Les marais de St Omer, en 1848…
Au moment de mourir, la belle Orpha, au sein d’un famille de pauvres maraîchers ( on disait « jardiniers » à l’époque et ici plus précisément broukailleurs ) ), révèle à la plus belle de ses filles, Flore la rousse… qu’elle n’est pas sa fille ! Bébé, elle lui a été confiée par la famille Manderel, de grands bourgeois de Lille. La nouvelle rassure presque Flore, très attirée  par son frère Baptiste ( qui n’est donc pas son frère, ouf ! )
Flore quitte donc sa famille d’accueil pour se risquer à Lille.
Les Manderel la reconnaissent ( c’est « la fille de Laurencine » ) et la grand-mère, Adélaïde, semble ravie de revoir sa petite-fille qu’elle croyait perdue. Mais l’accueil est plus froid du côté du grand-père Hippolyte-Eugène et de sa belle-soeur Clémence. Son cousin Amaury la courtise – mais c’est finalement l’absent, l’artiste et le bohème Nicolas qui aura ses faveurs. Car la beauté rousse et la candeur de Flore font merveille dans cette famille de la haute bourgeoisie !
Cependant, Flore est obsédée par sa mère, Laurencine, sans doute morte du choléra juste après sa naissance ( mais qui est son père ? ). Bref, les Manderel cachent un secret ( et même plusieurs ! ) que Flore – et les lecteurs - vont finir par découvrir…

Après Le Sabot rouge d’Henry Murger, il m’a semblé intéressant de lire un roman populaire ( « de terroir », dirait-on aujourd’hui ) dont l’action se situe à la même époque.
L’auteur connaît son sujet et n’en est pas à son coup d’essai : Annie Degroote a en effet déroché plusieurs prix avec ses deux premiers romans La kermesse du diable et Le cœur en Flandre.
La différence de ce récit ( et d’une quantité d’autres ! ) avec ceux des auteurs de l’époque concernée ( George Sand, Henry Murger, Eugène Süe, etc. ) est l’absence de longues descriptions et d’anecdotes. Dès les premières phrases, on entre dans l’action et le suspens est là ( Orpha a disparu dans le marais… ). L’auteure a le souci permanent de la vraisemblance et elle use d’un vocabulaire à la fois recherché ( parfois euh… un peu affecté ), historique et local : en Flandre, la Saint Mathias ( 25 février, après le carnaval et avant le carême ) passe pour être le jour le plus froid, les barques à fond plat ( escutes maniées avec une ruie ) sillonnent les marais…
Le fond historique, social et politique est soigneusement peint, de façon réaliste.
J’entends d’ici certains lecteurs de mon blog s’interroger : que Grenier lise les auteurs oubliés du XIXe siècle, passe encore, mais pourquoi diable les écrivains de romans de terroir ( et même, ici, ouvertement féministes et sentimentaux ) contemporains ? Eh bien pour tenter de comprendre les raisons qui poussent des centaines de milliers de lecteurs ( et surtout de lectrices ) à apprécier cette littérature qui tente de faire revivre une France vieille de 100 ou 150 ans ! Car à l’époque des séries télé, des smartphones, des SMS et autres échanges sur les réseaux sociaux, jamais la nostalgie du passé français remythifié n’a été aussi vive !
Etrange ouvrage, par ailleurs, que ce récit sentimental rédigé avec le souci de la précision d’un Michel Peyramaure ! Avouer que La disparue de Salperwick n’apporte rien de neuf à la littérature serait un euphémisme ; cependant, au-delà du style, c’est là un récit qui restitue avec une honnêteté touchante  sinon une époque, du moins un lieu ( les Flandres françaises ) assez peu utilisé dans la littérature. Mœurs, coutumes et ambiance sont un modèle du genre. Et le dernier coup de théâtre est digne des récits d’Hector Malot !

Un autre auteur, oublié ( Chateaubriant – Alphonse, pas René ! ) a peint ( en 1923 ) d‘autres marais et ce même milieu rude et sauvage à l’époque où il existait encore dans un roman qui mériterait, au moins autant que Le sabot rouge, d’être redécouvert : La Brière.