A Florence, en 1414, Cosme de Médicis prend sous son aile un enfant des rues qu’il devine surdoué : Filippo Lippi. Il le confie au couvent, où le moine-peintre Guido di Pietro lui enseignera les rudiments du métier, où Donatello tente de marcher sur les traces de Giotto.

Hélas, le jeune Lippi a gardé de sa vie d’errance le goût de la liberté. Désertant son gîte chaque nuit, il trouve refuge et consolation auprès des prostituées de Florence… tout en perfectionnant, le jour, ses réels talents de peintre. Bientôt, le discret Diamante, qui a deviné le génie du jeune homme, devient son admirateur et assistant attitré. D’autres peintres, jeunes et talentueux, comme Masaccio, rejoignent bientôt Florence, et Lippi s’en inspire. Il gagne peu à peu en notoriété et en talent.

Mais partager sa vie entre les maisons closes ( où la fidèle Flaminia l’accueille régulièrement) et le couvent pose bientôt problème à Lippi, qui fait… de mauvaises rencontres ! Dénoncé, exilé, il ne doit son salut qu’à Cosme, son fidèle protecteur.

A bientôt soixante ans, Lippi se voit confier la tâche de peindre une vierge… dont il va trouver le modèle, Lucrezia parmi… de jeunes nonnes. Fou amoureux de cette religieuse de 18 ans qu’il ne cesse de peindre, il lui fait un enfant – et il faudra que Cosme, cette fois, aille jusqu’à Rome et au pape ( un vieil ami… ) pour obtenir l’absolution du génial moine amoureux… et père de famille.

Pour un amoureux de Venise ( dont je suis ), de Florence, de la Renaissance en général et des œuvres rassemblées à l’Academie et aux Offices en particulier, l’ouvrage de Sophie Chauveau est mieux qu’une référence : un documentaire précieux doublé d’un roman passionnant ! Ici, outre Cosme, Pierre et ( le jeune ) Laurent de Médicis, on côtoie Masacio ( génie précoce mort prématurément ), Masolino, Uccello, Fra Angelico ; et l’on baigne dans cette atmosphère particulière où l’émulation, l’art et la foi ne cessent de se doper mutuellement.

Gageons qu’un lecteur innocent, aussi peu féru d’histoire que de peinture ne résistera pas à ce récit historique au héros particulièrement attachant. Quand on sait que le fils de Lippi deviendra le compagnon ( et l’amant ) de Boticelli, et que le petit-fils de Cosme est le célèbre ( et sulfureux plus que Magnifique ) Laurent de Médicis… on se précipitera forcément sur les ouvrages de Sophie Chauveau qui sont la suite obligée de l’histoire du Quattrocentto : Le rêve Boticelli, L’obsession Vinci et Léonard de Vinci – la biographie de Léonard.

Lu dans la version poche Folio – mais l’ouvrage a initialement paru en 2004 chez l’éditeur Télémaque. Un conseil : avoir à portée de main, d’une façon ou d’une autre, les reproductions des tableaux de Lippi, via l’Universalis, la Larousse… ou Internet