Au sujet de l’inquiétante question : « Quel métier exercer plus tard ? », j’ai des éléments de réponses à suggérer.
D’abord, les métiers à éviter à tout prix : prof ( mal rétribué,  études longues, plus aucune considération ni soutien de la part des parents ), libraire ou bibliothécaire. D’ailleurs si vous aimez les livres, prétendez le contraire, au risque de passer pour un plouc.
En revanche, comme je le soulignais dans mon dernier billet d’humeur, certains secteurs sont promis à un brillant avenir, en premier lieu les assurances. Avec les catastrophes annoncées, nul doute que le recrutement va s’intensifier ; et comme, par définition, le tarif des assurances augmente en fonction des besoins, aucun chômage n’est à prévoir.
Contrairement aux vains avertissements écologistes, le secteur pétrolier est lui aussi en pleine expansion. Travaillez chez Total pour exploiter le gaz de schiste ! Les autorisations vont arriver en France ! ( et si vous êtes impatients, partez donc à l’étranger ).
L’étranger ? Là aussi, pensez-y ! L’avenir est de s’installer ( par exemple ) en Chine pour y ouvrir un restaurant. Ou un magasin de parfums et de vêtements made in France.
Travaillez dans le luxe, succès assuré.
Avec l’insécurité grandissante, songez aussi à la police – mais privilégiez plutôt Les milices privées. Attention, ne postulez surtout pas vous-même, il y a quand même des risques, créez et gérez votre propre entreprise !
Mais le secteur le plus ouvert, c’est celui qu’offre l’informatique. Non, inutile d’envisager d’être informaticien, ni même hacker – il suffit de créer une micro entreprise et de savoir se servir d’un ordinateur ! Vous pouvez par exemple imaginer un secteur de vente en ligne. Attention : en tant qu’intermédiaire, toujours.
Il suffit de « mettre en relation » le demandeur et… celui qui peut répondre à la demande. Et ce, dans tous les domaines. Par exemple le co-voiturage, le prêt d’argent ou les rencontres sentimentales ( et plus, si affinités ). C’est fou, le nombre de gens qui se déplacent, ont besoin d’argent… et d’amour !
Dans ce secteur, vous pouvez aussi lancer un site de voyance. Vous n’êtes pas cartomancien ? Ni gourou ? Aucune importance, aucun diplôme n’est exigé ! Affirmez que vous êtes d’une notoriété internationale – et appâtez vos clients au moyen d’un mailing affirmant que le premier contact est gratuit ! Que dire au client potentiel que vous ne connaissez pas ? Très simple : « Oui… je vois… en ce moment, vous avez de graves problèmes ( sentimentaux, d’argent ), vous vous posez des questions sur votre avenir – mais je vois un homme ( ou une femme ) qui s’intéresse de très près à vous et n’ose pas vous le dire. Vous allez bientôt recevoir un chèque ( ou un héritage, ou un contrat, ou la réponse à la demande que vous avez récemment formulée ). » Et s’il n’y a pas de résultat, me dites-vous ? Aucune importance, vous n’avez promis aucune garantie. Assurez qu’il faut attendre encore un peu ( et faites payer le client ). C’est fou, le nombre de gens qui sont prêts à consulter,  et à croire ce qu’ils ont envie d’entendre !
Et si vous avez des scrupules d’honnêteté ( si ce n’est pas le cas, j’imagine que vous êtes déjà passeur de clandestins, trader ou revendeur de drogue ), visez donc le coatching en ligne.
Quel genre de coatching ? N’importe lequel – et n’hésitez pas à viser les secteurs encombrés, ce sont forcément les plus lucratifs !
Ah… zut, vous aimez la lecture, les livres, vous rêvez du monde de l’édition ? Et vous n’avez pas de diplôme ? Pas grave…
Créez une maison d’édition ! Mais si, des millions de gens écrivent et veulent être publiés – sur support papier ( c’est vrai ! ). Certains sont prêts à payer très cher pour avoir leur nom sur une couverture. Alors dites que vous cherchez de bons manuscrits. Et quand vous en recevrez ( si, si, vous en recevrez, et beaucoup, ils ne seront pas forcément bons mais qu’importe ! ), ne prenez même pas la peine de les lire. Ne suggérez aucune correction ou modification ( ça pourrait vexer le client ) et affirmez que c’est parfait, que c’est exactement le genre d’ouvrages que vous recherchiez. Bien sûr, vous prendrez un large bénéfice sur l’imprimeur qui fera le travail. Pas question non plus de diffuser ces publications ( d’ailleurs elles ne se vendraient pas ). L’auteur viendra prendre lui-même en charge dans l’entrepôt les 300, 1 000 ou 2 000 exemplaires de son ouvrage. Qu’il ne sache plus quoi en faire ensuite, ce n’est pas votre problème.
Si quelques scrupules vous restent, vous pouvez aussi, dans le même secteur, proposer vos services comme coatch d’écriture. Vous n’avez rien publié ? Pas grave. Affirmez que des génies comme Hugo ou Flaubert auraient sans doute fait de très mauvais coatchs. Et que les meilleurs directeurs littéraires n’ont en général jamais rien publié. Là encore, quand vous lirez les textes de vos clients, soyez très, très indulgents. Inutile de leur faire améliorer leur style, ou de leur enseigner des rudiments sur la construction d’un récit. Au contraire, flattez les. Et rassurez-vous : les guider ( ou faire semblant ) ne vous engage à aucun résultat.
Ah ! Un dernier conseil : quand vous aurez de l’argent, placez-le. Dans un paradis fiscal, évidemment ( contrairement aux effets d’annonce, ils ne sont pas près de disparaître ) N’hésitez pas à privilégier la Suisse – parce que si la Suisse veut réduire le quota de travailleurs értangers, l’argent étranger, lui, est plus que jamais le bienvenu. Attention : il vous sera cependant difficile d’ouvrir un compte à moins d’un ou deux millions d’euros.
Mieux encore : devenez banquier ! Et si un jour votre banque est au bord de la faillite, pas de panique : l’état ( c'est-à-dire les contribuables ) vous viendra en aide. Parce qu’on sauve toujours les banques. Sans contrepartie. Et avec l’argent public.
Non, non, je ne suis pas un pessimiste – juste un vieux schnock.