1911…

Au Pays de Galles, le jeune Billy, 13 ans, descend pour la première fois à la mine avec son ami Tommy Griffith, dont le père est un révolutionnaire. Très vite, il fait figure de héros après un sauvetage audacieux. Sa sœur, la belle Ethel, qui travaille comme servante au domaine voisin, tombe amoureuse de son riche patron, le comte Fitzherbert, dont la sœur Maud affiche un ardent féminisme. Maud et Ethel deviennent vite complices. Mais tandis que la servante se fait engrosser ( puis éconduire ) par son patron indélicat, Maud, elle, prend conscience qu’elle aime Walter von Ulrich, un Prussien qui travaille à l’ambassade d’Allemagne à Londres - mais en ces temps troublés, le père de Walter s’oppose à toute liaison avec une Anglaise ! Heureusement, le diplomate américain Gus Dewar est là pour servir d’intermédiaire… d’abord pour le couple. Ensuite pour représenter les intérêts de son pays, quitte à se livrer à l’espionnage.

Au même moment arrivent en scène le jeune Russe Lev Pechkov et son aîné, Grigori. Ce dernier est un filou qui aime autant le jeu que les femmes… Lev sauve la vie d’une jeune fille, Katerina, qu’il recueille et dont il tombe amoureux – mais hélas, c’est Grigori qu’elle aime – et c’est lui qui lui fera un enfant ! Et quand se présentera pour les frères Pechkov l’occasion de s’exiler aux USA, Lev cèdera généreusement la place à son frère, en prenant son identité… qui est hélas celle d’un criminel recherché !

Ainsi se tissent peu à peu plusieurs destins, humains et internationaux.

Prolétariat, noblesse, ouvriers, aventuriers et diplomates, intrigues amoureuses et politiques… dans cette fresque sont représentés le pays de Galle ( Ken Follett est Gallois ! ) les Etats-Unis, la Russie, l’Angleterre et l’Allemagne – dommage que la France soit si absente !

Si de multiples liens ( parentés, sentiments et/ou intérêts, d’ordre politique ou financier ! ) se nouent au fil de cette histoire, c’est surtout l’Histoire qui est au cœur du récit. En effet, un conflit mondial se prépare ; et même si la plupart des protagonistes agissent pour l’éviter, la guerre s’annonce inévitable ; et l’auteur prend un malin plaisir à montrer, personnages en main, la façon dont éclate inexorablement le premier grand conflit mondial…

 

A moins de se résigner à le faire en plusieurs pages, il semble impossible de mieux résumer le début d’un roman fleuve qui en comporte mille, et dont le flot impétueux emportera le lecteur !

Attention : c’est là une œuvre à la fois colossale et majeure !

Ken Follet ? On le connaît grâce à ses romans d’espionnage, mais aussi et surtout grâce au succès mondial ( et mérité ) des Piliers de la Terre, et de sa suite, Un monde sans fin, dont j’ai dit le plus grand bien il y a quelques années. Parfois, il est bon de se méfier d’un best seller… ou d’un auteur à succès. Avec Ken Follett, ce n’est pas le cas. Disons-le clairement : avec ce qui s’annonce une fort ambitieuse trilogie, l’auteur a pris bien des risques !

Il nous brosse ici une galerie de portraits précis, passionnants, attachants, et il tisse les fils complexes, et pourtant cohérents, d’une intrigue à multiples détentes ( et à croisements habiles ) qui, au moyen d’une fiction remarquablement documentée, éclairent le conflit de 14/18. Rarement des fictions auront été aussi finement imbriquées à l’Histoire.

Des risques ? En effet.

Les personnages sont nombreux ; les intrigues font rebondir sans cesse l’action ; et les réflexions pertinentes de l’auteur rendent la lecture passionnante et fluide, un vrai défi !

La lecture d’un tel best seller n’a pourtant rien à voir avec les fictions historiques du genre Angélique. Il faut parfois s’accrocher – j’avoue même avoir négligé le rappel des personnages en tête d’ouvrage pour prendre des notes personnelles, afin de mieux me repérer… une précaution d’autant plus utile qu’à moins de disposer de plusieurs jours de liberté, la lecture de ce monument nécessite quelques pauses, donc de quoi perdre quelques fils.

Un monument ?

Sans aucun doute ! Ajoutons que Ken Follet, dont l’épouse est travailliste, ne cache pas ses opinions. Après avoir lu Les Misérables, j’avoue ne pas avoir été dépaysé avec la première partie du Siècle. En ce début de XXIe siècle, Ken Follet semble avoir à la fois l’humanisme d’un Dickens et la verve d’un Hugo.

Lu dans la belle version grand format, un superbe ouvrage souple, très beau papier et typographie impeccable. Un vrai plaisir de lecture !