Sam (plus exactement Seyba ), migrant africain de 17 ans, fuit son pays pour gagner l’Europe.

Nous suivons sa « traversée » au moment où, quittant la Syrie, improvisé « barreur » par ses passeurs, il tente de gagner l’Italie de nuit avec une barque en bien mauvais état sur une mer déchaînée, une embarcation qui va finir par chavirer avec sa centaine d’occupants.

En détresse, Sam nage pour sauver les naufragés.

Il récupère une fille de 9 ans, Nafi, à qui il confie un porte-bonheur : une médaille que lui a confiée sa soeur Meïssa. Au fil des heures qui passent, pendant que des migrants se noient sans qu’il puisse intervenir, sa mémoire lui fait revivre les étapes de sa fuite : l’amitié qui le lie depuis toujours à Youssou, son « phaco-frère » qui, au dernier moment a refusé de partir ; son attachement progressif à la jeune ( et secrète ) Thiane qui, elle, fuit vers l’Angleterre pour échapper à celui auquel on veut la marier de force ; son étape à Tripoli où il partagera le sort d’un migrant condamné et désespéré, Samory ; ses négociations avec un autre migrant, Kenjo, qui l’exploite et lui fait comprendre que la détresse de chacun abolit toute solidarité ; enfin, sa rencontre avec Sekou qui, malgré ses 8 ans, va effectuer un lien inespéré entre Thiane et lui…

Ecrit en 2014, ce roman préfigurait l’arrivée massive des migrants qui a défrayé la chronique à l’automne 2015 – et l’ouvrage de Jean-Christophe Tixier est sorti ( bien malgré son auteur ) au moment où des lecteurs indélicats lui ont cru pouvoir lui reprocher de « suivre la mode ». Quand on connaît l’auteur, on sait que seul le sort et le problème des migrants lui importent, et qu’il aurait préféré que l’actualité soit faite d’autres événements moins dramatiques.

En Europe ( en France en particulier ), les migrants apparaissent parfois comme des étrangers indésirables qui viennent déranger notre confort et « manger le pain des Français », comme l’auraient dit, par dérision, un Coluche ou, plus tôt encore, un Fernand Raynaud.

Résolument, Jean-Christophe Tixier place le lecteur du côté de celui qui souffre. Pour des raisons diverses mais qui, toujours, expliquent pourquoi on fuit un pays qu’on aime. Comme si cette souffrance n’était pas suffisante, s’y ajoutent des problèmes financiers, familiaux, sentimentaux, et des ennuis de santé. Le migrant est décidément seul, démuni, exploité – et rejeté bien avant qu’il ne parvienne dans un improbable pays d’adoption.

On a reproché à l’auteur la fin de son récit en forme de point d’interrogation. Eh oui, elle pose une question que le lecteur reçoit en pleine figure, comme pour le mettre face à ses responsabilités et à sa conscience, qu’il a parfois mauvaise…

C’est là un ouvrage court, simple et édifiant.

A mettre entre toutes les mains – mais en priorité celles des collégiens.

Lu dans son unique version, un très beau moyen format.

CG