Ou plutôt, à propos du mouvement social dont le projet de loi sur les retraites a été le déclencheur… il y a, à mes yeux, un gros malentendu.

Si cette loi est mal vécue, c’est parce que :

* il semble inadmissible qu’on demande à la majorité des actifs de « travailler plus » quand une minorité de privilégiés - et les médias sont désormais là pour nous le montrer chaque jour - tire mille avantages de cette société de marché, des actionnaires aux grandes sociétés elles-mêmes, en passant par les parlementaires qui s’auto-votent des retraites et salaires substantiels.

  • on ne jure que par une « croissance à deux chiffres », à l’image d’Apple qui, l’an dernier, a dépassé la progression de son chiffre d’affaire de 30 à 34% chaque… trimestre ! Une manne ( 11 milliards de dollars de bénéfice ! ) et une croissance dues à la vente d’I-pod, de Mac et d’I-Phone ( merci aux généreux acheteurs ! ) mais qui profite à qui ? Aux actionnaires et à Apple ! Sûrement pas à vous et moi.

* la notion même de travail, sans cesse dévalorisée, est devenue aujourd’hui synonyme de corvée, conséquence d’une productivité intensive, d’une obligation immédiate de résultat et d’une précarité de l’emploi qui provoque le stress et l’insécurité.

  • la notion de pénibilité n’est pas si évidente. Je connais des artisans qui s’épanouissent dans un travail très dur physiquement ( notre maçon va travailler le matin à 7 heures… et il siffle et il chante ! ) et des employés ( ou des enseignants ! ) dont les conditions de travail sont terribles, et qui vont au boulot comme on va à l’abattoir.

  • Il semble indécent de vouloir prolonger le temps de travail dans une société où les employeurs jugent qu’avant 30 ans, on manque d’expérience, et qu’après 50 ans, on est un has been. Avant d’exiger qu’on travaille davantage d’années, encore faudrait-il que soit laissée la possibilité de travailler !

Ma conclusion – provocatrice ?

Avant de songer à exiger qu’on prolonge l’activité des… actifs, peut-être faudrait-il que ceux-ci soient épanouis et heureux dans leur travail. Une notion jamais revendiquée ( qui se penche sur ce sujet ? ) et toujours remplacée par des exigences de salaire supérieur, d’heure de présence ou de jours de travail moins nombreux. Mais comment s’épanouir avec 1000 euros par mois ( parfois moins ! ) et un travail sans intérêt ou/et sans valorisation ni reconnaissance ?

Mais voilà : il faut travailler pour produire et produire pour… consommer.

Un cercle infernal et vicieux, un système pervers dans lequel nous sommes ( presque ) tous tombés, un jeu dont nous sommes devenus les partenaires obligés, mais dont les gagnants sont toujours les mêmes et les perdants, à terme, les plus démunis, qu’il s’agisse de notre pays ou de la planète entière...

Parce que ce conflit à la fois légitime mais truqué, dans un « pays riche » où la pauvreté ne cesse de progresser, reste à mes yeux corporatiste et catégoriel, face à d’autres pays dans lesquels on travaille très tôt, très jeune, pour un salaire de misère, au sein d’un système identique dans lequel le profit est la loi et la devise chacun pour soi.

Comme quoi les hommes ne naissent pas, mais pas du tout, libres et égaux en droit.

CG