5. Est-ce qu’on peut imaginer une intégrale de vos nouvelles, ou tout au moins une réédition de tous les récits difficiles à retrouver ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour, car mes nouvelles sont très dispersées : 

* certaines sont sorties dans des magazines ( Jeunes Années, Gullivore, Encre Vive, Mégascope, Superscope, cahiers de vacances Nathan, J’aime lire, D. Lire. Les Aventuriers… j’en passe ! )

* D’autres ont été rassemblées dans un recueil dont je suis le seul auteur : Futurs antérieurs, Virtuel attention danger, Allers simples pour le futur, Contes et récits de la conquête du ciel et de l’espace - sans parler des textes courts rassemblés par deux dans les recueil SEDRAP : La Joconde en exil, Le gouffre du diable, Les Robinsons de la Galaxie…

* Les dernières font partie d’un recueil dans lequel plusieurs auteurs sont présents. C’est le cas de nombreuses nouvelles sorties dans la série 15 histoires de ( SF, cirque, vacances, aventures, 15 SOS, etc. ) chez Gautier Languereau. Il y a aussi chez Mango Les visages de l’humain, Graines de Futurs et des recueils divers à L’Atalante comme Utopiae, etc.

Une intégrale ne serait possible que dans deux cas :

* qu’un éditeur décide de la réaliser… ce qui l’obligerait à négocier la réédition de tous les textes qui sont encore en circulation. Car un grand nombre de mes nouvelles sont rééditées. La dernière en date, c’est Je suis la vigie et je crie, sortie dans un recueil collectif chez Thierry Magnier ( Nouvelles Vertes ), rachetée par Hatier pour faire partie d’un recueil ( Nouvelles de notre planète ) dans la collection Classiques & Cie Collèges. Une tâche colossale, coûteuse et hasardeuse – car certains éditeurs refuseraient de céder leur droit.

* que je sois mort depuis plus de 70 ans : toute ma production tomberait dans le domaine public – plus d’autorisation, ni de rachat. Comme je ne suis pas pressé de mourir, il faut attendre ! Et espérer que mes nouvelles susciteront encore de l’intérêt à la fin du XXIème siècle… et ce n’est pas gagné.

J’ajoute que le recueil serait fort épais. Je n’ai pas fait le compte exact de mes nouvelles ( c’est possible, il suffit de consulter mon site ! ) et encore moins du nombre de signes ou de pages que ça représenterait. Mais à vue de nez, il y a bien 150 nouvelles,. Si certaines sont très courtes ( DDDD, Dictature Douce Décroissance Dure ou Des profs pas très NET – deux ou trois pages, sortis dans Les Cahiers pédagogiques ), mes cinq ou six Je Bouquine sont de petits romans de 60 000 signes. L’intégrale de mes nouvelles ? Ce serait trois volumes de 1500 pages chacun – tiens oui, en Pleiade ! On peut toujours rêver : Jules Verne a fini par y entrer…

Derniers points :

* Ces nouvelles abordent des thèmes très divers, la SF, le policier, l’aventure, l’Histoire, la mythologie en passant par l’autobiographie comme L’Amour Caramel ( in Parle-moi d’amour, Rageot ). Certaines touchent les enfants très jeunes comme Le Métronome magique ; les autres les adultes, comme Partir pour Edena ou Le feu du crépuscule ! De quelle façon les regrouper ?

* Certaines de mes nouvelles sont en effet libres de droit, comme Seul à Seul ou L’Autre moitié de l’éternité. On peut les trouver en ligne, sur mon blog !

6. Vous avez adapté les créations des autres pour la télévision avec Les Mondes Engloutis et Rahan, et vous avez décroché de nombreux prix pour vos romans. Certains de vos récits ont-ils des chances d’être adaptés ? Les droits pour une adaptation sont-ils aujourd’hui réservés ?

L’OrdinaTueur a fait l’objet d’une courte adaptation sur la 5, dont Micheline Paintault a assuré la réalisation. Il a été diffusé trois fois en l’an 2 000. Et j’ai été très étonné de recevoir un appel de l’équipe de la 5 qui allait débarquer chez nous pour le tournage. Mon éditrice n’avait pas jugé utile de me prévenir de cette cessation de droits, le tournage ( à notre étonnement ) a été aussitôt entrepris. Autrement dit, il se peut que les droits de certains de mes romans aient déjà été réservés sans que je le sache – ceux d’un de mes ( premiers ! ) romans ont en effet été acquis, je le sais. Mais cela ne signifie pas qu’un film va être prochainement tourné. A la fin des années cinquante, Jean Becker a acquis les droits d’un roman de Georges Monforez ( le père d’une vieille amie auteure pour la jeunesse, Hélène Montardre ) , Les enfants du marais. Le film, lui, a été tourné… en 1998. L’auteur était mort depuis longtemps, en 1974 !

Un auteur peut négocier lui-même les droits d’un roman en proposant le scénario à un producteur avant de livrer son texte à un éditeur ( ce qui lui évite de partager en deux les droits générés par le film ! ). C’est le cas, aux USA, de Stefen King et de feu Michael Crichton. Pour se lancer dans une telle opération, il faut en général que trois conditions soient réunies : être un auteur reconnu, se lancer dans l’écriture d’un scénario et posséder un bon agent littéraire. Je ne remplis aucune de ces conditions !

Je vous entends déjà rétorquer : mais vous avez assuré les scénarios de dizaines d’ouvrages ! Pourquoi pas l’un des vôtres ? Euh… parce que :

  • je n’y pense pas

  • je ne connais pas de réalisateur à qui les soumettre.

  • Se lancer dans ce travail, ces recherches, c’est le parcours du combattant.

  • La grande affaire de ma vie, c’est le roman, la littérature. Pas le cinéma !

En même temps, je le reconnais : c’est l’une des questions préférées des jeunes lecteurs que je rencontre. A leurs yeux, le sommet de la réussite, c’est d’avoir un ouvrage adapté en film ! Ah bon ? Parfois, c’est un ratage spectaculaire – les exemples abondent. Et l’on compte sur les doigts d’une seule main les films dont le propos et la qualité dépassent ceux du texte d’origine – encore que j’affirme avec obstination qu’on ne peut pas comparer un roman et un film. Mais quand on lit La Sentinelle ( la short story d’Arthur C. Clarke ) ou même la novella de Philip K. Dick Do androids dream of electric sheep, force est de constater que Stanley Kubrick et Ridley Scott ont transcendé le texte d’origine avec 2001, L’Odyssée de l’espace et Blade Runner ! Un grand nombre d’ouvrages de SF ont été adaptés au cinéma – pas simple. Le dernier que j’ai vu est Valérian et la cité des mille planètes. Quand j’ai demandé à Jean-Claude Mézières ( nous nous connaissons depuis le début de sa série ! ) ce qu’il en pensait, il a préféré me relater le tournage par le menu, évoquer les décors… peut-être pour ne pas livrer un avis négatif – c’est le mien – ou ne pas vexer Luc Besson. Mais cet épisode fourre-tout ne me semble guère fidèle à l’original et je préfère de très loin les épisodes en BD à ce que le cinéma en a fait.

En revanche ( et je détourne une fois de plus la question ! ), je suis très fier que mon roman Coups de théâtre ait été adapté de nombreuses fois pour la scène, et que mon album Le Tyran, le Luthier et le Temps ait fait l’objet d’une adaptation musicale grâce au producteur Daniel Sultan et au compositeur argentin Luis Naon. En assistant à cet opéra ( de 45 minutes ) lors d’une de ses représentations publiques, je me sentais presque à la place de Colette quand son Enfant et les sortilèges a été orchestré par Maurice Ravel !

Bref, on voit que je suis plus proche du théâtre et de la musique que du cinéma !