Angleterre, an 1135...

Tom le bâtisseur nourrit un rêve : construire une cathédrale.

Pour l’heure, il bâtit la maison du jeune William Hamleigh, qui doit épouser Aliena, la fille du comte de Shiring. Mais elle refuse le mariage avec William et celui-ci, dépité, licencie Tom.

Accompagné de sa femme Agnes, enceinte, et de leur fille Martha, Tom part à la recherche d’un emploi. Bientôt, le trio est à bout de forces. Agnes accouche, en pleine nature et en plein hiver - et elle meurt. Tom sait le bébé condamné, il l’abandonne…

Par chance, l’enfant est recueilli in extremis et adopté par le monastère de Kingsbridge, dont Philip vient d’être nommé Prieur.

Veuf, Tom est vite recueilli, soigné ( et très attiré ) par l’étrange Ellen, qui est un peu sorcière et mère célibataire de Jack le rouquin…

En quelques pages, situation, décor et personnages sont plantés, et de nombreux destins scellés : Tom sera embauché par Philip pour construire une cathédrale à Kingsbridge ( ce qui lui permettra de voir grandir son fils Jonathan, dont il est seul à se savoir le père ) avec un handicap de taille : Ellen et lui ne sont pas mariés. Et si Tom est pieux, sa compagne et son fils Jack, un garçon aussi brillant qu’attachant, ne le sont guère…

Dans le même temps, William Hamleigh se venge : il dépossède le comte de Shiring, viole Aliena et cherche par tous les moyens à affaiblir Kingsbridge à son profit.

Il ne se doute pas qu’Aliena n’aura de cesse de se venger, elle aussi…

Ce pâle résumé est loin de donner une idée d’un roman majeur et foisonnant. Une fresque inoubliable qui mêle l’histoire de l’Angleterre du XIIe siècle, la vie quotidienne du peuple ( notamment celle des bâtisseurs de cathédrales ), et des intrigues politiques et religieuses. Après mille péripéties, ces intrigues s’achèveront par l’arrivée au pouvoir d’Henry II… et par l’un des meurtres les plus célèbres de toute l’histoire de la chrétienté.

Best seller ? Sans doute. Mais aussi chef d’œuvre !

Rarement un auteur aura su, avec une telle maîtrise, de tels rebondissements ( que de coups de théâtre ! Que d’émotions ! ) et une connaissance si précise des mœurs et coutumes du XIIe siècle, passionner son lecteur en mêlant avec une habileté stupéfiante le sort de personnages aussi attachants : Tom, certes. Mais aussi et surtout la jeune et indépendante Ellen, son fils Jack, promis à un brillant avenir. Et surtout Aliena, ainsi que le prieur Philip, sans parler de William Hamleigh dont le goût du pouvoir, l’ambition et la violence sont hélas caractéristiques d’une époque où la lutte pour survivre, la foi, les intrigues et les meurtres constituaient l’essentiel du quotidien.

Parfois, le savoir-faire de l’auteur, ses connaissances, son souci d’imbriquer et de mêler les intrigues gênent et alourdissent la lecteur. Ici, rien de tel. Même si Ken Follett n’est ni Victor Hugo, ni Margaret Mitchell, ni Umberto Eco, son roman-fleuve ( mille pages ) a le souffle épique de Notre Dame de Paris, la flamme d’Autant en emporte le vent, et le suspens ainsi que les qualités narratives du Nom de la rose. A mes yeux, un tel thriller historique devrait gagner l’adhésion et l’enthousiasme d’un large lectorat, du plus populaire au plus exigeant.


Les piliers de la Terre existent dans de multiples éditions. Après l’avoir dévoré en poche à sa sortie, il y a vingt ans, je l’ai relu dans la magnifique édition en deux volumes sous coffret. Deux grands formats sur joli papier avec de larges caractères : Ellen et Aliena !