Les vieux schnocks ont encore en mémoire le refrain de ce vieux tube ( 1966 ) de Jacques Dutronc. Le texte a peut-être vieilli ( Sept cent millions de chinois… leur chiffre a doublé ! ), mais sa critique implicite ( celle du « moi d’abord ! » est plus que jamais d’actualité.

Dans un billet précédent, je m’insurgeais contre l’américanisation du langage qui faisait passer le JE avant les autres.

Ainsi, de même que le film Le roi et moi est devenu… Moi et le roi, on se fait passer désormais avant les autres, du moins en littérature. On n’écrit plus : mon père et moi, ma famille ou ma femme et moi, mais moi et mon père, moi et… les autres.

On me rétorquera qu’on ne fait ainsi que reproduire la règle grammaticale anglo-saxonne.

Et seuls les mauvais esprits ( comme moi ! ) jugent que cette nouvelle règle sémantique appliquée chez nous… a sans doute des répercussions sur le comportement individuel !

Désormais, dans le métro, la rue, le train, à table, en société ( et même ailleurs ! ), on passe ( hum… on se fait passer ) le premier : premier à monter, à se servir, à parler ( de soi ) – les autres viennent après.

Et qu’importe si ce que je fais perturbe ou gêne le plus grand nombre !

Autrefois, on apprenait aux enfants à se taire et à écouter d’abord. Et quand un journaliste interviewait un invité… il le laissait parler.

Aujourd’hui, les enfants ont la priorité partout, et le journaliste s’accorde le droit ( le devoir, parfois ? ) d’interrompre celui auquel il a posé une question pour lui faire savoir que la réponse ne correspond pas à ce qu’il attendait, qu’elle est trop longue, qu’il a tort, ou qu’il faut passer à un autre sujet.

Bon, on va m’accuser d’être «  de la vieille école », un nostalgique ringard de la politesse et de ce qu’on appelait autrefois les « bonnes manières » ou encore le « savoir vivre ». Des expressions surannées qui pourtant témoignaient de la nécessité de vivre en communauté, quitte à mettre un peu d’huile ( la politesse, les égards, certaines conventions ) dans les rouages d’une société, afin que l’intérêt commun passe avant l’individu(alisme). Et pour que l’éducation suggère que le moi n’a pas toujours la priorité. Ou que, en grammaire comme ailleurs, « le masculin l’emporte » !

Moi et mes fidèles lecteurs conviendrons ( hum, cette formulation vous convient, vraiment ? )

Reprenons : mes fidèles lecteurs et moi conviendrons que certaines forme de convenances, qu’elles soient d’ordre littéraire ou social, seraient fort utiles pour une société plus… harmonieuse.

Comment les jeunes appellent-ils cela ? Ah oui : le respect !

Parce que si l’enfer c’est les autres ( JP Sartre dixit ), le paradis risque d’être triste quand on s’y retrouve seul.

Pour mémoire, voici les paroles de la chanson :

Sept cents millions de Chinois
Et moi, et moi, et moi
Avec ma vie, mon petit chez-moi
Mon mal de tête, mon point au foie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Quatre-vingt millions d'indonésiens
Et moi, et moi, et moi
Avec ma voiture et mon chien
Son Canigou quand il aboie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Trois ou quatre cent millions de noirs
Et moi, et moi, et moi
Qui vais au brunissoir
Au sauna pour perdre du poids
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Trois cent millions de soviétiques
Et moi, et moi, et moi
Avec mes manies et mes tics
Dans mon petit lit en plume d'oie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Cinquante millions de gens imparfaits
Et moi, et moi, et moi
Qui regarde Catherine Langeais
A la télévision chez moi
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Neuf cent millions de crève-la-faim
Et moi, et moi, et moi
Avec mon régime végétarien
Et tout le whisky que je m'envoie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Cinq cent millions de sud-américains
Et moi, et moi, et moi
Je suis tout nu dans mon bain
Avec une fille qui me nettoie
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Cinquante millions de vietnamiens
Et moi, et moi, et moi
Le dimanche à la chasse au lapin
Avec mon fusil, je suis le roi
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie

Cinq cent milliards de petits martiens
Et moi, et moi, et moi
Comme un con de parisien
J'attends mon chèque de fin de mois
J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie, c'est la vie