Depuis quelque temps, cette expression est très tendance.

Etrange… on ne l’emploie en réalité que dans quelques cas très précis : quand le vote populaire se prononce « dans le bon sens », quand l’opinion du peuple rejoint celle de nos sociétés occidentales en général et de l’économie de marché en particulier.

Récemment, en Grèce, le premier ministre Papandréou a proposé un référendum au peuple. Levée de bouclier immédiate en Europe ! A cette occasion, il semblait que la démocratie était priée d’aller se rhabiller. Ce n’était pas, mais pas du tout le moment de demander l’avis de la population. Pensez donc, elle aurait pu répondre NON à la question… au fait, quelle question ? Le G 20 a aussitôt débattu de ses termes, au cas où Papandréou se serait obstiné ! 

Parce qu’un NON aurait été… une défaite de la démocratie ?

Sans doute. Le peuple se serait trompé. Il aurait provoqué le départ de son pays de la zone euro, la faillite quasi immédiate de la Grèce et celle, à plus ou moins long terme, de l’Italie puis de l’Europe, entraînant un bouleversement mondial aux conséquences inimaginables.

On va me dire que j’exagère, que l’exemple est mal choisi, que la population n’a pas été mise assez clairement au courant des conséquences d’une éventuelle réponse négative… soit !

Prenons un exemple récent.

Celui de la Libye qui, à peine libérée du joug de Kadhafi, se prononce pour un gouvernement islamiste qui rétablit la charia. Gros embarras des pays occidentaux qui ont aidé le peuple à gagner sa liberté et à organiser des élections libres.

Là, personne n’a évoqué une « victoire de la démocratie », on se demande bien pourquoi !

On pourrait d’ailleurs se poser la même question en ce qui concerne les élections libres ( passées ou à venir ) dans des pays comme l’Afghanistan ou la Syrie - loin de moi l’idée d’être un sympathisant des Talibans, de feu Kadhafi ou de Bachar El Assad !

Je suis de mauvaise foi ?

Très bien. Alors voyons, à reculons, d’autres exemples à mes yeux édifiants : celui de certains pays de notre future Europe invités par référendum ( tiens ? ) à ratifier d’abord ( en 1992 )

* le traité de Maastricht ( la France l’a approuvé à 51%... ouf ! Embarras des instances dirigeantes face au refus des Danois puis des Pays Bas : « la population n’a rien compris » )

* la Constitution européenne. Une constitution refusée par les Français et qui oblige les dites instances à modifier quelques termes pour que, enfin, « ça passe ».

Bref, les peuples sont vraiment stupides – sauf quand ils votent dans le bon sens.

Faut-il remonter au vote algérien de décembre 1991 ? Un vote qui, dès le premier tour, sur les 430 sièges de l’assemblée, en accorde 231 au Front Islamique du Salut … Une victoire de la… pardon : une catastrophe de la démocratie, un vote si scandaleux que les élections sont aussitôt annulées et qu’un coup d’état met les militaires au pouvoir !

Faut-il aller plus loin et évoquer le 11 septembre ( 1973 ), date à laquelle, avec l’appui de la CIA, un certain Salvador Allende, démocratiquement élu au Chili, est renversé et « suicidé » au profit de ce brave Pinochet… qui mourra dans son lit après avoir fait exécuter des milliers de… j’allais dire « d’opposants »… mais non : ceux qui furent arrêtés et assassinés voulaient justement que soit appliquée cette fichue « démocratie » !

Moralité : avant de se risquer à organiser des « élections libres », sans doute faut-il laisser couler beaucoup de temps pour que les peuples apprennent à penser par eux-mêmes, au sein d’un bon système, et qu’au lieu de subir le lavage de cerveau imposé par un dangereux dictateur ou des fanatiques religieux, ils aient enfin accès à la société de consommation et à la télévision.

Là, enfin, ils pourront bien voter : élire et réélire un George W. Bush.

Ou un Berlusconi.