Trois jours après l’accident de Fukushima, un débat opposa les partisans de « sortir du nucléaire » à Claude Allègre qui jugea fort malvenu d’envisager un tel débat « à chaud ».
     Deux mois après Fukushima, est-il encore trop tôt ?
fukushima
     Vingt-cinq ans après Tchernobyl ( 1986 ) et trente-deux ans après Three Mile Island ( 1979 ), peut-on enfin reposer la question ?
     Ou bien faut-il attendre 5 000 ans, durée de la dangerosité de la zone de Tchernobyl, ou encore 24 000 ans, délai après lequel le plutonium ( qui sort de nos 59 centrales ) perd... la moitié de sa radioactivité ?
     Au début des années 70, la France jugeait que le nucléaire était la solution à la fois propre ( qui nous libérait du pétrole on n’a pas d’pétrole mais on a des idées, vous vous souvenez ? ) et économique !

     Aujourd’hui, on découvre que les centrales offrent des inconvénients inédits – qui se souvient de l’inondation de la centrale du Blayais, jugulée à temps ? Tremblements de terre, terrorisme, on a tout prévu sauf... l’imprévu, justement !
     De plus, on ne sait toujours pas où enfouir de façon durable et fiable les déchets à longue durée de vie... les inconditionnels du nucléaire sont les premiers à dire : « s’il vous plaît, pas chez nous ! »
     Bah, nos descendants trouveront bien une solution !
     Sauf qu’avec les dangers que l’humanité cumule (zut, c’est vrai, il y a aussi le changement climatique ! ), elle risque de ne plus avoir de descendants, ce qui règlerait la question.

     Reste, pour le nucléaire, l’argument du : « c’est bon marché » !
     Un argument qui s’effrite peu à peu. Parce qu’une centrale vieillit. Il faut l’entretenir, la sécuriser. Sans parler, en cas d’accident, des sarcophages successifs dont elles doivent être recouvertes sans qu’on sache vraiment ce qui se passe au-dessous et combien de temps le dit sarcophage va durer. Pas grave : ce sont Bouygues, Vinci et Areva qui s’en occupent et ça crée des emplois. Sauf qu’au bout de la chaîne, c’est le consommateur qui paie les factures.

     A long terme, les ( coûteuses ) énergies renouvelables risquent de devenir compétitives. Et puis jusqu’à présent, les accidents d’éoliennes et de capteurs solaires sont assez rares...
     En théorie, une maigre portion du Sahara aménagée en capteurs solaires suffirait à alimenter en énergie... la planète ! Tiens, et si on passait à la pratique ?
     Un jeune chercheur a mis au point un groupe électrogène... solaire ! Il fonctionne. Une aubaine pour les pays africains ? Eh bien non, parce qu’il en est de ce genre d’inventions comme des médicaments pour les maladies rares : les fabriquer ne rapporterait rien !

     Pour l’Etat, les énergies renouvelables sont peu rentables. Et puis elles pourraient libérer les particuliers des énergies qu’il contrôle... lui ou des groupes comme Total.
     Une hausse de 15 centimes d’euro du prix du carburant à la pompe rapporte 1,5 milliards d’euros à l’Etat ( pour Total, on connaît le chiffre de ses bénéfices en 2011 ! )

     Notre société de marché a un objectif avoué : non plus améliorer le confort mais créer de nouveaux besoins, qui exigent de plus en plus d’énergie.
     Un exemple ? La voiture hybride. Prenons la Lexus RX 450H. Elle est en vente : 78 000 euros – mais si, vous avez bien lu !
     Ses performances ? 6,3 litres aux 100km en consommation mixte. Et 148 g/km de CO2.
     A qui profite l’hybride ?
     A la planète ? Pas vraiment.

     Là comme ailleurs, peut-être serait-il temps de remettre les pendules à l’heure : nous préparer à gérer la fin des centrales – un héritage déjà très lourd – et à privilégier d’autres modes d’énergies. A vivre en refusant la fuite en avant d’une consommation qui ne fait grossir que les plus nantis. Parce que si certains pays regorgent d’accessoire, d’autres manquent de plus en plus de l’essentiel.
     Ne serait-ce que l’eau potable.
C.G.