Etude sur la pensée de Wells de Georges Connes ( Librairie Hachette )

H.G. Wells, parcours d’une œuvre de Joseph Altairac ( Encrage )

Contacté à la fin de l’année 2015 par le Centre Culturel du Pays de Grasse, j’ai ( imprudemment ) accepté d’assurer une conférence sur l’écrivain anglais H.G. Wells qui – je l’ai appris à cette occasion ! – a résidé dans cette ville une dizaine d’années.

Eh oui : il y a fait construire en 1924 la propriété Lou Pidou pour y passer une longue lune de miel avec Odette Keun, l’une de ses maîtresses préférées.

Une imprudence de ma part ? Un peu : si je connais bien une demi-douzaine de romans de Wells, si j’ai lu ( et mis en ligne sur mon site, le 1er mai 2012, la critique de ) la biographie romancée que lui a consacré David Lodge : Un homme de tempérament, je ne sais à peu près rien du reste de l’œuvre de Wells, et n’ai de sa vie que ce qu’en disent David Lodge, Wikipédia et l’Encyclopédia Universalis !

Comme il fallait s’y attendre, je me suis pris au jeu, j’ai tenté de rassembler le maximum d’ouvrages ( ils ne sont hélas pas tous traduits, loin de là ! ) de Wells, et quelques essais que lui ont consacré des amateurs de SF. Entre autres, un essai passionnant publié du vivant de Wells ( en 1926 ! Etude sur la pensée de Wells de Georges Connes) et Le parcours d’une œuvre ( de Joseph Altairac, chez Encrage, en 1998 ).

Qu’on se rassure ; je ne vais pas ici livrer l’intégralité de mon travail, mais un simple résumé de la conférence que j’ai donc, comme prévu, assurée le 13 janvier dernier au palais des Congrès de Grasse…

Dernier né d’une fratrie de quatre enfants, Herbert George Wells naît dans la banlieue de Londres en 1866, et sa famille est plutôt pauvre : un père jardinier, une mère femme de chambre... Le couple n’est pas très uni et l’enfance de H.G. ( dit Aidjie ) n’est guère heureuse.

Il refuse de devenir drapier, envisage une carrière d’enseignant et a la chance de suivre les cours de Thomas Huxley ( le grand-père, entre autres, du futur Aldous Huxley ! ), un ami très proche de Charles Darwin, qui l’a surnommé son « chien de garde ».

Sous sa direction, le jeune Wells étudie la biologie comparée et devient un évolutionniste convaincu ! Il s’initie également à l’astronomie avec Gregory – et au socialisme avec William Morris. En réalité, ce socialisme, c’est la société fabienne ( dont George Bernard Shaw est un membre éminent ), qui prône un collectivisme pacifiste et progressif, loin de la révolution et de la dictature du prolétariat envisagées par Karl Marx.

A vingt ans, il se lance dans le journalisme et publie avec succès quelques nouvelles ( il en livrera 80 entre 1887 et 1910 ! ).

Entre-temps, il se marie avec sa cousine Isabel dont il est amoureux depuis longtemps. Hélas, l’idylle dure peu car Wells la quitte vite pour… l’une de ses élèves : Amy Catherine Robbins ( dite Jane ), qu’il épousera en 1895.

Jane lui restera fidèle et dévouée jusqu’à sa mort, en 1927 ; mais la réciproque ne sera pas vraie, car Aidjie, adepte de « l’amour libre », ne cessera de multiplier les conquêtes féminines, comme le détaille David Lodge dans Un homme de tempérament. Conquêtes d’autant plus faciles que le succès est fulgurant.

Wells publie coup sur coup en :

* 1895 La machine à explorer le temps.

* 1896 L’Homme invisible.

* 1897 L’Ile du docteur Moreau

* 1898 La Guerre des mondes

* 1899 Quand le dormeur s’éveillera

* 1901 Les premiers hommes dans la Lune

En six ans, Wells il devient célèbre et riche – et il a ( faut-il ajouter « hélas » ? ) produit l’essentiel de ce que retiendra la postérité littéraire.

Car il publiera au long de sa vie 226 ouvrages : romans, nouvelles, essais, recueils…

WELLS, PERE DE LA SCIENCE FICTION ?

Souvent, ce terme est réservé à notre bon vieux Jules Verne.

Et c’est pour moi l’occasion de nuancer ici cette affirmation : si Jules Verne, avant ( et pendant ) Wells, a publié chez Hetzel ( de 1863 à 1905 ) 62 « voyages extraordinaires », quelques uns seulement de ces ouvrages ( une dizaine ? liste sur demande ! ) peuvent relever de la SF. Encore faut-il souligner que Jules Verne a certes envisagé la future utilisation de technologies existantes, mais qu’il n’a… rien inventé – sinon, peut-être, le magnétophone ( dans Le Château des Carpathes ).

Le sous-marin ? Sûrement pas : les submersibles existaient déjà en 1870. L’inventeur du sous-marin, c’est l’Américain Fulton, avec son Nautile ( auquel Jules rend hommage en baptisant celui de Nemo le Nautilus ! )

La fusée ? Encore moins puisque les héros de De la Terre à la lune et d’Autour de la Lune utilisent un obus.

On ne peut définir la SF au moyen de ses thèmes, innombrables.

Pourtant, j’ai tenté de les recenser ( dans trois de mes essais ) au moyen de quatre catégories : Autres lieux, autres temps, autres êtres, autres sociétés. Jules Verne, lui, a surtout utilisé les autres lieux… des lieux qui d’ailleurs existent déjà dans leur état actuel ( la Chine, l’Afrique, la Russie, les océans, … ah : oui, le centre de la Terre, tout de même – et la Lune ).

Mais H.G. Wells, lui, a d’un coup, en six ouvrages, conjugué tous ces thèmes : les autres temps ( avec sa machine – personne avant lui ne l’avait fait ), les autres êtres ( avec le Dr Moreau, les Martiens, son homme invisible, les Eloïs, les Morlocks, j’en passe ) – et les autres sociétés, notamment quand ses héros visitent le monde souterrain des Sélénites ( dans Les premiers hommes dans la Lune ) ou ceux du Futur de sa Time Machine

Bref, si Jules Verne privilégie les voyages et l’aventure, Wells s’attache à des inventions innovantes, originales, et surtout aux sociétés nouvelles que ces technologies génèrent.

Ce qui ( à mes yeux ) est le propre de la grande, de la vraie littérature de science-fiction.

WELLS :

UTOPISTE ?

HUMANISTE ?

VISIONNAIRE ?

Sans doute dopé par son propre succès, Wells va très vite ( dès 1901 avec son ouvrage Anticipations ) devenir une sorte de futurologue, de prospecteur de l’avenir humain, en imaginant l’utilisation d’armes nouvelles ( la bombe atomique dans La destruction libératrice ), des moyens modernes d’éducation ou de communication ( par la radio, l’hypnose ). Et surtout, il va devenir un militant infatigable qui tente d’imposer dans tous les pays la nécessité d’un gouvernement mondial.

En effet, Wells voyage et multiplie les interviews ( Lénine, Staline, Roosevelt, Chaplin… ).

Il lutte contre les préjugés, tente d’imposer la liberté et l’égalité ( notamment celle des sexes ).

Il imagine l’essor inexorable des villes, la création d’autoroutes – évidemment, il se trompe parfois.

S’il prédit ( dès 1919 ) les conséquences catastrophiques d’un traité de Versailles qui met l’Allemagne à genoux, s’il envisage la prédominance future des Etats-Unis ( et de la langue anglaise… ou française ), il juge que Staline est « l’homme le plus candide, le plus honnête et le plus juste » qu’il ait jamais rencontré – à l’époque, il n’est pas le seul !

Après avoir publié un grand nombre d’essais et d’ouvrages dans lesquels il conjugue l’utopie d’un monde meilleur et uni, il va partir en croisade pour imposer « La déclaration universelle des droits de l’homme ».

On est en 1939… et la suite, on le sait, lui montrera que son application à la lettre n’est pas pour demain.

H.G. Wells va mourir ( en 1946 ) un peu oublié et passablement amer.

Pourtant, il a jeté les bases d’un genre nouveau que conjugueront nombre d’auteurs, notamment des Américains nés en 1920 ( et après ) comme A.E. Van Vogt, Ray Bradbury, Richard Matheson, Robert Heinlein, Clifford Simak, Robert Silverberg, Philip K. Dick – j’en passe…

Un conseil : si vous voulez vraiment connaître H.G. Wells, évitez le cinéma ( même si certains films des années cinquante respectent le scénario de ses récits ) et…

Lisez ses romans !

Il se pourrait bien que pour vous en convaincre, je vous livre dans les mois à venir le résumé et la critique de certains d’entre eux…