A Vienne, vers 1918…
Ce jour-là, l’attitude du jeune étudiant Stanislas Demba semble très suspecte. Il demande à l’épicière de lui beurrer ses tartines, il laisse le chien d’un passant indélicat les dévorer sans vraiment réagir. Alors qu’il engage une conversation littéraire avec une jeune fille qui semble très bien disposée à son égard, il prétend avoir eu les bras arrachés…
L’explication de ce comportement stupéfiant et de mensonges accumulés et maladroits se révélera peu à peu au lecteur, au cours d’un long flash-back : comme son ancienne petite amie, Sonia Hartman, s’apprête à le quitter pour partir avec son nouvel amant Georg Weiner en vacances à Venise, Stanislas Demba s’est ( très imprudemment ) mis en tête de trouver de l’argent pour proposer à la jeune femme un voyage encore plus séduisant. A cette fin, il a dérobé la veille trois livres de prix à la Bibliothèque municipale, ouvrages qu’il a tenté de revendre. Mais son acheteur potentiel, méfiant, a alerté la police qui lui a passé les menottes avant que le coupable ne parvienne à s’enfuir !
Aussi, sa quête en est d’autant plus difficile : comment, en moins de vingt-quatre heures, se procurer la somme du voyage sans montrer ses mains garnies de ces bracelets compromettants ? Une performance physique que l’auteur transforme en performance littéraire.

Le Pragois Léo Perutz ( 1882-1857 ) a parfois été comparé à Kafka. Son troisième roman Le tour du cadran, eut un succès considérable à sa sortie. La MGM en acheta les droits et Hitchcock se serait inspiré de la situation du héros dans son film The Lodger.
Aujourd’hui, si ce récit semble daté dans ses caractères et son cadre, il reste à la fois un témoignage historique et une sorte de novela baroque, dont l’amateur de littérature appréciera les métaphores : derrière son attitude comique, au bord du ridicule, Stanislas Demba se débat dans une impasse tragique. Il a en effet les mains liées jusqu’au bout, prisonnier d’une passion qui n’est plus partagée et d’une obsession vaine, renforcée par l’attitude de celle-là même qui l’a quitté.

Lu dans une version poche de luxe, un petit ouvrage impeccable, à la jolie couverture ocre et au superbe papier blanc, de la collection Titres chez Christian Bourgois.