Dans les années 1870, Winterbourne, un jeune Anglais, vient rendre visite à sa tante, Mme Costello qui séjourne à l’hôtel des Trois Couronnes de Vevey, en Suisse.
     Très vite, il est séduit par la beauté et surtout frappé par la liberté d’actes et de paroles de Daisy Miller, jeune Américaine qui se trouve dans le même hôtel, flanquée d’une mère velléitaire et d’un domestique effronté, Eugenio.
     Fantasque, Daisy accepte de se promener deux fois seule avec Winterbourne ( shoking ! ) au grand effroi de la tante de ce dernier ( les Miller ne sont pas des « gens comme il faut » ) ; à la suite d’un reproche injustifié, Daisy « rompt » — alors qu’il n’y a rien entre eux !
     Les deux jeunes gens se retrouveront l’hiver suivant à Rome, chez Mme Walker, une amie commune. Winterbourne s’aperçoit que Daisy s’est entichée d’un bellâtre italien, le signor Giovanelli ; il comprend mal l’attachement de cette jeune et belle aristocrate pour un filou qui n’en veut qu’à son argent. Malheureux comme un amant éconduit, toujours épris, Winterbourne, impuissant, ne pourra qu’assister en direct à un dénouement tragique...

     L’adaptation de romans 1 au cinéma a parfois du bon.
     C’est en effet après avoir vu l’excellent Portrait de femme de Jane Campion ( adapté du roman éponyme, Portrait of a lady ) que je me suis replongé dans Henry James, dont je suis loin d’avoir lu l’œuvre intégrale. Ce petit roman – les Américains le nommeraient sans doute novella – œuvre de jeunesse de l’auteur ( 1878 ), est un vrai bijou, comparable ( bien que le sujet en soit très différent ) à Un cœur simple ( 1876 ) de Flaubert.
     Œuvre de jeunesse, Daisy Miller porte la marque ( et les thèmes ) caractéristiques de l’auteur de Portrait de femme : une jeune femme prise au piège d’un galant mal intentionné. Mais ici, c’est avec le regard d’un amoureux éconduit que le récit est mené, regard qui pourrait bien être celui d’Henry James lui-même ( il est, comme Winterbourne un « enfant d’hôtel » ). On sait qu’il aima sans espoir, à vingt ans, sa jeune cousine Mary Temple, dite « Minnie », comme le fera le Ralph souffreteux d’Un portrait de femme dont il est le double mal déguisé.
     Winterbourne est aussi le double de Henry James dans la mesure où l’essentiel de ce récit sentimental réside dans le fait qu’un Anglais est à la fois séduit et désorienté par l’attitude libre ( et effrontée aux yeux d’un Britannique victorien ! ) d’une jeune Américaine.
     Né à New York ( en 1843 ), Henry James fut toute sa vie partagé entre le nouveau continent et l’ancien ! Cent quarante ans plus tard, l’écriture de ce récit n’a pris ni une seule ride, ni un pouce de graisse ; et certaines analyses préludent sans doute le meilleur d’une Recherche à venir. Offrez-vous cette heure de lecture particulièrement lumineuse !

     Lu dans le Bouquins ( Robert Laffont ) consacré à Henry James, et dans lequel on trouve aussi Les ailes de la colombe et Les ambassadeurs. A peine plus gros qu’un poche – cet ouvrage, en 900 pages, rassemble trois romans majeurs !


Notes :

1. Daisy Miller a été adapté à l'écran par Peter Bogdanovich (1974)