Saad Saad, nous raconte son histoire… et son odyssée :

« Né quelque part où il ne fallait pas, j’ai voulu en partir ; réclamant le statut de réfugié, j’ai dégringolé d’identité en identité, migrant, mendiant, illégal, sans-papiers, sans-droits, sans-travail… Bienvenu nulle part. Etranger partout. »

Saad nous raconte sa naissance, attendue, son enfance sous la dictature de Saddam Hussein, auprès d’un père bibliothécaire, aimant et cultivé ; puis l’arrestation de son oncle Naguib, torturé ; il évoque enfin la guerre et l’injuste embargo de l’Irak : « Pendant que son peuple crevait de faim, Saddam Hussein construisait de nouveaux palais. »

Il raconte encore, à vingt ans, son amour désespéré et avorté pour Leila – puis son départ clandestin pour l ’Angleterre avec Habib et Hatim – et sa halte au Caire où, désormais sans un sou, il se fait recueillir par Boubacar dont il va partager le squat...

Là, il devra affronter la jeune Circé, « docteur en sociologie », que les Nations Unies ont mandatée pour venir en aide aux réfugiés – et ce n’est pas gagné.

 

Si l’on est arrivé à la moitié du récit, Saad, lui, n’est pas au bout de son voyage…

Relaté à la première personne, ce récit apostrophe le lecteur – à tous les sens du terme. Il lui fait prendre conscience d’un fait qui échappe à la plupart des humains : nul n’est responsable du lieu de sa naissance – ni de sa famille ( « Bush est fier d’être américain, comme s’il y était pour quelque chose », nous dit Saad – ou E-E Schmitt ? )

Ce prétendu « droit du sang », si cher à quelques hommes ( et femmes… ) politiques, se révèle un argument imparable pour maintenir hors de nos frontières ceux qui sont nés là où il ne fallait pas : en Afrique, en Irak – ou au Bengladesh.

Avec une langue simple, efficace, un style qui n’exclut ni les exigences littéraires ni l’humour, une langue qui va droit au but ( et au cœur ), cet écrivain tout public, populaire au bon, au vrai sens du terme, se fait ici le héraut des réprouvés et des oubliés. E-E Schmitt nous fait prendre conscience que les temps ont changé : aujourd’hui, il devient de moins en moins légitime de se réclamer d’une race, d’une classe, d’un  pays et de ses frontières. Les humains sont les passagers d’un seul et même vaisseau fragile : la Terre. Que le sort ou la fortune de l’existence les ait placés aux commandes du navire… ou prisonniers dans les soutes ( comme Saad ), leur planète est désormais soumise au même destin.

Avant d’être membres d’une nation, nous sommes d’abord humains. Des humains qui devraient, quelle que soit leur naissance, avoir le droit de survivre sur un monde qui est leur bien commun. Etre né dans l’un des pays les plus puissants ne devrait pas leur donner le droit de se réclamer d’une frontière, encore moins de construire un mur pour se protéger d’une humanité d’autant plus souffrante qu’elle est, malgré elle, au service des plus nantis : ceux qui consomment et polluent… et laisseront à leurs descendants le soin de gérer les causes des inégalités qu’ils auront laissé se perpétuer en toute lucidité.

Ulysse from Bagdad est un livre universel, généreux – et hélas très actuel.

Lu dans sa version d’origine, la belle « collection blanche » d’Albin Michel.
Format idéal, papier magnifique et typographie superbe, qui ajoutent au plaisir de la lecture…