Alexandre Jardin livre tous les secrets de sa famille…

Il raconte comment, au volant de l’Alfa Roméo de Paul Morand, le jeune Alexandre passe la frontière suisse en douce pour conduire sa grand-mère, dite « L’Arquebuse », âgée de 82 ans ( ex maîtresse du dit Paul Morand, et qui n’a jamais eu de papiers d’identité ! ), à un rendez-vous galant, à Reims, où elle doit passer la nuit avec l’un de ses anciens amants perdu de vue depuis… 1943.

Il relate comment, avec la complicité de Françoise Verny, et pour obliger son oncle Merlin à soigner ( en écrivant un livre ! ) son cancer de la vessie, il lui fit signer chez Gallimard un contrat-bidon… avant que le dit Merlin, qui n’avait jamais écrit une ligne de sa vie, ne livre, contre toute attente, un manuscrit de 4 000 pages pour honorer son contrat !

Il relate aussi par le menu les obsèques, à la pointe du Raz, de Zaza, la fidèle maîtresse d’un ami de la famille, Yves Salgues. Sauf que la Zaza en question est… une guenon héroïnomane. Obsèques évidemment clandestines, médecins et prêtres ayant refusé de la rendre officielle, auxquelles assistèrent et participèrent, entre autres, le chanteur Serge G., l’écrivain et ami Pierre A., l’éditeur Bernard de F. et le milliardaire rouge Albert T.

Il y a aussi ce fameux ténia ( baptisé Zoé ) découvert chez Zouzou, et que l’Arquebuse veut qu’on lui implante afin de pouvoir manger sans grossir. Une opération qui eut lieu jusqu’à la mort dramatique du ver, qui eut droit lui aussi à sa sépulture…

Ces anecdotes ne sont que trois ou quatre des vingt ou trente relatées par Alexandre Jardin.

L’auteur de Fanfan met ainsi en scène ( et en cause ) son grand-père dit Le Nain Jaune ( chef de cabinet de Pierre Laval à Vichy en 1942-1943 ), son père l’écrivain Pascal Jardin, dit Le Zubial, sa mère ( qui mit au monde le fils de Claude Sautet, à l’époque où le cinéaste était son amant – César et Rosalie n’étant que la transcription à peine voilée de l’état des lieux érotico-affectif des Jardin de l’époque… ), et surtout deux femmes exceptionnelles : la fidèle Zouzou, servante et mémoire de la famille ( qui fut accessoirement la maîtresse du Nain Jaune avant d’être celle du Zubial ) et enfin la déjà nommée Arquebuse, qui consigna scrupuleusement dans un ( très gros ) cahier le « registre des amours des Jardin », un document à la fois si confidentiel et explosif que son dépositaire, Alexandre, dut le déposer dans un coffre…

Sauf qu’en 2005, Alain Delon accompagna le jeune écrivain en Suisse pour lui demander d’aller y vérifier un renseignement intime. Du coup, d’autres proches participèrent à cette expédition, notamment le fameux Léonard de P., dont on sait qu’il pratique depuis sa naissance un nudisme intégral permanent…

En lisant cette chronique, on croit rêver. D’autant qu’on y croise François Mitterrand, Couve de Murville et des célébrités de la politique ou des arts dont le nom est à peine voilé.

Décidément, La Mandragore ( la propriété des Jardin sise à Vevey ) semble avoir abrité bien des amours illégitimes et des scènes d’un stupéfiant surréalisme ! Un passé si invraisemblable et si lourd qu’Alexandre se décide enfin à le livrer au public, à peine masqué.

Certes, pour aborder « le roman des Jardin », mieux vaut d’abord avoir lu les œuvres romanesques de la « dynastie des Jardin », ceux d’Alexandre et de Pascal, et avoir une idée de qui fut « Le Nain Jaune ». Quelle est, dans le roman des Jardin, la part de vérité ? Qu’importe ! Certes, il faut accepter le style dense et fleuri de l’auteur qui, évoquant Yves Salgues, le traite de polygraphe crépusculaire, héroïnomanemilitant ( …qui )  gâchait son luxuriant talent de styliste en s’usant à des tâches de folliculaire subalterne ( ! )

Et pourtant, cette lecture édifiante et folle mérite le détour ; car je défie le lecteur de ne pas éclater de rire, incrédulité et hilarité mêlées, à l’une ou l’autre des incroyables anecdotes de l’un de ces "double-rate".

Lu dans un joli format moyen qui affiche en couverture une photo de l’auteur aussi tristounette que le contenu du livre est drôle !