En retraite depuis deux ans dans leur petite maison de banlieue, les Maigret reçoivent la visite de Mme veuve Bernadette Amorelle - de la société Amorelle & Campois, sable et remorqueurs.Autoritaire et très sûre d’elle, la vieille dame impose plutôt qu’elle ne propose à Maigret d’enquêter sur le récent suicide suspect de sa petite-fille Monita. Son père, Charles Malik, et son frère Ernest vivent non loin de là. Maigret, assure la riche veuve, dormira à l’auberge de l’Ange, dont la tenancière, peu aimable, malade et portée sur la bouteille, le recevra d’ailleurs fort mal.

Eh oui, car Maigret accepte ! A l’auberge, il croisera d’ailleurs le fameux Ernest Malik, un ancien camarade de lycée que tous surnommaient avec mépris « le percepteur », mais qui semble avoir fort bien réussi dans la vie. Détesté par Bernadette Morelle, l’oncle de Monita assure à Maigret que sa nièce s’est bien suicidée – mais il se fait un plaisir d’inviter son ex camarade à déjeuner, trop content de lui montrer qu’il a réussi dans la vie.

L’absence du fils d’Ernest, le jeune Georges-Henry ( qui semblait amoureux de sa cousine et qu’on semble cacher ) met la puce à l’oreille du commissaire, qui reviendra au Quai des orfèvres pour se renseigner sur le passé trouble des Amorelle et des Campois…

Derrière ce titre banal se cache un petit chef-d’œuvre, un vrai roman policier sans un pouce de graisse, ramassé ( comme la plupart des romans de Simenon ) en une centaine de pages, ce que les Américains appellent une novella.

Un début tranquille, car Maigret est à la retraite… et peu à peu l’intérêt s’éveille. L’affaire ( de famille ) se corse et en véritable Sherlok Holmes de la psychologie, le vieux commissaire devine peu à peu derrière les regards, les silences, les mensonges et dissimulations, que le passé des familles Amorelle et Campois cache plusieurs cadavres dans un placard.

Un roman où Simenon livre le meilleur de lui-même dans de courtes descriptions superbes – l’action se déroule en 1945 et c’est un voyage dans des décors que Carné et Renoir n’auraient pas renié. La scène au cours de laquelle Maigret fuit le repas officiel chez les Malik pour aller cuisiner à l’office de l’auberge où il est hébergé, avec la complicité de la servante Raymonde, est un morceau d’anthologie ! Comme à l’ordinaire avec Simenon, Maigret préfère le hareng et le blanc sec au gigot arrosé de grands crus !

De bistro en auberge, de la banlieue ( Orsenne ) au Quai des Orfèvres, où Maigret retrouve bureaux et collègues, l’enquête mène peu à peu le lecteur de suicide en assassinat, un lecteur stupéfait devant les révélations finales et une étonnante complicité peu à peu nouée entre lui et la véritable héroïne du roman, la vieille Bernadette Amorelle.

Quoi qu’on pense du personnage de Simenon, il reste un maître du récit.

Chapeau bas ( ah… non : aujourd’hui, on dit plutôt « respect », je crois ? )

Lu dans l’intégrale, Tout Simenon – mais qu’importe, car si ce gros volume de 900 pages est un magnifique viatique ( on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture des neuf enquêtes qu’il contient ), ce roman se dévorerait avec n’importe quel support.

Ah… il a semble-t-il fait l’objet, en 1972, d’une dramatique télé avec Jean Richard que je préfère éviter de voir.