Est-ce un effet des vacances ou de l’été ?
     J’ai de plus en plus l’impression, à la radio comme à la télé, que l’information n’est plus livrée par des spécialistes, mais confiée au public lui-même par le biais d’interviews complaisantes.
     Il n’y a pas si longtemps encore, les informations livraient soit des faits et du concret, soit des analyses confiées à des spécialistes du domaine en question.
     Mais cet été, la priorité était au qu’en dira-t-on ( DSK est-il encore dans cet appartement ? Qu’aurait-il dit, fait, où a-t-il dîné, qui détient son passeport ? ), assorti d’images vides et d’incertitudes... et aux interviews passionnantes de gens à la campagne ( enquête sur le camping, le caravaning, les tendances écolo dans la cuisine ) ou sur les plages ( reportages sur les sports nautiques à la mode, la température de l’eau, le bronzage, la baisse de fréquentation des bars et restaurants de bord de mer... )
     Est-ce l’influence de TF 1 ou des émissions de télé-réalité ?
     Jamais on n’avait vu autant de vacanciers, de touristes, d’automobilistes questionnés sur leur destination, la durée de leur stationnement sur l’aire d’autoroute, le contenu de leur casse-croûte, les distractions de leurs enfants pendant le trajet.
     A chacune de ces « informations, passées dès 13H10 ou 20H15, je suis consterné !
     C’était comme si on disait au téléspectateur :
     Voyez, n’importe qui peut passer à la télé !
     Vous n’avez rien à dire ? Pas grave, répondez quand même !
     La conclusion du vieux schnock est assez terrifiante... Evitons de parler trop longtemps de sujets sérieux ou difficiles ( La dette ? On n’y comprend rien ! La Libye ? comme c’est compliqué – et puis c’est loin, qu’ils se débrouillent ! ) pour montrer au citoyen lambda qu’il y a ( ouf ! ) des gens comme eux. Des gens préoccupés avant tout par le lieu de leurs vacances, l’état de la météo – ou par les traditions de ce sympathique village de Haute Provence...
     C’est très rassurant de voir sur l’écran des gens comme vous et moi. Avec des préoccupations identiques...
     Sauf que les informations, ce n’est pas fait pour ça.
     Pour ce genre de reportages, il y a des magazines, papier ou télé.
     Mais non : désormais, on nous livre pendant les journaux nationaux, et de façon détaillée, des « informations » qui consistent à livrer la paroles aux familles qui prennent l’apéro dans les campings du bord de mer.
     La vérité, c’est que ça doit tout simplement faire de l’audience. Parce qu’il est plus difficile d’être attentif à un spécialiste qui parle de son sujet que d’avoir l’impression d’être soi-même sur l’écran. Une forme de démocratie qui ressemble à un nivellement par le bas.