La guerre des mondes ? Ça n’en finit pas…

Je suis très étonné (pour ne pas dire scandalisé) que ce titre ait encore le droit de figurer au programme d’une série qui s’éloigne de plus en plus de l’ouvrage initial.

Rappelons les faits, s’il vous plaît…

La guerre des mondes est un roman publié par H.G. Wells en 1898 qui relate (à la première personne, comme si l’auteur avait vécu les faits !) l’atterrissage puis l’invasion, dans la banlieue de Londres, d’objets venus de la planète Mars. Ces grossiers obus ont été mis au point par les habitants de la planète rouge vieillissante, soucieux d’occuper la Terre pour s’y installer, et qui vont traiter leurs actuels habitants (nous !) comme de vulgaires insectes ou animaux inférieurs. Merci, donc, de bien vouloir lire l’original (et la préface que j’ai rédigée pour la version Folio chez Gallimard) avant de voir de pâles adaptations cinématographiques. Parce que ce chef d’œuvre de la SF n’est rien d’autre qu’une critique acerbe du colonialisme, et une réflexion toujours aussi pertinente sur l’adaptation des espèces à leur milieu.

En 1953, un film (de Byron Haskin) adapte le roman de façon assez fidèle, en situant l’action dans le présent. D’autres adaptations du roman, moins réussies, précèderont le film éponyme que tournera Steven Spielberg en 2005 – en situant l’action à New York et en s’autorisant des modifications étonnantes au scénario d’origine.

Or, comme on n’arrête pas une affaire qui marche, La guerre des mondes est devenue une série. Mais les envahisseurs, pour des raisons de modernité (contrairement à ce que pouvait supposer H.G. Wells, on sait depuis longtemps qu’il n’y a pas de Martiens !) viennent cette fois d’une autre galaxie. Bien entendu, ces méchants extraterrestres sèment la terreur. Entretenant l’illusion rassurante que si notre belle planète est en danger, la cause en est extraterrestre.

Le cinéma, plus encore que la littérature, a longtemps entretenu le mirage d’autres fins du monde possibles, par exemple à la suite de la chute d’une météorite pouvant causer la mort de l’humanité - voir -ou plutôt éviter de voir) Armageddon, entre autres.

Ces « fictions catastrophe » nous permettent de nous cacher la réalité : si une espèce menace d’exterminer l’humanité… c’est la nôtre, pas une autre !

Mais ce serait trop désagréable de nous mettre la nez dans notre propre caca.

Alors une fois de plus, faisons-nous une bonne grosse peur pour rire, histoire de mieux dégager notre responsabilité… et nous faire oublier la réalité : les responsables de la disparition des espèces, de l’eau potable, les responsables des famines, épidémies et autres calamités, ce ne sont pas de dangereux et belliqueux extraterrestres ou insectes géants à la sauce Starship Troopers ( film adapté du roman de Robert Heinlein Etoiles, garde à vous… le saviez-vous ?), ce sont les humains eux-mêmes.

Bah, qu’importe !

Pendant que notre maison brûle, nous préférons imaginer que les incendiaires viennent d’ailleurs.

CG