Zut, on a encore oublié le nom de l'auteur !

Merci à Françoise Xénakis, l’auteur de Zut, on a encore oublié madame Freud ! ( 1984 ) de me permettre cette parodie.

En effet, ce petit billet n’a ici qu’un objet : m’indigner que soit fréquemment oublié ( à la radio, sur Internet, dans les médias… et surtout à la télé ) le nom de l’auteur du livre dont un film a été tiré.

Evoquant récemment le sujet d’un roman qui a bercé mon enfance ( je l’avais emprunté et je ne le possède pas ), Les Cinq sous de Lavarède, je fais un saut sur Internet : en effet, j’ai un doute sur le nom de l’auteur. Eugène Suë ? Zevaco ?

Surprise ! Les cinq sous de Lavarède n’est pas un livre mais un film, tourné en 1939, dont Fernandel est la vedette.

Je me précipite sur la fiche du film… où ne figure pas le nom de l’auteur du livre.

C’est à la énième occurrence que je finis par apprendre, enfin, que le film est tiré du roman éponyme publié en 1894 par Paul d'Ivoi et Henri Chabrillat, ( il fait partie des Voyages excentriques )

Au cinéma, de plus en plus souvent, il faut attendre longtemps pour voir apparaître ( très brièvement ) au générique de fin le titre et le nom de l’auteur du roman dont a été tiré le scénario. Oubli bizarre, à l’époque où doivent être obligatoirement inscrites la traçabilité et l’origine des produits !

Plus récemment, sur Antenne 2, a été annoncée la sortie d’un film 3D : La nuit des enfants rois. On a tout évoqué : les conditions du tournage, les trucages… on a même eu droit à une interview du réalisateur et de Mathieu Kassovitz, l’acteur qui double la voix du personnage principal. Tout sauf… le nom de l’auteur du roman, sorti en 1981 : Bernard Lenteric !

A sa place, je serais vexé et je vérifierais que mon nom figure, même en tout petit, au générique du film. Ah, zut ! Pas de risque : Bernard Lentéric est mort il y a deux ans.

Un ami, à qui je confiais mon indignation, m’a presque sermonné :

- Au moins, en France, l’éditeur qui vend les droits d’adaptation du roman peut exercer un droit moral sur l’utilisation du récit à l’image. Un droit qui n’existe pas dans bien d’autres pays ( comme les Etats-Unis ) où, une fois le roman « vendu » au producteur, ce dernier en devient quasiment le propriétaire. Et puis au moins, l’éditeur verse à l’auteur du roman la moitié des droits générés par cette vente. Parce qu’il existe une autre pratique moins honnête : un producteur lit un roman et veut en tirer un film ; il demande alors à un ( ou à plusieurs ) scénariste(s) de lire l’ouvrage et de s’en inspirer pour rédiger un scénario suffisamment différent du livre. Cela évite bien des tracas moraux et financiers. Et là, l’auteur du bouquin n’a même pas à protester puisque son nom ne figurera jamais au générique ! Il se trouvera simplement quelques spectateurs pour constater, s’il leur arrive de lire le roman : « tiens… pour écrire son roman, cet écrivain s’est sûrement inspiré du film ! »

Mes jeunes lecteurs ne me demandent-ils pas fréquemment : « Vous allez souvent au cinéma et vous regardez beaucoup la télé pour avoir des idées ? »

CG

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