Wallander enquête sur le meurtre sordide d’un couple de vieux paysans, les Lövgren, qui ont été sauvagement torturés dans le village de Lenarp. Avant de mourir à l’hôpital, la femme – étranglée au moyen d’un étrange nœud coulant – n’a pu que murmurer plusieurs fois le mot « étranger ».

La brigade tente de dissimuler cet aveu ; mais une fuite va entraîner très vite des représailles racistes au cœur de la population immigrée de la région d’Ystad : appels téléphoniques, menaces anonymes et assassinat aveugle d’un Ivoirien père de neuf enfants.

Aussi, Wallander se trouve confronté à deux enquêtes : la première, liée à l’assassinat du couple, et la seconde, un meurtre gratuit qui révélera l’existence d’une sorte de Ku Klux Klan suédois dont l’origine est liée à une politique d’accueil confuse et mal menée…

Ce sont les assassins du couple qui résistent… un couple plus riche qu’il n’y paraissait, et dont Wallander découvre que le mari, Johannes Lövgren, avait depuis longtemps une maîtresse et un enfant caché. L’un ou l’autre pourrait bien être la clé des atroces tortures que les victimes ont subies… Enfin, étrange leit motiv, il y a ce cheval qui n’a pas henni pendant la nuit du double meurtre parce qu’on lui a servi son picotin - afin qu’il ne donne pas l’alarme ?

Obsédé par le cheval, le nœud coulant et la vie secrète de ce couple, Wallander va de fausse piste en fausse piste. Malheureux en amour ( il aime en secret la belle Anette Brolin, le nouveau procureur ) Wallander est secondé par son collègue Rydberg, qui est atteint d’un cancer et deviendra, dans les épisodes suivants, son « maître à penser ».

« Il a oublié quelque chose, il le sait avec certitude en se réveillant »

L’incipit de Meurtriers sans visage frappe évidemment le lecteur de L’Homme inquiet. Car il préfigure vingt ans plus tôt la déchéance de Kurt Wallander, ce policier suédois qui, dans ce premier opus de la série, fête ses 43 ans. Et l’on sait que Mankell, lui, fera vieillir son héros au rythme exact des parutions de ses enquêtes…

Wallander, ici, est déjà usé, en léger surpoids, porté sur l’alcool et les femmes, divorcé de son épouse Mona, en conflit ouvert avec un père au bord de la sénilité ( un vieux peintre obsédé par le même paysage ) et en conflit larvé avec sa fille qui lui échappe… un quotidien qui rythme la vie de cet enquêteur déprimé et attachant.

Cette première enquête de Kurt Wallander, si elle n’est pas la plus convaincante, est indispensable au lecteur de la série, car elle livre à la fois les clés du personnage et le ton de son auteur : un style sec et dépouillé, une succession de détails souvent sans importance, mais dont le narrateur indirect, Wallander, ignore au même titre que le lecteur s’il n’y a pas là, qui sait ? un élément après tout majeur !

Un vrai roman policier qu’on lira d’une traite et dont on verra au besoin avec profit l’adaptation réussie à la télé ( une série britannique ).

Lu dans la collection Points de chez Seuil, papier léger mais excellente reliure.

Un « poche » d’un poids dérisoire par rapport à ses presque 400 pages !

CG