Je souris quand on se gargarise de certains mots tendance : liberté, démocratie… j’en passe !

La démocratie est le moins mauvais des systèmes politiques, ne cesse-t-on d’affirmer.

Soit.

Mais de quelle démocratie parle-t-on ?

A Athènes, les citoyens avaient certes le droit de vote – mais pas les femmes, ni les esclaves, ni les étrangers, etc.

On me rétorquera qu’aujourd’hui, la démocratie a fait bien des progrès.

Vraiment ? J’ai des doutes.

A l’heure où Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo se disputent le pouvoir en Côte d’Ivoire, je m’interroge. A en croire les résultats officiels d’une élection à deux tours validée par les instances internationales, Ouattara a remporté ces élections avec 53% des voix. Un résultat contesté par le Conseil Constitutionnel de la Côte d’Ivoire qui prétend que Gbagbo est vainqueur. Récemment, Roland Dumas et d’autres sommités du PS soutiennent… Laurent Gbagbo ! Pourquoi ? Parce que Ouattara semble être favorable au grand capital.

Il faudrait savoir !

Aux USA, George W. Bush avait été réélu avec une marge très maigre. Il est resté Président quatre ans de plus ( et il me semblait assez favorable au grand capital, lui aussi ? ).

Bon… et si la vérité du mot démocratie se situait ailleurs ?

En 1973, au Chili, le socialiste Salvador Allende avait été démocratiquement élu. Presque aussitôt, il a été renversé du pouvoir par la CIA, et contraint au suicide après l’attaque de son palais présidentiel. Et cela, sous les yeux d’une communauté internationale qui a parfois condamné cette action mais a fermé les yeux. Le dictateur Pinochet est mort dans son lit après avoir fait exécuter des milliers d’ « opposants » ( terme impropre puisque ces « opposants » étaient ceux qui soutenaient le régime démocratiquement élu ! )

Plus tard, dans bien d’autres pays du Maghreb ou d’Afrique, quand une majorité se dégageait mais qu’elle semblait dangereuse ou fanatique aux yeux des instances internationales, ces dernières prétendaient que « la démocratie était en danger ». Sous entendez : quand une majorité veut élire un régime qui semble dangereux, c’est que le peuple a mal voté. Il faut donc réagir - et agir ? Mais au nom de quels principes ? Du droit d’ingérence ? Mais ce droit s’applique pour quels pays ? Dans quels cas précis ?

J’ai envie de répondre : « il s’applique quand tel ou tel puissant pays juge que ses intérêts financiers sont en danger », mais j’ai sans doute très mauvais esprit. Pourtant, l’importance des droits de l’Homme en Chine me semble inversement proportionnelle aux chiffres des contrats signés avec ce grand pays…

Dans l’ex URSS, quand le candidat ( unique ) était élu avec 96,78 % des voix, toutes les « démocraties authentiques » ricanaient ! Mais quand ( il y a un an ) François Bayrou ( candidat unique ) a été élu Président du Modem avec 94,69% des voix, personne n’a contesté sa légitimité.

Pour avoir le droit de voter, ma mère a dû attendre 1945.

Aux élections présidentielles de 1965, j’étais marié, prof et j’aurais pu être père de famille. Mais je n’ai pas eu le droit de voter : j’avais 20 ans. En 1968, la plupart des étudiants n’avaient pas le droit de vote.

La démocratie, mais pour qui ? A partir de quel âge ? Et à condition d’élire quel « bon » candidat ?

La démocratie, c’est admettre que peuvent voter des individus capables de juger ; elle permet à un Berlusconi d’être légalement élu et de continuer à gouverner.

Quelques exemples ( Chili, Côte d’Ivoire, Italie… ) qui pourraient nous faire réfléchir sur les applications parfois très contradictoire d’un mot qui décidément tient très mal ses promesses.