Test

A l’hôtel Alamanda, sur l’île de la Réunion, Liane Bellion monte dans sa chambre à 15H.

A 16H, son mari, Martial, veut l’y rejoindre et constate qu’elle n’y est plus... alors que personne ne l’a vue sortir. Il appelle la police. Entre-temps, Rodin, un Réunionnais rêveur et pêcheur, est assassiné car il semble ( ? ) être témoin d’un rapt

La jeune capitaine Zarabe Aja Purvi arrive et enquête. À l’hôtel, plusieurs employés ont vu Martial monter dans la chambre à 15H15, et en ressortir à15h30, poussant jusqu’au parking un lourd ( et suspect ) chariot de linge... De son côté, le sous-capitaine Christos ( dit Jésus ) constate que des traces de sang, sur les murs de la chambre, appartiennent à Liane Bellion.

Confondu, le meurtrier présumé fuit avec sa fille, la petite Josapha ( dite Sapha, 6 ans ) pour se cacher dans une villa vacante en location...

Après Un avion sans elle et Nymphéas noirs, c’est le troisième roman de Michel Bussi que je lis... sur l’insistance de nombreux amis qui m’affirment, face à mes réserves : Enfin quoi, des romans primés par des dizaines de prix et vendus à des centaines de milliers d’exemplaires, ça n’est sûrement pas sans intérêt ?

Je n’ai jamais dit ça ! J’ai le plus grand respect pour la plupart des auteurs, Michel Bussi y compris ( et même Barbara Cartland, dont certains romans historiques offrent a posteriori des qualités littéraires insoupçonnées ! ), surtout quand ils écrivent avec sincérité.

Ici, à mes yeux ( et une fois de plus ), il me semble que l’auteur n’arrête pas de gagner du temps, de noyer l’intrigue au moyen de descriptions, de dialogues, de scènes vivement menées ( ah... les ébats érotiques de Christos avec sa plantureuse maîtresse ! ) et de cacher au lecteur jusqu’au bout, ou presque, les informations que possède le présumé coupable, Martial.

Une fois sur trois ou quatre, on est dans sa peau et sa tête, même s’il ne dit pas je.

Oui : Michel Bussi utilise ( c’est désormais le cas dans la plupart des romans actuels ), ce qu’on appelle le monologue indirect libre. Or, Martial nous cache quelque chose. Le lecteur le devine – mais l’auteur nous laisse dans le vague, livrant ici ou là une info ou un prénom ( Alex ) nous laissant entendre que Martial a des secrets – un flou artistique qui, évidemment, est la clé de l’intrigue, clé qui nous sera livrée petit à petit, au gré du bon vouloir de l’auteur.

Et ça m’irrite. Car pour ouvrir cette grosse serrure, le lecteur ne dispose d’aucun élément – sauf ceux que l’auteur sortira de son chapeau dans les derniers chapitres…

Un polar, Ne lâche pas ma main ( un titre justifié page… 335 ) ?

Plutôt un magnifique documentaire sur La réunion : ses habitants, son histoire, sa géographie, la faune, la flore, la drogue, le chômage, la circulation, et les termes locaux, dont le roman est truffé, comme si l’auteur voulait nous démontrer qu’il connaît parfaitement les lieux, les rues, les habitudes, le climat... oui, oui, on a compris, vous étiez sur place, cher Michel Bussi, vous vous êtes bien documenté, on s’y croirait, c’est vrai ! Saint Expedit  ( page 271 ) n’échappe même pas à ce catalogue impressionnant.

De chapitre en chapitre, on est ainsi dans la peau et la tête de Rodin, de la jolie capitaine Aja, de son collègue Christos, et même de la petite Josapha, qui porte le prénom de l’aire d’autoroute où elle a été conçue...

Ce qui me gène aussi, c’est la vulgarité du langage de la plupart des personnages ( alors que c’est l’auteur qui s’exprime à leur place ) : il n’en à rien à branler... ça le fait chier... il se prend un coussin dans la gueule. Seule, la petite Sapha y échappe, c’est la seule à dire Je – mais de façon plus littéraire que son âge, sans qu’il y ait chez l’auteur la distanciation du héros de La Machine ( de Belletto ) ou celle du Momo de La vie devant soi ( d’Emile Ajar ).

Michel Bussi, en effet, ne lâche pas la main de son lecteur – mais cette main, multiple ( celle de Martial, de Rodin, de Christos, d’Aja... ) on la sent beaucoup, si j’ose dire.

Et elle me met mal à l’aise, je transpire à force de la tenir.

Si le roman ( 463 pages ) se lit vite, c’est parce que le lecteur ( euh… moi, du moins ! ) juge qu’il y a pas mal de passages dont on pourrait se passer... et de faits que l’auteur tarde à nous livrer. Mais que cet avis personnel ne vous décourage pas de lire Michel Bussi… et vous pousse à me disputer pour la sévérité de mon opinion !

CG