L'absence du pluriel vous a mis la puce à l'oreille...
     Bien entendu, il y a beaucoup de greniers dans le Périgord, bien davantage encore que de pigeonniers. Il y a sans doute aussi beaucoup plus de trois Grenier, ce nom étant très répandu, en France en général, et dans tout le sud-ouest en particulier.

     Ma femme et moi sommes installés dans le Périgord depuis 1990. Et pour éviter de recevoir ( comme c'était le cas quand nous vivions à Paris ) des appels quotidiens d'inconnus souhaitant me parler, nous avions pris soin de nous inscrire sur la « liste rouge » de France Telecom.
     Or, il y a douze ou quinze ans, je reçois un appel.
     Une voix masculine inconnue me demande :
     — Vous êtes bien Christian Grenier ?
     — Oui. A qui ai-je l'honneur ?
     — Eh bien... moi aussi, je suis Christian Grenier !
     Mon homonyme, un Périgourdin pure souche, me révèle alors qu'il vit depuis plus de soixante ans à Bergerac... et que depuis 1990, il est très souvent dérangé par des inconnus qui croient avoir enfin déniché l'écrivain pour la jeunesse qu'ils cherchaient à joindre.
     Pour me faire pardonner, nous invitons Christian Grenier et sa femme, Agnès, à venir déjeuner à la maison, histoire de mieux faire connaissance.
     Très vite, nous sympathisons, communiquons et allons les uns chez les autres.
     Le 5 juillet, CG2 ( appelons-le ainsi pour simplifier, même si le fait que je suis CG1 peut paraître présomptueux ! ) et Agnès nous emmènent, Annette et moi, en voiture à Cadouin, où mon homonyme a passé toute son enfance.
     Après un excellent repas au restaurant, CG2 nous fait remonter dans sa voiture, Annette et moi, puis m'annonce :
     — Agnès et moi vous emmenons voir quelqu'un, à dix kilomètres d'ici.
     — Un ami à toi ?
     — Pas vraiment.
     — Ah bon... mais enfin, tu le connais bien ?
     — Non. Je ne l'ai jamais vu !
     Le mystère s'épaissit, en même temps que la forêt que nous traversons, avant que nous ne parvenions sur un chemin de terre qui longe de jolis coteaux déserts, peuplés par des troupeaux de moutons.
     CG2 s'arrête enfin devant une magnifique Périgourdine isolée qui domine la vallée. Alerté par notre arrivée ( mais visiblement, nous étions attendus ), un couple d'une cinquantaine d'années jaillit de la maison pour nous accueillir.
     CG2 serre la main de nos hôtes et annonce :
     — Bonjour ! Je suis Christian Grenier. Et voici Christian Grenier, ajoute-t-il en me désignant. Et vous, qui êtes-vous ?
     — Moi ? Christian Grenier ! Ah... alors c'est vous, l'écrivain ?
     — Non. C'est mon camarade. Je voulais lui faire la surprise.
     — Ravi de faire la connaissance de mes deux homonymes ! dit alors CG3. Entrez, nous allons ouvrir le champagne. Et prendre quelques photos de l'événement. Figurez-vous, m'avoue-t-il, que ma femme et moi avons parfois reçu du courrier à votre nom... enfin, au mien — mais j'ai fini par découvrir votre adresse et par vous le faire suivre. Dommage, car il est arrivé que j'ouvre la lettre et que je découvre un chèque !
     — Vous auriez même pu le toucher... puisqu'il était bien à votre nom !
     — Oui. Mais je suis forestier, je gère des gîtes ruraux, j'élève des moutons... et les chèques provenaient d'éditeurs, je savais qu'ils ne m'étaient pas destinés !
     Les trois CG ont passé quelques heures ensemble — mais ils se sont promis de se revoir.
     Et ils ont pris quelques photos de leur inoubliable première rencontre !
     CG