Joséphine met à la porte son mari Antoine, moins parce qu’il est au chômage et l’amant de la jeune coiffeuse Mylène que parce qu’elle est lasse de sa nonchalance et de sa suffisance.

Jo le regrette aussitôt. Pourquoi, dans la famille Dupin, a-t-elle toujours été la moins favorisée ? Moins belle et moins aimée qu’Iris, sa sœur aînée, mariée au riche Philippe ?

Désormais, Joséphine, spécialiste du XIIe siècle et chercheuse au CNRS, doit gérer seule ses deux filles, la gentille Zoé mais surtout Hortense, qui devient ado, exigeante, et qui en crève de vivre à Courbevoie quand sa jolie tante Iris crèche à Paris-Neuilly.

Jo n’a qu’une amie, sa voisine anglaise Shirley ( et son fils Gary ) qui, sans doute, cache un gros secret mais refuse de le lui révéler.

Ses parents ? Inutile d’en parler ! Jo est en froid avec sa mère, qui lui préfère Iris. Et son beau-père, Marcel Grobz, patron d’une grosse boîte, s’est entiché d’une de ses secrétaires, l’accorte et maligne Josiane. Une situation difficile à gérer parce que tout le monde est au courant…

Alors qu’Antoine a filé ( avec Mylène ) en Afrique s’empêtrer dans une assez louche entreprise d’élevage de crocodiles où il va risquer sa peau et la fortune du ménage, Joséphine se débat désormais dans ses ennuis familiaux et financiers.

Un jour, Iris, à qui il manque seulement la reconnaissance, prétend à un éditeur rencontré par hasard qu’elle a commencé à écrire un roman. Prise à son propre piège ( elle est incapable d’aligner trois mots ), elle supplie sa sœur Jo, l’universitaire spécialiste du Moyen Age, de l’écrire à sa place et de toucher les droits.

Jo risque d’y gagner beaucoup d’argent… et Iris une gloire certaine : grâce à ses relations et à une vraie présence à l’antenne, nul doute qu’elle fera un best-seller de ce roman écrit en secret par sa modeste petite sœur…

Mais voilà : plus le livre se vend et plus Jo en accumule de l’amertume. Ah, si le beau et mystérieux Luca, qu’elle croise si souvent à la bibliothèque, savait que c’est elle, l’auteur d’Une si humble reine dont parlent aujourd’hui tous les médias !

Alors Grenier lit Katherine Pancol ?

Eh bien oui ! Et à à la télé, je ne regarde pas seulement Mezzo ou Arte !

J’ai lu ces larmes de crocodiles pour deux raisons.

D’abord parce que ma fille l’a dévoré et apprécié ; et je ne rate pas une occasion pour parler d’un livre avec ma fille !

Ensuite, parce que j’ai suivi, un jour, par hasard, une émission dans laquelle Katherine Pancol s’exprimait. J’avoue avoir été impressionné. On se fait toujours une idée des auteurs ; souvent, on accumule d’autant plus de préjugés que l’écrivain est populaire. Or, les propos et opinions de Katherine Pancol ( que je ne connais pas, que je n’ai jamais croisée ) m’ont frappé. Réalisme, humour, modestie, et un regard d’une grande lucidité sur la société, le monde ( en général ) et l’univers de l’édition en particulier.

Parce que ceux qui jugent impossible la mystification littéraire Jo-Iris se trompent : elle existe et on la pratique. Les noms que je pourrais citer sont connus !

Eh bien non, les crocodiles de Pancol ne m’ont pas déçu – peut-être parce que je ne m’attendais pas à une nouvelle Recherche du temps perdu !

Certes, on est loin de Joyce ou de Gracq. Mais ici ( j’allais dire « au moins » ! ), le style alerte et l’humour permanent invitent à tourner la page.

Littérature facile ?

Facile à lire oui – mais sans doute pas si facile à écrire, la fluidité est souvent synonyme de travail, même si l’auteur, on le sent, se laisse emporter par son propre enthousiasme, et je songe à de savoureux passages d’une vulgarité recherchée qui frisent l’invraisemblance ( mais qui prétendra qu’est vraisemblable la langue utilisée par le Momo de Gary-Ajar ? )

La situation familiale et les imbroglios sont complexes mais, malgré les apparences, crédibles et passionnants. Et les analyses psychologiques se tiennent fort bien.

Littérature « féminine » ?

Je n’en sais rien. Et je m’en moque. Je lis aussi Sand et Colette – et je suis un homme. Je lis beaucoup de romans destinés à la jeunesse – et j’ai 65 ans.

Ce qui, chez Pancol, me séduit, c’est d’ailleurs peut-être cela : une fraîcheur, un enthousiasme, un vrai miroir du quotidien, une gourmandise des mots et un plaisir de l’écriture qui prévalent sur le pompeux, le sérieux et la prétendue philosophie.

Un ( vrai ) livre de poche souple et épais ( 666 pages ) qu’on lit, qu’on prête, qu’on échange, qu’on n’hésite pas à abîmer…

C’est assez souvent très bon signe, ces livres achetés une fois et partagés par dix lecteurs !