migrants va sans doute exploser. Celui des migrants économiques ( non, non, restez chez vous, débrouillez-vous avec ce qui vous reste ) comme celui des réfugiés climatiques : oui, 60% de la population mondiale vit au bord des océans. Des océans dont le niveau va monter.

Quant aux zones menacées par la désertification et le manque d’eau potable, elles se multiplient à vitesse grand V.

Au fait, tout ça, à qui la faute ?

Au réchauffement climatique provoqué par les gaz à effet de serre, essentiellement produits par… eh bien justement : les pays industrialisés. Quant à l’Afrique, L’Inde, le Bangladesh et d’autres pays du Sud-Est asiatiques, ils sont les premiers à en pâtir.

Alors bien sûr, il y a des solutions provisoires : construire des digues, élever des murs, promulguer des lois et revendiquer l’indépendance de sa petite vallée, crier très fort : « interdit d’entrer, on est chez nous,! »

Sauf que chez nous, désormais, c’est la planète.

Et n’en déplaise au dieu croissance, le jour viendra où il faudra, de gré ou de force, se résigner à en partager les fruits – enfin, ce qu’il va en rester.

CG

Lundi 05 mars 2018

LA COUVERTURE D’UN LIVRE… ou


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Vendredi 09 février 2018

Pierre Rabhi, Prix Nobel de la Paix

Non, ce n’est pas un scoop mais un vœu pieux, une proposition en guise de lettre ouverte au Comité Nobel norvégien.

On peut s’étonner : pourquoi décerner ce prix à un « semeur d’espoir » ( titre d’un ouvrage de Pierre Rahbi, publié en 2013 ), un agriculteur philosophe qui n’a rien d’un révolutionnaire et encore moins d’un homme politique ?

Eh bien peut-être justement pour ces raisons là.

On le sait, Pierre Rabhi n’est pas partisan d’une action collective ni de bouleversements contraignants. Il prône l’action – et surtout la responsabilité – individuelle, à l’image des membres du mouvement Colibris – un nom dont il faut, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, expliquer la métaphore : face à un incendie monstrueux que tous les animaux observent sans réagir, un colibri transporte dans son bec une goutte d’eau dix fois plus petite que lui. Face à l’étonnement et aux ricanements de ceux qu’il croise et lui disent : Tu es ridicule ! il se contente de répondre : Je fais ma part.

Une belle leçon qui nous rappelle que face à la désorganisation du monde : réchauffement climatique, dictatures, attentats, migrations forcées ( mais aussi appauvrissement des sols, usage de pesticides, centrales nucléaires… liste à compléter selon vos goûts et opinions ), il s’agit avant tout d’agir, en tant qu’individu responsable. Pas seulement voter, mais œuvrer au quotidien pour changer nos comportements – ce qui n’empêche pas, par ailleurs, des actions collectives !

Quant on déclare à Pierre Rahbi que ce sont les multinationales qui gouvernent le monde, il nous rappelle que non, c’est nous : ces société géantes, de Monsanto à Google en passant par Amazon, Barklays, Axa, Goldman Sachs ( j’en passe, la liste est longue hélas ) n’existent et ne prospèrent que grâce à notre action, notre complicité, nos comportements, nos achats.

Si elles nous ont rendu prisonniers, si elles nous ont persuadés que notre mode de vie ( et de consommation ) actuel était la seule voie possible, c’est avec notre complicité.

Si nous refusons de confier notre argent à nos banques, d’acheter des voitures ou certains produits, c’est leur faillite assurée – oui, mais aussi celle des emplois, allez-vous rétorquer.

Aussi, ce boycott doit être ciblé – le problème n’est pas simple et la pente risque d’être dure à remonter. Voilà pourquoi nous préférons laisser faire, faire avec – et râler tout en profitant jusqu’au bout ( c’est où, le bout ? ) des avantages du système.

On peut se positionner contre la décroissance, contre les migrants, contre le réchauffement.

Mais comme l’affirmait Pierre Dac ( mon philosophe préféré ), quand on dit : Ferme la porte, il faut froid dehors, ce n’est pas parce qu’on a fermé la porte qu’il fait moins froid dehors.

La décroissance, les migrants, le réchauffement… on peut être contre mais la réalité est parfois plus têtue que les opinions. Un jour, l’humanité n’aura plus le choix : ce qu’elle aura longtemps refusé lui sera imposé. Et elle en portera la responsabilité – collective, cette fois.

Parfois, je m’interroge ( et je ne suis pas le seul ) sur celles et ceux à qui le Nobel de la Paix est décerné. Elie Wiesel ou Mère Teresa ? OK. Mais Henry Kissinger, euh… pas d’accord.

Et si je ne cite pas d’autres noms, c’est parce que la liste des Nobel de la Paix douteux serait hélas plus longue que celle des personnalités ou des associations qui m’en semblent dignes.

On me rétorquera que les sympathies et positions idéologiques des membres de la famille de Pierre Rabhi sont parfois discutables… que la décroissance, la lutte pour la biodiversité et la « simplicité volontaire »… bon. Alors croissons et complexifions.

Et continuons comme avant. En changeant de smartphone deux fois par an.

Luttons pour ce que nous prétendons être des avantages acquis et des droits.

Sans trop nous poser la question de savoir à qui ça profite.

A nous ? De moins en moins.

Et plus pour très longtemps.

CG

Lundi 11 décembre 2017

L’ÉCRITURE ET LA GLOIRE

Nombreux sont ceux que démange l’envie d’écrire. Plus nombreux qu’on le croit : en France, une personne sur onze ( d’après une étude de Philippe Lejeune, prof d’université à Paris XIII et spécialiste du journal intime. )

Reste à répondre à l’intrigante question : qu’est-ce qui motive ce besoin, souvent impérieux ?

Les réponses sont aussi floues que multiples : le désir de formuler un dessein, des souvenirs. De fixer ( ou de résoudre ) une angoisse ?

Le besoin de s’exprimer – ou d’exprimer – par des mots ce qui obsède votre esprit ?

La plupart des premiers écrits relèvent de l’intime ou de la poésie.

Mais quand la fiction et le roman s’en mêlent, c’est une autre affaire : a-t-on alors l’objectif d’être reconnu ? De pouvoir inscrire Ecrivain sur sa carte de visite ?

De rejoindre un club ( en apparence ) prestigieux ?

De devenir célèbre ? Riche ? Hum : je réponds souvent que si vous voulez devenir riche ou/et célèbre, il existe d’autres moyens que l’écriture : le sport, la finance, la politique, la chanson… j’en passe !

Une fois la question posée : « pourquoi écrivez-vous ? » ( qui se différencie de la question : « pourquoi vouliez-vous devenir écrivain ? » ), on s’aperçoit que les réponses ne sont pas si évidentes.

Pour faire court, je dirais qu’il existe à mes yeux deux sortes d’écrivains : ceux qui écrivent, poussés par un impérieux besoin ; et ceux qui poursuivent d’autres objectifs : le désir de laisser une trace, la reconnaissance et/ou la gloire !

Les premiers ne sont pas toujours publiés. Ils écrivent en proposant parfois leurs textes aux éditeurs ; en cas de refus, rien ne les empêche de continuer : ils ont quelque chose à formuler. Et l’absence de lecteurs, du succès, ou d’une quelconque reconnaissance ne les rebute pas.

Les seconds, eux, insistent : ils veulent avoir leur nom sur la couverture d’un livre.

Cette catégorisation ( certes grossière ) n’implique de ma part aucun jugement de valeur.

À 14 ans, Victor Hugo aurait affirmé : « Je veux être Chateaubriand ou rien ».

On sait ce qu’il en advint : on peut être avide de reconnaissance et se révéler un génie.

En revanche, je peux aligner le nom d’anciens amis à moi qui voulaient avoir leur nom sur la couverture d’un livre. Ils l’ont eu… et se sont arrêtés d’écrire. Ils avaient atteint leur objectif.

En réalité, les choses sont plus subtiles qu’il y paraît…

Des écrivains avides de reconnaissance ou de gloire finissent par devenir des auteurs sincères et authentiques. D’autres, plus sincères au départ, finissent par devenir de bons faiseurs. Avec, au centre de ces deux extrêmes, de nombreuses et diverses nuances.

En ce qui me concerne, je crois faire partie des premiers écrivains : très jeune, j’ai commencé à écrire. Mon journal intime. Des poèmes. Des histoires. Avec, comme motivation ( mais comment la deviner après coup ? Délicat… ) le besoin impérieux de formuler par écrit ce qui me passait par la tête – et que je ne pouvais pas livrer à l’oral. Dans les années cinquante, les enfants n’avaient pas beaucoup le droit à la parole. Je livre souvent la réponse de Jules Renard : « Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu. »

À vingt ans, poussé par les amis ( puis par mon épouse ) à qui je confiais mes textes ( preuve que le besoin d’être lu finit par s’imposer ), j’ai adressé un roman à un éditeur.

J’ai été aussitôt publié. Et récompensé par un prix.

C’est alors que les choses ont commencé à changer…

Eh oui : avoir des lecteurs implique de nouvelles responsabilités : plus question de brouillonner puisqu’on est en vue. On s’applique alors à soigner l’architecture, à peaufiner ses personnages, etc. S’ajoute bientôt à ces impératifs celui du succès - ou des ventes. Tiens, dire ceci semble plaire plus que cela…

Faut-il alors céder au goût du public ? Aux conseils de votre directeur littéraire ?

Là encore, pas si simple !

Pendant des années ( de 1970 à 1990 ! ), mes ( jeunes ) lecteurs me demandaient souvent si j’écrivais de la science-fiction parce que c’était un genre qui se vendait bien.

J’avais du mal à les persuader que la SF, bien au contraire, avait un public très restreint.

C’est d’ailleurs peut-être pour élargir mon lectorat ( j’avais alors décidé d’« essayer de vivre de ma plume » ) que je me suis risqué dans d’autres genres littéraires : le roman policier ( Coups de théâtre ) ou le roman traditionnel ( La Fille de 3ème B/ Le pianiste sans visage ).

Ce qui a contribué à changer mon écriture : le succès et la reconnaissance vous encouragent parfois à poursuivre dans tel ou tel domaine. Et l’on se console en se disant que de toute façon, on a envie et besoin d’écrire… alors pourquoi ne pas choisir une voie qui semble mieux correspondre au goût des lecteurs ?

De toute façon, un écrivain finit par comprendre que le genre littéraire est un prétexte, un décor : quand on a des passions, des doutes, des questions ou des convictions à formuler, tous les moyens ( littéraires ) sont bons : la poésie, le théâtre, l’essai, le roman…

C’est peut-être ce qui différencie fondamentalement le métier d’acteur de celui d’écrivain : un acteur veut être vu. Un écrivain n’a pas toujours besoin d’être lu.

Mais s’il l’est… c’est beaucoup plus satisfaisant – même s’il devient alors plus ou moins prisonnier de son public.

CG

Lundi 06 novembre 2017

D’OÙ VOUS VIENNENT TOUTES CES IDÉES ?

Cette question est récurrente chez les lecteurs – les jeunes comme les adultes !

A les écouter, il semblerait que l’imagination soit un don, magique, mystérieux. On naît avec, voilà tout !

J’ai du mal à les convaincre que l’imaginaire n’est pas inné. Il se cultive.

On peut le favoriser, le développer, le doper – et l’entretenir.

- Facile à dire ! me rétorqueront les sceptiques, puisque vous avez été doté de cette faculté.

Doté ? Sans revenir sur le vieux débat de l’inné et de l’acquis, je suis convaincu qu’il en est de l’esprit comme du corps : si on ne le fait pas fonctionner, il s’atrophie.

Et si on l’exerce, il se développe. Encore faut-il y mettre un peu du sien !

*

Mon imaginaire ?

Il a pour origine mes passions et mes activités d’enfance : le théâtre, la lecture… et la solitude aussi, peut-être – je n’ose pas dire l’ennui.

Tout cela a sans doute favorisé la rêverie, la réflexion… qui sont peut-être des conditions nécessaires ( je n’ai pas dit suffisantes ! ) à l’imaginaire.

Lire, c’est exercer ces facultés, les rôder à l’aide de situations nouvelles, de personnages inédits, de destins improbables.

On me dira sans doute :

- Aujourd’hui, les images, la BD, la télé, les écrans, les jeux vidéo, tout cela offre des possibilités bien plus larges que ce vieil outil démodé qu’est le livre, cette activité obsolète qu’est la lecture ?

Euh… je n’en suis pas si sûr.

*

J’ai coutume d’affirmer que lire, c’est écrire un peu.

Oui : le lecteur travaille, il doit traduire les mots en impressions, en actions, en réflexions, en émotions – j’en passe.

Lire peut d’ailleurs pousser le lecteur à franchir la frontière – c’est à dire à écrire.

Se laisser bercer ou porter par des images n’a pas le même effet.

Un lecteur, me semble-t-il, est plus actif qu’un spectateur - même si certaines images fortes ou ambiguës nécessitent parfois une réflexion intense. C’est d’ailleurs ce qui fait la fameuse « difficulté de la lecture ». Les « mauvais lecteurs » sont tout simplement des lecteurs qui manquent d’entraînement.

En même temps, et pour répondre à la question : mes idées ont pour source mes passions d’enfance, la curiosité, l’intérêt pour tous les arts, toutes les sciences, pour l’histoire, l’actualité… Mon intérêt pour ce que j’appelle ( pour simplifier ) la marche du monde est sans doute une source d’inspiration inépuisable, sans cesse renouvelée.

*

Attention : une idée, ce n’est pas un roman. C’est une graine qu’il s’agit de faire germer.

Puis une plante fragile dont il faut s’occuper.

À temps perdu ( mauvaise expression… disons plutôt : en prenant ma douche, en conduisant, en faisant du vélo, parfois en décrochant d’une conversation insipide, un film inintéressant, etc. ) je fais vivre mes personnages dans ma tête, je fais évoluer une situation en rôdant ce qui pourrait leur arriver, en essayant d’imaginer les conséquences de tel ou tel bouleversement… Et cela n’a rien de magique, cela prend du temps.

Le point de départ ?

C’est une dispute, une émotion, un mot, une expression, une information à la radio, la lecture d’un article dans une revue ( Science & Avenir est à l’origine de nombreux romans de SF ! ). C’est une conversation avec un ami scientifique, médecin, chercheur, physicien, informaticien… ou un capitaine de police ! Bref, je n’ai pas de secret ni de truc : je m’entraîne.

Un peu malgré moi, d’ailleurs.

Et à peu près tout le temps. En toute occasion.

*

Et je crois ne pas avoir attendu d’avoir des idées pour me mettre à écrire.

Celles et ceux qui ont participé à un atelier d’écriture le savent bien : il suffit d’un mot, d’une phrase de départ pour avoir envie de continuer… et pour que les idées, bientôt, viennent et s’enchaînent.

Le reste, c’est du travail : relecture, corrections, modifications, améliorations.

Eh oui : on s’imagine souvent que l’auteur écrit, écrit… mû pr une impulsion soudaine - et qu’il s’arrête, un mois ( ou un an ) plus tard en inscrivant le mot FIN.

C’est rare, c’est exceptionnel.

C’est sans doute vrai pour la poésie. Pour l’écriture d’un chapitre.

Mais pas pour un roman.

La plupart du temps, il faut reprendre, revenir en arrière, enlever, modifier – ce qui, d’ailleurs, fait parfois surgir de nouvelles idées.

Rien d’exceptionnel, vraiment. C’est un sport cérébral.

Et l’on peut y devenir accro.

Avoir envie de livrer un récit, de se lancer dans l’écriture, c’est d’abord une pulsion, un besoin de formuler quelque chose – moins une idée ou une conviction qu’une anecdote, une situation qui portera en elle une réflexion.

Cette question, dont les lecteurs attendent la réponse comme s’il s’agissait d’un secret farouchement gardé, cette question n’est pas celle qui préoccupe les auteurs.

Des idées ? Ils en ont.

Les vrais problèmes se situent ailleurs. Dans… :

  • le temps à trouver ( ou à dégager ) pour écrire.

  • l’envie ( devrais-je dire : le besoin impérieux ? ) de le faire, de se lancer. Parfois, le récit est prêt dans la tête… mais l’enthousiasme s’est éteint. Ce roman est mort-né, on n’a plus envie de le rédiger.

  • l’énergie indispensable pour le mener à bien. Un roman, c’est une course de fond. Un marathon. Parfois il faut s’entraîner avant de se lancer dans l’aventure. Reconnaître le parcours. Et savoir qu’il n’est pas utile d’être le premier. Ce qu’il faut, c’est arriver au bout.

Quant à savoir si la course a été bonne et si elle mérite des milliers de spectateurs…

c’est une autre histoire.

Et peut-être l’objet d’une autre minute du vieux schnock.

CG

Lundi 25 septembre 2017

« JE N’ÉCRIS PLUS POUR LA JEUNESSE ! »

Non, cette affirmation n’est pas de mon fait. Elle est le cri ( d’alarme ? ) de mon camarade et ( vieil ) ami Jean-Paul Nozière. Un cri qui est aussi le titre d’un récit en forme de long billet d’humeur, intitulé : « Alors comme ça, vous écrivez ? »

C’est là un bilan autobiographique édifiant, passionnant – et qui, toujours, sonne juste.

Dans ce qui pourrait ressembler à un pamphlet, et qui est en réalité une succession de souvenirs, de constats et d’anecdotes, Jean-Paul Nozière raconte ses nombreux déboires avec… les éditeurs – principalement - mais aussi avec les lecteurs, jeunes ou moins jeunes, avec les profs, les élèves, les organismes invitants, les salons, les offres et/ou demandes de déplacements, d’intervention, les prix littéraires… j’en passe ! )

Bref, Jean-Paul nous ouvre son cœur et nous livre ses doutes ( ceux et celles qui se sentiront visés se contenteront de dire : il crache dans la soupe ).

Faux : Jean-Paul révèle simplement à qui veut l’entendre des faits et des vérités que pas mal d’entre nous ( lecteurs, écrivains, éditeurs, enseignants et invitants ) préfèrent cacher… ou ignorer. Il annonce déjà la couleur à l’aide de deux citations, en exergue :

« Alors, teh, la première connerie qui vous passe par la tête, vous l’écrivez ? »

( Réflexion d’un habitant du Vaucluse s’adressant à Albert Camus, citée par Olivier Todd, dans « Albert Camus, une vie ». )

« A quoi peuvent servir tous mes mots à part soutenir mon propre ego? » Joyce Maynard ( Une adolescence américaine).

La première fait cruellement référence à l’opinion qu’ont certains de la fonction ( ou du caractère ) dilettante de l’écrivain en général… et de l’écrivain pour la jeunesse en particulier. Eh oui : mettre en mots ce qui vous passe par la tête, c’est vraiment un métier ? Et quand on s’adresse à la jeunesse, ça peut-être sérieux et avoir un intérêt, vraiment ?

La seconde va plus loin : c’est la grande interrogation de pas mal d’auteurs ( dont je suis ) qui s’interrogent sincèrement sur l’utilité de leur occupation : Écrire… mais à quoi bon ? Et si cela n’était qu’un reflet vaniteux de mon moi : le désir égoïste et vain de livrer ( délivrer ? ) ma pensée ?Qui cela peut-il intéresser ?

Mes lecteurs sont en droit de s’interroger :

1/ Pourquoi Grenier nous livre-t-il ici cet avis sur un ouvrage de Jean-Paul Nozière… ici et pas dans sa rubrique habituelle de « critique de la semaine » ?

Réponse : parce que ce récit n’est pas publié. Et qu’il ne le sera sans doute jamais. La seule façon d’y accéder… c’est de cliquer ici, en bas de page – ou encore de se connecter sur le site de Jean-Paul Nozière. Eh oui : Jean-Paul livre ce texte à titre entièrement gratuit, parce qu’il est persuadé qu’aucun éditeur ne prendra le risque de le publier – lequel livrerait, comme on dit, « des bâtons pour se faire battre » ?

2/ Pour que Grenier nous invite à le lire et y attache tant d’importance, faut-il croire qu’il partage l’avis, les doutes et les reproches que son ami Jean-Paul Nozière livre à ses lecteurs ?

Oui : je partage ses doutes – et les questions que pose JPN, elles m’ont toutes un jour effleuré. Simplement, les réponses que j’apporte sont parfois différentes. Parce que notre passé n’est pas le même – mais la situation présente est identique, et tous les auteurs ont à l’affronter.

Pour accéder au récit de Jean-Paul NOZIERE… cliquez ICI

Lundi 04 septembre 2017

Harvey et Bengladesh

A l’heure où j’écris ces lignes ( au matin du 2 septembre ), j’ai eu le culot d’estimer le temps que consacre la chaîne de télévision France 2 aux informations concernant Harvey et les inondations du Bangladesh, de l’Inde et du Népal.

Ces infos, pour Harvey, se comptent en heures.

Celles concernant les victimes du Bangladesh en secondes.

Depuis la fin du mois d’août, on ne compte plus les images, interviews et réactions des victimes rescapées d’Harvey : 44 morts et 19 disparus pour l’instant – un chiffre que je suis le premier à déplorer, des victimes qui ont ma vive et ma sincère compassion.

En revanche, grande fut ma surprise, le 30 août, d’entendre ( même pas de voir ) un entrefilet évoquant « la mousson exceptionnelle et catastrophique au Bangladesh : peut-être 1 000 morts ». A ce jour, 750.

Avec une réflexion effectuée à partir de ces deux chiffres : pourquoi consacre-t-on 100 fois plus de temps aux 44 victimes du Texas qu’aux 750 morts de ces trois pays de l’Asie ?

Le Bangladesh serait-il plus lointain que le Texas ? Moins peuplé ? Plus vindicatif ?

Ne cherchez pas : un Américain vaut tout simplement plus cher ( 2 500 fois plus, en proportion du temps consacré aux infos ) qu’un Indien, voilà tout.

Au XIXe ( et au début du XXe ) siècle, on pouvait répondre : ces pays sont très loin, et après tout, ces problèmes sont les leurs !

Au XXIe siècle, ces arguments ne tiennent plus : si les inondations causées par Harvey, et si les moussons du sud-est asiatique sont de plus en plus incontrôlables, le réchauffement climatique y est pour une bonne part. Et ce réchauffement, il n’a pas, mais pas du tout été causé par ces pays qui commencent à s’industrialiser.

C’est donc, pour eux, une double peine.

Et si l’on en parle peu, c’est peut-être pour nier notre responsabilité vis-à-vis de ces populations qui souffrent. Le Bangladesh compte 170 millions d’habitants.

Un tiers est déjà victime de ces inondations.

Et à la fin du siècle, ce pays sera probablement sous les eaux.

Devra-t-on alors élever… non pas des digues pour protéger ces humains condamnés, mais des murs pour éviter que ces vilains étrangers nous envahissent ?

Aujourd’hui, nous acceptons qu’ils travaillent pour un euro de l’heure ( parfois pour un euro par jour ! ) parce qu’à ce prix, nous avons des vêtements très bon marché, chouette ! Un prix qu’ils paient parfois très cher, eux : l’effondrement du Rana Plaza ( la « catastrophe de Dacca, en avril 2013 ), qui employait 5 000 salariés du textile, a causé 1 127 morts et 2 500 victimes.

Demain, refuserons-nous que ces populations frappent à notre porte, alors que ce sont nos propres pays ( avec la complicité et les bénéfices de l’économie de marché ) qui les auront poussés à ces extrémités ?

La mondialisation est un fait. Nous avons tendance à en accepter les avantages – mais n’avons-nous pas la fâcheuse habitude d’en nier les conséquences négatives, et nos propres responsabilités ?

Il serait temps qu’on remette les pendules à l’heure, qu’on prenne conscience que notre Terre est un bien collectif, géré par une économie dont les conséquences touchent tous les océans, toutes les populations et tous les pays.

Il serait temps que naisse - enfin ! - une seule et même conscience planétaire.

Lundi 13 mars 2017

LA DEMOCRATIE… ET SES LIMITES ?

En cette période d’élections ( Brexit, Donald Trump, primaires de la droite et de la gauche, présidentielles, législatives ) je continue de m’interroger sur…la pertinence de la démocratie.

Eh oui, ce mode d’élection permet de mettre au pouvoir – aux USA, à titre d’exemple… – d’anciennes vedettes de cinéma ( Ronald Reagan ) de la téléréalité ( Donald Trump )… ou des professionnels de la politique ( les Kennedy, les Bush, les Clinton – ah non, on y a échappé ) qui se succèdent comme nos anciens rois.

A noter que si un écart sexuel ( Bill Clinton & Monica Levinsky) peut vous causer les pires ennuis, des mensonges d’état caractérisés n’empêchent pas un certain George W. Bush d’être réélu et de continuer de parader sans être accusé de crime d’état : les « armes de destruction massive » inexistantes, ont pourtant été le prétexte d’une guerre qui a causé des milliers de victimes. De quoi ( presque ! ) regretter Saddam Hussein !

Très étrange, non ?

Pourquoi continuer à vouloir élire démocratiquement un chef d’état ?

Ne serait-il plus simple de porter au pouvoir le plus riche – ou ( ce qui revient au même ) celui qui dispose des plus gros moyens, légaux ou pas, pour effectuer sa campagne ?

Ou encore celui qui bénéficie du soutien indirect des médias ? Donald Trump l’a d’ailleurs admis : qu’importe qu’on en dise du mal, l’essentiel est qu’on parle de lui !

La démocratie, semble-t-il, c’est donner raison au plus grand nombre. Soit.

En ce cas, au lieu de demander aux électeurs de se déplacer pour mettre un bulletin de vote dans une urne, ne serait-il pas plus rapide, économique et judicieux de demander à chacun qu’il vote… au moyen de son téléphone portable ( qui, aujourd’hui, n’en possède pas un ? ).

Récemment, en écoutant la radio, je suis tombé sur RMC au moment où le présentateur procédait à un sondage concernant… le baccalauréat ! Puis la circulation alternée.

Faut-il le ( la ) conserver ? Vous êtes pour ou contre ? Votez !

Aujourd’hui, la vox populi l’emporte.

Imaginez plutôt : au lieu d’avoir des députés ( qu’il faut élire, payer – et qui souvent, c’est un comble, ne se déplacent même pas à l’Assemblée ! ) dont le niveau des débats ( et des insultes ) est assez consternant, pourquoi ne pas demander à la population de s’exprimer, par le biais du Smartphone, si l’on est pour ou contre :

* la suppression du bac

* la circulation alternée

* la peine de mort

* l’accueil aux immigrés

* le stationnement payant à Paris

* les impôts…

J’en passe – et je devine que vous vous interrogez : est-ce que Grenier plaisante, ou pas ?

A peine.

Parce que notre façon d’élire un ( unique ) responsable national devient aussi ridicule et people que les sondages des auditeurs de RMC.

Imaginons que nous ne puissions conserver, à la télé, qu’une seule émission.

Savez-vous celle qui arrive en tête des audiences ? D’après Internet… c’est The Voice !

Suivi de Plus belle la vie.

Mais la meilleure audience nationale en 2016 a été… L’amour est dans le pré !

Qui dit mieux ? Emmanuel Macron ( avec « Je crois dans l’intelligence des Français ! » en 2016 ) ou… De Gaulle ( avec « Les Français sont des veaux ! » en1940)

S’il faut se fier à la majorité, et s’il ne fallait garder qu’une seule chaîne, ce serait TF1 ( 18,6% d’audience ). En queue de peloton, Arte avec 1,9% et… LCP ( 0,3% d’audience, mais qui regarde LCP ? Euh… moi, entre autres ! )

Où je veux en venir ?

A ceci, comme je le suggère de façon provocatrice dans mon roman Virus LIV 3 :

Il ne devrait pas y avoir un représentant du peuple, mais plusieurs, seuls décisionnaires suite à un débat et à leur accord unanime.

Ces représentants ( une quarantaine ? ), irréprochables, ne seraient pas payés. Et ils retrouveraient leur emploi ordinaire après une période donnée.

De façon provocatrice, j’imagine dans mon récit que ce sont… des intellectuels, des écrivains et des philosophes – une hérésie qui entraîne une « dictature des Lettrés ». Mais la dictature des uns est l’utopie des autres – euh… oui, je revendique le copyright de cette formule !

Rêvons d’une société gouvernée de façon collective par :

* des sommités reconnues dans leur spécialité ( médecine, philosophie, économie, etc. ) comme Hubert Reeves, Axel Kahn, Nicolas Hulot, Pierre Rabhi, Claude Hagège, Michel Onfray, Joseph Stiglitz, Aung San Suu Kyi, le pape François, le Dalaï Lama… j’en passe.

* des citoyen(ne)s ordinaires, un commerçant, un agriculteur, un ouvrier, un chômeur, un chef d’entreprise, une mère ( ou un père ) au foyer, etc.

Comment seraient-ils choisis ?

Pour le premier groupe, par leurs pairs ( à noter que les responsables religieux le sont déjà ! ) Pour le second groupe… au hasard.

La stochastocratie est d’ailleurs un mode de gouvernement qui perdure : les jurés des cours d’assise sont choisis de cette façon. Une manière de mettre un citoyen ordinaire devant des responsabilités extraordinaires.

Un roman de Gérard Klein ( Le sceptre du hasard ) aborde ce point de vue de façon caricaturale. Je l’évoque souvent lors de mes conférences.

La question qu’on me pose alors est :

- Et… ça fonctionne, la « stochastocratie » ?

Ce à quoi je réponds :

- Pas très bien. Mais au fond, pas tellement plus mal qu’avec les autres modes de gouvernement !

Lundi 02 janvier 2017

Economie ou écologie ?

L’économie est devenue tendance et prioritaire – comme si c’était là, pour l’humanité, la priorité des priorités et l’indiscutable évidence : faire progresser la production ( et, euh… surtout la consommation ) et augmenter le pouvoir d’achat.

L’argent semble donc désormais le seul moteur du progrès et l’unique objectif de nos sociétés.

Etrange, aux yeux de celles et ceux, dont je suis, qui jugent que la priorité est la survie de notre espèce ( et par voie de conséquence, la gestion raisonnée de notre milieu ) et, en ce qui concerne l’humanité, le bonheur des milliards d’individus qui la constituent : un bonheur qui passe par l’épanouissement et des garanties sur le plan de la santé, de la paix, de l’éducation et de la culture.

Au XIXe siècle, le capitalisme était productif : il générait des emplois et des richesses – au détriment d’une population laborieuse qui travaillait d’arrache-pied, souffrait, vivait mal et mourait jeune. Au XXIe siècle, l’économie de marché a entraîné un usage vicié de l’argent virtuel qui provoque la spéculation : faire des bénéfices avec de l’argent placé qui rapporte !

On en a vécu les effets ( les « subprimes », prêts hypothécaires à risques ) sans rien changer au système. Et pour cause : quand une banque fait faillite, c’est l’état qui paie. Et dans la plupart des pays, l’état est intimement lié au système bancaire.

Eh oui, la banque est un organisme indispensable : impossible de ne pas passer par une banque pour se faire verser son salaire. Nous sommes prisonniers des banques qui, par ailleurs, nous font payer ( via cartes bancaires, placements, retraits, etc. ) ce qu’elles considèrent comme un service : encaisser notre argent et s’en servir.

En cas de faillite, les épargnants se verront rembourser un minimum légal, après quoi ils n’auront que leurs yeux pour pleurer. Et c’est l’état ( donc la population imposable ) qui paiera. Notre économie de marché privatise les bénéfices… et nationalise les pertes !

Et nous, les citoyens, loin de nous en offusquer ou de protester, nous continuons de juger ce système normal, évident. Nous le soutenons, nous en sommes à la fois victimes et complices – étonnant, non ?

Au XXIe siècle, si les citoyens de la planète ne peuvent pas vivre et travailler où ils veulent, l’argent, lui, circule librement ( à condition qu’on en ait beaucoup ) et les trusts ont le droit :

  • de faire travailler à l’autre bout du monde des enfants de 12 ans pour 1 euro par jour.

  • de vendre ces produits avec des bénéfices scandaleux.

  • de ne pas payer d’impôts ( ou très peu ) dans les pays où ces produits sont vendus grâce à des mécanismes financiers complexes mais souvent légaux, et grâce à la complicité de paradis fiscaux ( Suisse, Irlande, Singapour, îles Caïman, j’en passe ) qui vivent… de ces mécanismes financiers autorisés ( et créés ! ) par l’économie de marché.

Ce magnifique système continue de fonctionner au vu et au sus de tous : Manuel Barroso, président de la Commission européenne, aurait, en accord avec Goldman Sachs ( la banque la plus puissante du monde ) modifié et orienté sa politique… avant d’être recruté par cette même banque, un joli retour d’ascenseur pour services rendus.

A quoi a-t-il été condamné ?

A rien, malgré l’indignation générale et une pétition de 150 000 signatures – le comité d’éthique européen a jugé qu’il n’y avait pas faute…

Euh… et l’écologie ?

Dire qu’elle passe au second plan est un euphémisme : dans les discours politiques des récentes primaires, je ne me souviens pas, sur les dizaines d’heures de déclarations et de discours de novembre dernier, que le mot ait été prononcé ! Encore moins le problème du réchauffement climatique.

Ah, si : Donald Trump, lui en a parlé : le changement climatique serait à ses yeux « une connerie (… ) un canular, (…) un concept inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ( sic ).

Donald Trump a aussi choisi son futur secrétaire d’état : c’est Rex Tillerson, le PDG d’Exxon Mobil, le plus riche trust pétrolier : avec ses 400 milliards de chiffre d’affaire, c’est la deuxième richesse mondiale après Apple.

On traite Trump et Exxon de… « climatosceptiques ». Là encore, c’est un euphémisme : ils ne sont pas du tout sceptiques : ils vont jusqu’à nier le réchauffement climatique – ou admettent à la rigueur qu’il existe, mais sans que l’activité humaine soit en cause.

Conséquence : on ne change rien. Tout pour l’économie, rien pour l’écologie.

Sont-ils vraiment dupes ?

Je ne le crois pas – ce qui à mes yeux les rend encore plus coupables : «  enrichissons-nous d’abord, et après nous, le déluge ! » Sans doute pensent-ils, comme le suggère le titre du dernier ouvrage de l’économiste d’Antenne 2 François Lenglet ( qui ne passe pas pour un écologiste militant ) : Tant pis, nos enfants paieront.

En ce début d’année, je lance un pari : celui des constatations météo de l’année qui vient de s’écouler. Sans doute, comme la plupart des années précédentes, 2016 aura-t-elle été « l’année la plus chaude connue depuis que les relevés météo existent. »

L’économie s’en moque. Elle s’adaptera.

Et nous nous habituerons aux catastrophes, aux inondations, aux alertes…

Dans mon roman Cinq degrés de trop ( 2008 ), j’évoquais ( entre autres ) l’état de la pollution de la Chine en général et de Pékin en particulier en l’an 2100.

Eh bien je me trompais : cette situation est là, neuf ans après la sortie de mon bouquin !

CG

Lundi 19 décembre 2016

L’avenir du livre, c’est le livre de…

cuisine. Mais oui, vous avez bien lu. Entrez dans une librairie et examinez les rayons. Comparez celui des romans de ( vraie ) SF avec celui des livres de cuisine.

L’avez-vous remarqué ? La bouffe est très tendance. Ah, je l’admets : je suis grossier, mais moins que les journalistes des informations qui, depuis quelques mois, s’entêtent à nous glisser de la nourriture un peu partout, sous une forme ou sous une autre.

Il est question des vacances ? Allez, hop, on fait un saut chez les restaurateurs pour savoir ce que mangent les touristes. Un reportage sur la Provence ? Impossible de ne pas évoquer la fabrication locale de l’huile d’olive. Un arrêt à Marseille ? On passe par la case bouillabaisse. A l’approche de Pâques, on file chez les confiseurs pour étudier de près la fabrication des œufs et des poules en chocolat, avec démonstrations et dégustations comparatives à l’appui.

De gré ou de force, entre une coupe du monde et un nouvel attentat, on n’échappera pas à la recette du jour, à l’interview d’un chef étoilé, aux nouvelles tendances des sandwiches ou au documentaire détaillé sur la confection d’une vraie pizza italienne – désormais, c’est un passage obligé.

On me rétorquera : la gastronomie est une spécialité française. Oui, au même titre que la haute couture, les parfums et la littérature. Depuis l’an 2000, la France a décroché trois Prix Nobel – les écrivains américains en attendent un depuis 23 ans. Quand Le Clézio et Modiano l’ont décroché, ils ont eu droit à douze secondes au journal du soir. Normal : si on leur avait consacré trois minutes, probable que 10% des téléspectateurs auraient zappé, pas question de prendre des risques. Entre les livres et l’assiette, le choix est vite fait.

Il est vrai que le bio a fait une entrée en force, et que le consommateur sait désormais tout de l’étiquetage de ce qu’il achète, et du traçage du moindre morceau de viande contenu dans sa lasagne pur bœuf. Je ne parle pas du problème des nouvelles allergies et des actuelles tendances nutritionnelles qui font désormais demander prudemment à nos amis s’ils sont végétariens, végétaliens, véganes, sans sel, sans matières grasses, sans gluten, sans alcool – au point qu’établir un menu pour des invités devient un vrai parcours du combattant.

Récemment, faisant la queue à la caisse d’un supermarché, j’ai remarqué que la cliente qui me précédait posait sur le comptoir plusieurs ouvrages sur les desserts, les cocktails sans alcool et les légumes oubliés. Sans parler de ( fort coûteuses ) revues sur les menus de l’été et les nouvelles recettes des grands chefs. Après quoi elle a ensuite posé sur le tapis roulant un paquet de trois pizzas surgelées, une pile de plats ( sous vide ) préparés, y compris deux cents grammes de carottes râpées - il est vrai qu’éplucher et râper ses carottes constitue aujourd’hui une corvée réservée aux professionnels de l’alimentation.

Paradoxal ? Peut-être pas : il y a sans doute ceux qui mettent les informations culinaires quotidiennes en pratique et d’autres qui se contentent de rêver.

Aujourd’hui, l’expression de culture renvoie davantage à celle de nos céréaliers qu’à Claude Hagège* ou Pic de la Mirandole*. Et Les nourritures terrestres* n’évoquent plus «  le désir et l’éveil des sens », mais ce qu’on trouve dans son assiette.

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, on dévore chaque année dans le monde moins de livres que de Big Mac…

CG

* Tant pis pour vous, connectez-vous sur Wikipedia !


Lundi 03 octobre 2016

DES LECTEURS… AUX ZAPPEURS !

Eh oui : en vingt ans, les lecteurs sont devenus des zappeurs.

Apprendre à lire n’a jamais été une partie de plaisir. Pourtant, je continue d’affirmer que face aux méthodes globales, syntaxiques, syllabiques ( j’en passe… ) il n’existe qu’une seule bonne méthode pour apprendre à lire : il suffit que le futur lecteur ait envie de lire.

Si c’est le cas, il apprendra vite, quelle que soit la méthode.

Sinon, ce sera très dur

Or, pour avoir envie de lire, il faut être persuadé que lire est un plaisir : être entouré de livres, de gens qui lisent… et semblent trouver du bonheur dans ce qu’ils ont sous les yeux !

Déjà, le problème se corse : les livres font de moins en moins partie du décor familial. Souvent scotchés eux-mêmes devant des écrans ( télé, ordinateur, tablette, smartphone ) les adultes ne donnent plus l’image de lecteurs épanouis et demandeurs. Si l’on ajoute que les lecteurs ( surtout à partir du collège ) vont être obligatoirement confrontés à des textes classiques dont le vocabulaire, le style et les univers sont aux antipodes de ce qu’ils connaissent et apprécient, on comprend que lire ne va pas être à leurs yeux une partie de plaisir.

Avec son infinité de possibilités et d’accès ( Internet ), avec ses dizaines de chaînes ( la télé ) et ses milliers d’interlocuteurs potentiels ( les réseaux sociaux, j’en passe là aussi ), les écrans offrent aux jeunes des plaisirs plus immédiats que l’entrée dans un texte.

Là encore, je continue d’affirmer que l’écran pousse au zapping : combien de temps son ( jeune ) utilisateur reste-t-il sur la même image, la même page ? Quelques secondes !

Si l’information recherchée ne lui convient pas, il passe ailleurs.

Si le film ou l’émission le lasse, il passe à une autre chaîne.

On me dira que si la première page ( ou les premiers mots ) d’un livre ne retiennent pas son attention, rien ne l’empêche d’en prendre un autre. A condition qu’il en ait plusieurs à sa portée. Et que l’un d’eux, enfin, lui soit accessible ou lui offre la promesse d’un suspense, d’un plaisir ou d’une satisfaction quasi immédiate.

Car le zappeur veut du bonheur. Très vite.

Et le livre n’en fournit qu’aux lecteurs attentifs, patients et persévérants.

*

Venons-en… là où je veux en venir : au fait que le livre, cet objet de plus en plus ringardisé et considéré comme un repoussoir par une quantité grandissante de jeunes, le livre donc, pour plaire, doit séduire très vite. Surtout si le lecteur est jeune, et a par conséquent des exigences que n’ont pas les vieux routiers de la littérature.

Les éditeurs l’ont bien compris, qui désormais demandent aux « écrivains jeunesse » de faire simple, de ne surtout pas employer de mots compliqués ou inconnus, de termes vieillis, d’expression peu usitées – au risque de voir le lecteur abandonner l’ouvrage.

Car la priorité d’un éditeur ( disons… d’un grand nombre d’entre eux ! ) n’est plus de publier de bons textes ou de la « bonne littérature », mais… de survivre. Donc de vendre. Donc de plaire, sinon au plus grand nombre, du moins à son lectorat supposé. Un lectorat qui semble se restreindre et ne s’élargira qu’en diminuant un peu plus ses exigences.

De gré ou de force, le futur lectorat devra s’apparenter à un public familier des écrans : un public qui attend surtout de la variété, de l’humour et des jeux.

Loin de moi l’idée de généraliser ! Car j’entends les protestataires s’écrier :

- Voyons, même à la télé, il y a la Cinq, Arte, la chaîne Histoire ou LCP !

C’est vrai.

Mais additionnez donc les publics des chaînes citées plus haut… et vous n’arriverez jamais au score de TF1. Ou à celui des amateurs fidèles de Plus belle la vie ou de l’amour est dans le pré.

Désormais, quand je propose un récit – notamment pour les plus jeunes – à un éditeur, on me bombarde en marge de réflexions du genre : non, trop compliqué, trop long, personnage à enlever, mot vieilli, expression obsolète, réflexion trop complexe, implicite trop subtil…

Autrefois, un auteur jeunesse pouvait se permettre deux mots ( supposés ) nouveaux sur une page. Aujourd’hui, plus question de prendre ce risque.

Il faut aller au plus simple. Au plus court.

Les lecteurs et les parents n’en ont pas toujours conscience ; ils ignorent que certains auteurs ( dont je suis ) se battent pour que leur texte conserve une qualité, une densité qui diminuent d’année en année, de récit en récit.

Si les éditeurs suivent l’exemple de la télé qui donne aux spectateurs ce qu’ils semblent préférer, la littérature risque de disparaître peu à peu au profit d’un produit insipide, répétitif et convenu. Restera le club ( ouvert à tous… mais restreint ) des lecteurs fidèles, gourmands et exigeants.

Lundi 05 septembre 2016

Le livre jeunesse progresse… et pourtant, la lecture baisse !

Les chiffres sont optimistes – mais trompeurs.

Après une brève stagnation après 2010, les ventes des livres jeunesse ont progressé de 1,4% en 2015, avec 80 millions d’exemplaires vendus ( 35% pour les romans, 21% les albums).

Le livre jeunesse représente 18% de l’édition française – et le chiffre d’affaires de la littérature jeunesse augmente ( + 5,4% en 2014 avec 11 100 nouveautés ! )

Donc tout va bien ?

Il faut nuancer : les sagas anglo-saxonnes écrasent le reste de la production romanesque avec, en tête : L’Epreuve ( Pocket Jeunesse ), Divergente ( Nathan ), Héros de l’Olympe ( Albin Michel ) et John Green ( Nos étoiles contraires, etc. ).

Comme le notent Dominique Korach, Soazig Le Bail, Isabelle Nières-Chevrel, Jean Perrot et Colombine Depaire dans leurs récents essais, « La moitié des romans destinés aux plus de 10 ans sont traduits de l’anglais (… et ) 8 des 10 meilleures ventes de fiction en 2015 sont liées… au cinéma ( si bien que ) la politique d’auteurs tend à céder le pas à une logique de coups marketing (…) De plus en plus de livres sont écrits par des pools d’auteurs, à la manière des scénarios. »

Traduisons : les meilleures ventes sont adaptées au cinéma… ce qui les dope un peu plus encore ! Et le livre étant devenu une marchandise comme les autres, il faut plaire pour provoquer l’achat. Donc livrer ce que les ( jeunes ) lecteurs semblent attendre. D’où la tendance, issue des U.S.A., à faire de la série jeunesse comme on fait du scénario : en convoquant plusieurs auteurs invités à viser le cœur de cible et à raboter tout ce qui dépasse pour ratisser large. Notons au passage ( mais c’est là une réflexion personnelle ) que les auteurs jeunesse français sont de plus en plus tentés par l’autocensure : livrer à l’éditeur ce qu’il attend ( ou plutôt ce que les commerciaux et représentants croient savoir que « ça va plaire » ), c'est-à-dire des textes faciles, rapides, avec de l’humour, un peu de fantastique et des sentiments, et pas de mots compliqués... je caricature ? Vraiment ?

Trompeurs, ces chiffres le sont notamment à cause de la part ( énorme ) faite à certaines séries pour enfants souvent relayées par l’image ( T’Choupi, Kirikou ou Dora l’exploratrice avec ses 49 références… ) Mais série ne rime pas toujours avec médiocrité, heureusement !

Toutefois, force est de constater que la diversité, l’originalité et les textes forts ou exigeants disparaissent peu à peu, éliminés pour cause de ventes trop faibles.

*

La vérité, c’est que la lutte entre le livre et les écrans est d’autant plus inégale que les médias ne valorisent que ce qui est déjà tendance.

Or, le papier et l’écrit n’ont plus la cote.

Certes, à l’école, les livres continuent de circuler : il faut bien ( de gré ou de force ! ) apprendre à lire ; et les parents responsables relaient les enseignants pour y veiller.

Mais au collège, lire ( surtout des classiques, comme le recommandent les instructions ) devient vite une corvée ; bibliothécaires et prof-documentalistes déplorent la désertification du lectorat après la 6ème. Quant aux ado-lecteurs qui résistent, ils lisent en priorité… Divergente, Nos étoiles contraires – ou « ce qu’il faut avoir lu pour ne pas passer pour un plouc ». Un comportement qui, notons-le, touche aussi le public adulte !

Si les chiffres de vente se maintiennent, c’est donc avec les nuances qui précèdent.

Depuis une quinzaine d’années, après le pic des années 80 et une fois achevé « l’effet Harry Potter », la lecture baisse ( surtout à partir de 12 ans ) au profit de l’usage des écrans : en France, 5 h quotidiennes en moyenne dont 2 réservées au smartphone !

Oui, je sais : on lit aussi sur écran ( mais quoi ? Et comment ? )

*

Les parents prennent rarement le risque d’offrir un livre à leur ado de 13 ans ; et si celui-ci a de l’argent de poche, il achètera rarement un livre ! Ajoutons ( même s’il n’est pas correct de le révéler ) qu’aujourd’hui, un livre acheté n’est pas toujours un livre lu ( il y a cinquante ans, un livre acheté était lu deux ou trois fois ! ), y compris quand cet achat est effectué pour une bibliothèque ou un CDI.

L’avenir ( commercial – mais y en a-t-il un autre ? ) du livre jeunesse semble passer… par l’image et les jeux – L’Ecole des loisirs l’a compris en lançant sa collection d’ « albums filmés » ( ! ) – et privilégier le public captif, celui de l’école primaire ( les 6-11 ans )

Quant au livre numérique, si ses ventes progressent ( en France, beaucoup plus lentement que prévu ! ), son pourcentage dans le secteur jeunesse reste dérisoire : 1,4% en 2014 !

Pessimiste, ce constat d’un vieux schnock ?

Peut-être.

Mais comme l’affirmait Robert Lamoureux : le canard est toujours vivant !

Eh oui : le livre et la lecture résistent – avec notamment l’appui des libraires indépendants, des bibliothécaires, des profs-documentalistes, des parents… et des enseignants qui, en dépit des instructions, continuent de faire vivre et lire des ouvrages jeunesse de qualité, qui réconcilient les jeunes avec la lecture, ce plaisir qui peut se transformer en passion.

CG

Lundi 02 mai 2016

Facebook ? Non, merci !

De nombreux amis et correspondants s’étonnent : « Comment ? Tu n’es pas ( encore ) sur Facebook ? » Au point que les responsables d’un récent salon du livre auquel je me suis engagé à participer m’ont envoyé un mailing ( sans doute relayé à tous les auteurs du Salon ) me priant de « relayer ces informations sur votre compte Facebook. »

Puisque le premier venu sur Internet peut rejoindre Facebook, il paraît évident qu’un écrivain y a une place prioritaire.

Désolé, je ne fais pas partie du club ; et c’est évidemment un choix.

Pourquoi ?

Je pourrais répondre : parce que…

  • grâce à l’amabilité de Patrick Moreau et de nooSFere, je dispose d’un site Internet et d'un blog, et que cela me semble largement suffisant pour y diffuser des infos concernant mon actualité… ou mes billets d’humeur.

  • ceux qui désirent mieux me connaître ( mes ouvrages et ce que des lecteurs ou critiques en pensent ) disposent de ce site et de ce blog, de Wikipedia, de mes livres - et de milliers d’articles me concernant quand on tape mon nom et mon prénom sur n’importe quel moteur de recherche.

  • ceux qui veulent me joindre peuvent le faire par le biais de mon site, en cliquant, au bas de la page d’accueil, sur la petite enveloppe ECRIVEZ A L’AUTEUR ( et que ceux qui n’ont pas de réponse se s’étonnent pas : ils ont tout simplement oublié de noter leur adresse mail sans laquelle il m’est impossible de leur répondre )

  • outre ces correspondants invisibles qui ont fait l’effort de me trouver, j’ai de vrais amis, en chair et en os, avec lesquels j’échange – y compris et surtout de visu, parce que je vais chez eux, ils viennent chez moi. Et on se voit ( autrement que par le biais de Skype )

En réalité, mon principal motif est… idéologique : on connaît mes positions sur Google et son flicage permanent – mais à moins de vivre en ermite, sans adresse mail, sans Internet, sans carte bancaire, etc. ( les limites peuvent aller jusqu’au nomadisme intégral et à la vie en autarcie complète ), être en liaison Internet semble hélas aujourd’hui une pratique quasi obligatoire, faute de quoi on se coupe des éditeurs, des salons, des enseignants, des bibliothécaires… j’en passe – Internet a ses avantages…

Et ses limites.

Comme l’a fait remarquer Jean-Baptiste Roch dans un récent numéro de Télérama, la CNIL reproche ( à juste titre ) à Facebook de « collecter sur les internautes sans leur consentement des données liées à leur orientation sexuelle, à leurs croyances religieuses ou à leurs opinions politiques ( données qui ) sont ensuite envoyées au Etats-Unis pour être amassées, triées, étudiées – sans qu’on en sache plus sur leur utilisation. La CNIL pointe encore l’installation systématique sur l’ordinateur de chaque utilisateur, de treize cookies, sortes de fichiers espions qui enregistrent d’autres informations sur la navigation de l’internaute. Et qui permettent notamment un ciblage publicitaire. »

Ajoutons que la CNIL a menacé Facebook d’une amende s’il ne se conformait pas à ses instructions. Une amende qui pourrait se monter à… 150 000 euros ( j’entends d’ici Marck Zuckerberg éclater de rire à l’annonce de ce chiffre ) Une loi plus dissuasive serait paraît-il… « en préparation ».

En attendant, ( et indépendamment de Google qui joue dans la même cour ) Facebook continue de glaner et trier les informations… que tous ses membres lui livrent gracieusement !

A l’heure où certains redoutent la prolongation d’un état d’urgence qui permet à l’Etat de ratisser nettement plus large que l’écoute de suspects terroristes, je refuse de me plier à cet espionnage mondial librement consenti.

Peut-être parce que je me dis qu’aux Etats-Unis, justement, pourrait bien être élu un certain Donald Trump ( ou même… un Ted Cruz – vous connaissez ? ).

Et qu’en France, qui sait ?…

CG

Lundi 21 mars 2016

La dystopie ? C’est aujourd’hui !

Il y a quelques années, j’ai eu la surprise de découvrir dans un magazine un article dans lequel le journaliste affirmait que venait de naître ( avec Hunger Games ) pour les jeunes adultes, un nouveau genre littéraire : la dystopie. Une affirmation qui m’a fait sourire, en même temps que se popularisait ce nouveau nom qui remplaçait son vieil équivalent : l’anti ( ou la contre-) utopie.

Dès 1932, le genre s’imposa : avec Brave New World ( Le meilleur des mondes ) de Huxley, puis 1984 de George Orwell et Fahrenheit 451 de Bradbury. Dans le domaine jeunesse, après mon Face au Grand Jeu ( 1975 ), Michel Grimaud publia Soleil à crédit, Le Temps des gueux - François Sautereau La cinquième Dimension… s’il fallait établir laliste des dystopies, elle serait longue !

Au cinéma, l’ancêtre est sans doute le Métropolis de Fritz Lang, que suivront le premier long métrage ( méconnu ) de Georges Lucas THX 11 38, puis Soleil Vert, Le monde de cristal

Plusieurs remarques : ce genre, au fond assez facile à traiter, possède une structure classique : dans une société du futur où des lois injustes et un pouvoir sans partage s’imposent à un peuple docile et résigné ( là, on s’aperçoit que Wells était un précurseur en 1895 avec les Eloïs et les Morlock de sa Machine à explorer le Temps ), le héros ( et un ou deux adjuvants ) prend conscience de son aliénation. Il se révolte et parvient, in extremis, à convaincre la population de se libérer de ce joug, point final.

Oui : point.

Parce que aller plus loin, ce serait prendre des risques et se lancer dans un genre autrement plus délicat : l’utopie ou encore : « imaginer un monde aux lois permettant à tous de vivre enfin en harmonie ». Autre inconvénient majeur : une fois l’utopie réalisée, l’intérêt narratif disparaît puisque les problèmes sont résolus !

Autre remarque : l’objectif de la dystopie, c’est de montrer les dangers ( en les caricaturant ) de certaines tendances de notre société contemporaine : son consumérisme ( Face au Grand Jeu ), son désir d’évasion ( Soleil à crédit ), son chômage endémique ( Le Temps des gueux ), sa dictature de la jeunesse et de la beauté ( L’âge de cristal ) – j’en passe.

Autrement dit, les dystopies nous décrivent les impasses de certains futurs en nous suggérant d’éviter telle ou telle voie.

Eh bien c’est raté : en effet, quelles que soient ces impasses, force est de constater que nous les avons toutes empruntées. D’où le titre de ma minute du vieux schnock : la dystopie ? Allons, inutile de nous fermer les yeux : nous y sommes déjà ! Il suffit de voir l’hystérie qui s’empare des acheteurs une heure avant l’ouverture des soldes, la foule qui se précipite vers les plages ou la neige dès que la saison s’y prête, ou la vente explosive et récurrente des magazines qui vantent les recettes pour maigrir - ou les crèmes anti-rides.

Avec une petite différence : dans la dystopie, les lois tombent d’en haut ; contraignantes, elles sont imposées à la population. Mais dans notre société, dans notre réalité, c’est la population qui ( souvent majoritaire ) en redemande !

La Novlangue de 1984 ?

Elle circule à la radio, à la télé, dans les médias – et nous la pratiquons, la relayons, l’imposons – faute de quoi on passerait pour rétrograde ou vieux jeu.

Les caméras de Big Brother ?

Ce sont les conseils municipaux, élus, qui les installent et les multiplient.

L’intrusion dans notre vie privée ?

Mais nous la réclamons, en ne cessant de l’étaler dans les réseaux sociaux ou à la télé.

Là, le spectateur lambda est devenu le psy de service, à l’écoute des confidences de celle ou celui-qui-est-trop-content-de-se-déshabiller-devant-la-caméra, au sens propre ou/et au sens figuré.

On finirait presque par se demander si la dystopie, ce n’est pas comme la violence dénoncée par certains documentaires, infos ou films d’action : à force de nous montrer ( plus ou moins complaisamment ) ses dégâts supposés, c’est comme si, malgré nous, on acceptait de la prendre comme modèle.

Lundi 25 janvier 2016

En fait ne sert à rien !

Les tics de langage sont vieux comme le monde.

Au milieu du XXème siècle, les personnes interviewées à la radio – et un bon nombre d’enseignants – utilisaient, comme tremplin oratoire, le fameux « n’est-ce pas ? » sans parler de l’onomatopée favorite de ceux-qui-voulaient-se-donner-le-temps-de-réfléchir-pour-répondre : le court et classique «  euh… » que l’on pouvait prolonger à volonté comme l’indique en musique le point de prolongation ( ou le point d’orgue ).

Parmi les anciens élèves qui ont mon âge ( 70 ans au compteur, eh oui ! ), quels sont celles ou ceux qui, au collège ou au lycée, n’ont jamais joué à ce concours consistant à noter en douce sur une feuille le nombre de « n’est-ce pas ? » prononcés, pendant son heure de cours, par le prof qui était atteint de cette bénigne mais tenace maladie oratoire ?

Eh bien les modes changent.

Et les tics langagiers aussi.

Depuis quelques années, une expression a fait son apparition ; et rares sont celles et ceux qui ont résisté à sa contagion.

Je veux parler d’en fait.

Désormais, à la radio ou à la télévision, personne ne peut plus prendre la parole sans s’aider de cette béquille en apparence anodine, mais dont la répétition finit par agacer comme le petit doigt levé d’Agamemnon1.

Une béquille ? Oui. Car en fait ne sert à rien. C’est une façon faussement littéraire de remplacer le banal euh… ou le vulgaire : ben

Voulez-vous partager mon agacement ?

C’est simple : soyez attentif.

Quand vous écoutez un commentaire, une interview, la réponse d’un passant, d’un homme politique, d’un touriste ou du moindre quidam à une question, essayez de comptabiliser le nombre de fois où il ( ou elle ) utilisera en fait. Prononcé le plus souvent en début de phrase, il peut s’y insérer ( et s’ajouter ! ) deux ou trois fois au cœur même de la réponse.

Peut-être allez-vous répliquer : « Mais c’est légitime ! L’expression en fait marque une nuance dans la façon de répondre. »

En théorie, oui.

En fait est censé signifier : pas tout à fait. Ou encore suggérer : « votre question est mal posée, la réponse semble aller de soi mais comme vous allez en juger, elle est différente de ce que vous attendez. »

En fait pourrait donc être le synonyme affaibli de l’expression : en réalité.

Problème : le en fait en vigueur aujourd’hui n’a plus du tout ce sens et cette nuance.

En fait ( = en réalité ), en fait ne sert à rien ! Rien qu’à prolonger la réflexion en prononçant deux mots qui pourraient aussi bien signifier : « je vais vous répondre, hum ! Laissez-moi réfléchir, j’ouvre les guillemets… »

Vous n’êtes pas convaincu ? Enregistrez les phrases ( à la télé, à la radio, ou de vos proches, enfants compris ! ) prononcées et ponctuées de plusieurs en fait. Et supprimez-les.

Ca devient nettement plus clair et plus direct.

En fait est une graisse inutile, superflue, qui permet de gonfler la phrase ( et de gonfler, hélas, l’auditeur trop attentif que je suis ).

Parfois, le locuteur s’aperçoit qu’il répète un peu trop en fait ; il utilise alors une nouvelle béquille directement hérité de la première : l’adverbe effectivement. Qui, par rapport à en fait, offre en réalité une nuance de taille : parce que si en fait nuançait au départ la réponse ( rappelez-vous son sens originel : en réalité, pas tout à fait… ), le terme effectivement la conforte par rapport à la question, il signifie : tout à fait, vous avez raison de le dire !

Nuançons : à y bien réfléchir, dans la bouche de certains locuteurs ( comme les hommes politiques ) qui cherchent à convaincre, en fait a une fonction plus insidieuse : celle de relier ( artificiellement ) les idées ou les faits entre eux, une façon de vous tenir par la main et de vous entraîner dans un raisonnement pseudo logique.

Il a la même fonction que l’expression ( devenue courante, autre tic : ) pour une raison simple. Autrement dit : ne vous cassez pas la tête, ce n’est pas compliqué, tout s’enchaîne et tout s’explique, ça va devenir très clair dans votre espritEt si ( c’est implicite, sous-entendu ), par extraordinaire, vous décrochez en route, c’est que vous volez vraiment bas : c’est SIMPLE, donc vous devriez avoir compris, comme les autres ( et si ce n’est pas le cas, mieux vaut faire semblant ! )

Cette minute du vieux schnock vous fait sourire ?

Vous jugez que ce tic de langage : en fait, est une broutille ( attention aux deux points, à la virgule, à l’emplacement des mots : je n’ai pas dit : que ce tic de langage est en fait une broutille ! ) et qu’il ne mérite pas… d’en faire tout un plat ?

Je ne suis pas d’accord.

Cette contagion langagière me semble caractéristique et dangereuse.

Elle nous montre combien nous sommes perméables, prêts à nous plier aux modes.

On sait combien je suis attentif à la force des mots qui, comme l’affirmait Brice Parrain, sont des pistolets chargés.

En fait semble une cartouche à blanc ?

Ce n’est pas si simple…

Avez-vous remarqué comme les mots ont changé, afin de déguiser et de minimiser la réalité ? On ne parle plus de chômeur mais de demandeur d’emploi. Le conflit a remplacé la guerre. Les compressions de personnel ( j’adooore le mot compression : en informatique, pour les photos ou pour le texte, on garde tout mais ça tient moins de place ! Ce qui est compressé finit d’ailleurs par être oublié ou disparaître.. ) quand ce n’est pas les départs volontaires ( on vous invite à quitter l’entreprise, on va bien finir par se mettre d’accord ? ) ou l’anodine et scientifique flexibilité ( allons, ne soyez pas buté, stupide et rigide ! ) remplacent peu à peu le cruel et inconvenant licenciement. Le capitalisme est aujourd’hui déguisé en sympathique économie de marché. Même notre futur réchauffement climatique, après tout, n’a rien de très effrayant : dans une entreprise ou dans une discussion, quand le climat se réchauffe, c’est plutôt bon signe, non ?

Bref, il faut po-si-ti-ver.

Sans nous en douter, nous entrons, avec un glissement général librement accepté et multiplié, dans ce qu’un certain George Orwell appelait : la novlangue.

Mais dieu merci, 1984 est loin derrière nous !

CG

1 Lire Electre de Jean Giraudoux, notamment l’Acte II, scène 8 .

Lundi 23 novembre 2015

Culture gratuite pour tous ?

Un fascicule ( gratuit : La gratuité, c’est le vol, cliquez ici pour le télécharger ! ) diffusé par le SNE depuis le 10 septembre, explique précisément que… rien n’est gratuit !

Y compris Internet et ce que l’on y trouve en ligne. Ceci à l’heure où le livre papier semble reculer, et où le principe des droits d’auteur est remis en cause. Après tout, des milliers, des millions de gens écrivent aujourd’hui, et livrent ( gratuitement ) leurs récits en ligne. Oui, on trouve à peu près tout sur Internet – sauf, il est vrai, ce qui vient de sortir en librairie ; et l’achat d’une liseuse ou d’une tablette vous donne l’accès immédiat à des milliers de textes. Mais un ordinateur ( un smartphone, un e-book, une tablette ) n’est pas gratuit. L’accès à Internet non plus. Même regarder la télé n’est pas gratuit puisqu’il faut acheter le récepteur, payer la redevance ( et la consommation de l’appareil ), et que la publicité ( non, elle ne vous influence jamais, évidemment ) permet aux chaînes de mettre du beurre dans leurs épinards.

La vérité, en effet, est que rien n’est gratuit. Tout a un coût – et ce qui vous semble « donné », quand on en étudie les coulisses, a parfois coûté très cher. Et c’est vous, même quand vous n’en avez pas conscience, qui allez le payer.

Une fois de plus, je prétends accepter de ne plus toucher de droits d’auteur. Je veux bien écrire « pour rien » ( en réalité, ça me coûtera de l’argent : achat du matériel, etc – voir plus haut ). A condition que toute la chaîne m’imite : que les éditeurs, les distributeurs, diffuseurs, libraires, Fnac et autres Cultura… travaillent eux aussi pour rien.

Un écrivain privé de droits d’auteurs, c’est dire à un agriculteur :

- Vous produisez du lait ( du maïs, des tomates, de la viande, etc ) mais c’est si agréable de s’occuper des animaux et de vivre à la campagne ! Quelle chance vous avez ! Faites-le donc désormais sans vous faire rétribuer – et laissez-nous ( nous : intermédiaires, grossistes, spécialistes de l’emballage, de la force de vente et du marketing ) vendre ce que vous avez produit.

Dans mon village, on achète 0,28 euro ( parfois 0,30 ! ) le lait produit par mon fermier. Et 0,07 euros ( oui, il n’y a pas d’erreur de virgule ) le kilo de pommes destinées à la compote. Oui : dans cette compote à un euro le pot de 400 grammes, le sucre, l’emballage et le transport coûtent bien plus cher que la matière première ( 0,04 euro de pomme !).

Quand vous achetez Virus LIV 3 en librairie ( 4,95 euros ), je touche un an plus tard 5% hors taxe par volume vendu. Soit 0,23 euro. Parce qu’il faut payer l’éditeur, le papier, l’imprimeur, le distributeur, le diffuseur et le libraire. Chacun son dû. Mais ici comme ailleurs, le producteur n’est pas le mieux traité

Une fois de plus, l’argument Le livre est cher me fait éclater de rire.

Surtout quand l’argument vient de quelqu’un qui change de smartphone ( 600 euros ) chaque année et porte des chaussures et vêtements de marque ( faites le total ).

Le vrai problème, c’est que lire n’est plus tendance.

Etrangement, le musée ( enfin…certains musées ) et les expositions le sont devenus.

Dans les années soixante, ma femme ( qui n’était pas encore ma femme ) et moi allions le dimanche au Louvre, à l’Orangerie, à Carnavalet ou au musée Guimet. Le croirez-vous ? Il n’y avait personne – surtout au musée Guimet. Et entrer ne coûtait presque rien, c’était parfois gratuit ! La culture n’est donc pas ( pas seulement ) une question de prix.

Le livre papier ? C’est la denrée la moins chère du monde.

Nul besoin d’un engin pour le lire. On en trouve partout pour rien : chez les parents, les amis, dans les boîtes à livres. Et en bibliothèque où, c’est vrai, il faut débourser ( quand on est adulte ) le prix d’un livre ( de poche ! ) par an pour accéder à des milliers d’exemplaires, y compris ce qui vient de sortir – oui, je sais, il faut parfois s’inscrire sur une liste d’attente.

Tout ça ne signifie pas que le livre est gratuit.

Il a fallu l’écrire, le fabriquer, le diffuser – et ça a un coût.

Tout a un coût. Parfois déguisé ou mal connu. Y compris celui des tonnes de publicité papier que vous trouvez dans vos boîtes aux lettres. Mais cette publicité finit par rapporter beaucoup plus qu’elle n’a coûté !

En réalité, le livre ( ou le DVD ) emprunté en médiathèque a coûté très cher. Beaucoup plus que les 8 ou 24 euros inscrit en 4ème de couverture : il a fallu payer le bâtiment, assurer son entretien, le salaire des bibliothécaire, j’en passe !

Et c’est de l’argent public. Comme celui de l’école ou de l’hôpital.

Ce qui reste ouvert, c’est le débat : « est-ce bien nécessaire de dépenser tant d’argent pour… l’éducation, la santé… et la culture ? » Bien sûr, j’ai ma réponse, et des convictions.

Quand ils achètent un billet à 50 ou 100 euros, les amateurs d’opéra ignorent souvent que pour être rentable, le billet aurait dû coûter deux ou trois fois plus.

Oui : la culture est ( elle aussi ) financée, subventionnée par l’argent public. Et pour le dépenser ( et décider le pourcentage qu’on y consacrera ! ), l’ordre des priorités relève… de la politique.

Le jour où l’on jugera que la culture coûte trop cher ( ou qu’elle n’est pas nécessaire ), on supprimera la subvention de l’opéra, de la Comédie française, du Louvre et du Musée d’Orsay. On remettra ensuite en cause l’existence des bibliothèques et des médiathèques – mais aussi celle de chaînes comme Arte, la 5 ou LCP : pas assez d’audience, pas rentable, ça coûte trop cher… On livrera alors au public ce qu’il veut et ce qu’il préfère – après tout, c’est la démocratie, non ? Sans se douter que derrière la gratuité ( ou l’économie ) apparente de ces choix se cachent des intérêts gigantesques. Ceux de Google, Apple, Vivendi – et bien d’autres. Aussi, je me méfie des tendances : ce modèle plaît énormément, j’en vends beaucoup cet été ( autrement dit si vous ne l’avez pas, vous êtes un plouc. Vous ne connaissez pas ? Pourtant ça a été vu à la télé ! ).

La tendance, c’est le sens du poil.

Et moi, j’ai tendance à être à rebrousse-poil.

Même si je rame à contre-courant.

CG

Lundi 19 octobre 2015

COP-21… de bonnes résolutions ?

La COP 21, c’est quoi ?

Ce nom de code est – pour simplifier - celui de la 21ème conférence sur le changement climatique, qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain. Une conférence qui fera suite au fameux « Protocole de Kyoto » ( COP 3 ) de 1997.

Voilà des décennies que le GIEC tente de faire reconnaître aux pays industrialisés que l’activité humaine est la cause du ( ou accentue le ) réchauffement climatique. Un combat longtemps nié par les Etats-Unis, responsables du quart des émissions des gaz à effet de serre ! Eh oui, en 1997, le sénat américain a refusé de ratifier le traité… à 95 voix contre 0 ( même les députés démocrates étaient contre ) ! En 2005, George W. Bush confirma ce refus, jugeant qu’il « freinerait l’économie des USA ». Quant au Canada, qui s’est retiré de la partie, il a jugé que « Kyoto est essentiellement un complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches » ( sic ) Si ce protocole a été signé, il n’a pas été ratifié par un seul pays : les Etats-Unis !

Plus positifs, la Californie et le Nouveau-Mexique ont adopté « l’objectif, pour 2050, de diviser par quatre leurs émissions de gaz à effet de serre ». Le problème, c’est qu’il y a un abîme entre les intentions et la réalité !

Si, entre 1990 et 2004, quelques pays ont réduit leurs émissions : l’Allemagne ( de 17 % ), le Royaume-Uni ( de 14 % ), la France ( de 3,2 % % ), d’autres l’ont augmenté : le Japon : ( de + 6,5 % ) ; les USA : ( de + 16 % ) ; l’ Irlande : (- de + 23 % ) ; la Grèce : ( de + 27 % ) ; le Canada : ( de + 28 % ) ; le Portugal : ( de + 41 % ) ou l’Espagne : de + 49 % !

La question que personne ne pose est celle de savoir si la lutte contre le réchauffement climatique est compatible avec… l’économie de marché.

Après l’avoir cru, Nicolas Hulot et Naomi Klein ( l’altermondialiste, rappelez-vous : No logo ! ) répondent désormais NON. Depuis vingt-cinq ans qu’on essaye de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, affirme cette dernière, celles-ci ont grimpé de 60% ! 

Eh oui : tout se passe comme s’il fallait choisir entre modifier radicalement notre mode de consommation ( donc de vie… et de société ) ou continuer à (sur)produire, à (sur)consommer et à… « s’adapter de gré ou de force au changement climatique ».

En étudiant les chiffres, on voit que la réponse est dans la question : on sait ce qu’il faudrait faire… mais en attendant, on continue comme avant – en nous faisant croire que faire payer ceux qui polluent constitue une solution !

Un vieil ami à moi a changé récemment de voiture. Son nouveau véhicule consomme 10 litres aux cent. Le mien, qui a 20 ans, en consomme la moitié. Qui est le bon citoyen ?

Dans mon village, il est désormais interdit de brûler ses déchets verts. Résultat : la déchèterie locale crie grâce : chaque jour, elle accueille des tonnes de feuilles et de branches apportées par des centaines de véhicules qui ont accompli chacun vingt à trente kilomètres aller-retour… sans parler des camions qui doivent aller et venir sur des centaines de kilomètres pour déposer leurs conteneurs géants de déchets verts… oh, on ne les brûlera pas, ils seront réduits en copeaux ou en résidus organiques - mais avec des engins qui fonctionnent… au gasoil ou à l’électricité !

J’aimerais qu’on me prouve que le résultat est bénéficiaire en matière de production de CO2 !

Le trafic aérien, lui, devrait doubler entre 2010 et 2030. Avec, certes, des avions qui consommeront jusqu’à… 15% de kérozène en moins. Le calcul est vite fait : ce n’est pas la circulation aérienne qui améliorera le réchauffement climatique !

Bref, il en est des conférences sur le climat comme des bonnes résolutions du premier janvier : on les prend à grands renforts de publicité… et on s’aperçoit très vite qu’elles n’ont pas été tenues. Ce qui, au fond, correspond à la demande générale.

Parce que si était instauré un référendum planétaire pour répondre à la question :

« Etes-vous prêt à consommer moins et à changer de mode de vie ? »…

Nul doute qu’une majorité voterait non.

CG

Lundi 28 septembre 2015

Avant, c’était mieux ?

Tianjin-Chine STR_AFP

Ma minute du vieux schnock, on l’aura remarqué, est surtout un moment de mauvaise humeur, une réaction critique et pessimiste.

Eh bien une fois n’est pas coutume : je vais tenter cette semaine de montrer que je ne suis pas, mais pas du tout d’accord avec la fameuse expression : « c’était mieux avant ! », que certains lecteurs croient lire en filigrane entre les lignes de mes billets d’humeur.

 

Moi, nostalgique du passé ? Pas une seconde !

Comme l’ont souligné bien des auteurs avant moi, on ne regrettera sans doute pas le 20ème siècle : ses dictatures, ses deux conflits mondiaux, ses camps d’extermination, ses dizaines de millions de morts… Rarement un siècle aura compté autant de victimes, d’injustices et de scandales humanitaires.

 

Mes parents ? Mes grands-parents ? Mes arrières grands-parents ?

Ils ont vécu deux guerres – parfois trois : celles de 1870, de 14-18 et de 39-45.

Ils ont trimé toute leur vie et sont morts jeunes.

Quand je demandais à mon père de quoi était mort son père ( Claude-Adolphe Grenier 1868-1943, charpentier ), il me répondait : 

« De fatigue. Il a travaillé jusqu’à l’épuisement, il est mort dans son atelier, à 69 ans ».

Moi, je n’ai connu aucune guerre – j’ai échappé de justesse à l’Algérie.

Mes parents, de petits comédiens, ont vécu heureux sans manger tous les jours à leur faim. Souvent au chômage, ils ne bénéficiaient pas du statut d’intermittent du spectacle – celui-ci n’existait pas !. Ils vivaient de studio en meublé et n’ont pu louer un appartement ( une pièce de 12m2 avec les WC sur le palier ) qu’en 1945, à ma naissance. Ma mère me lavait dans l’évier, et nous allions une fois par semaine aux « bains-douches » de la rue Ordener.

L’eau courante et le gaz à tous les étages étaient un tel luxe que les appartements parisiens qui en étaient pourvus l’affichaient fièrement sur le mur de l’immeuble !

On peut aujourd’hui se régaler des romans de terroir qui évoquent le temps où il fallait aller puiser l’eau de la fontaine… ce temps n’était pas si heureux. On travaillait dur, sans rechigner et la radio était la seule distraction quotidienne, avec la promenade du dimanche ou la partie de tarot avec les amis et les voisins. Quant à la violence et aux meurtres, ils n’ont cessé de diminuer – les statistiques prouvent qu’ils étaient cent fois plus nombreux au XIXe siècle qu’aujourd’hui !

 

Récemment ont été mis en examen, à grand renfort de publicité, des supporters anglais qui, dans le métro, à Paris, ont empêché un Noir de monter dans une rame. Loin de moi l’idée de ne pas me réjouir de ce scandale… mais il y a 50 ans, il n’aurait pas fait l’objet d’une seule ligne dans les journaux ! Et le récent accident industriel de Tianjin en Chine, malgré ses 123 ( ou 200 ? ) victimes, n’aurait fait l’objet que d’un entrefilet dans un quotidien du soir.

Eh oui, la mort et l’injustice scandalisent aujourd’hui plus qu’hier. Et je m’en réjouis, comme l’une des ( nombreuses ) preuves que… avant, ce n’était pas mieux !

CG

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