Mariée à Stephen et mère de deux grandes filles, Gill apprend le décès ( suicide ? ) de sa tante Rosamund, morte en enregistrant une série de cassettes. Célibataire sans enfants née avant la dernière guerre, Rosamund a légué ses biens à Gill, à David ( son neveu ) et… à une mystérieuse Imogen – Gill a le souvenir d’une petite fille aveugle entrevue une seule fois chez sa tante dix ans auparavant. Un mot bref de Rosamund demande à Gill de partir à la recherche d’Imogen, à qui les cassettes sont destinées.

Faute de la retrouver, Gill les écoute…

Il s’agit d’une longue confession orale, enregistrée par la défunte qui se sert pour l’occasion d’une vingtaine de photos caractérisant sa vie : l’histoire de Rosamund, certes, mais surtout celle d’Imogen. Fascinée par Béatrix, sa cousine germaine ( la future grand-mère d’Imogen ! ) mal aimée par ses parents, Ros grandit avec elle ; elle relate un incident en apparence mineur : la disparition de Bonaparte, le chien bien aimé d’Ivy, la mère de Béatrix dont sa fille avait la responsabilité.

Mal mariée trop jeune, Béatrix a aussitôt une fille, Théa, qu’elle confie à Rosamund et à Rebecca ( la tante de Gill comprend vite qu’elle est homosexuelle ) avant de filer vivre sa vie au Canada avec un amant de passage.

Théa grandit donc entre ces deux femmes aimantes avant d’être reprise en main par sa mère légitime… Théa va hélas reproduire le schéma maternel : avoir un bébé ( Imogen ) qu’elle n’aimera jamais, et que Rosamund devra à nouveau recueillir et élever …

Gill et sa famille feront désormais tout pour retrouver Imogen, la dédicataire des cassettes, avant de découvrir quelques terrifiantes vérités…

 

Ce livre est l’un de ceux que mon éditrice, Caroline, m’a offert lors de notre séjour commun au salon Etonnants Voyageurs de St Malo. Il est doublement dédicacé – par Caroline mais aussi par cet auteur anglais dont j’avais déjà lu ( et aimé ) en 1995 son Testament à l’anglaise.

Cette lecture, originale, est touchante, à la fois grâce à un style efficace et simple ; mais aussi grâce à de riches métaphores, comme cette « pluie avant qu’elle tombe », la seule pluie que la jeune Théa affirme aimer – même si elle reconnaît qu’ « avant de tomber, la pluie n’existe pas ».

Même si Gill semble être la narratrice et Imogen le personnage central, c’est bien du destin de Rosamund dont il est surtout question ici : la fascination de Ros pour sa cousine Béatrix, son attirance pour les femmes, sa vie affective ( souvent secrète !) marquée par la passion qui l’a reliée à Rebecca : pas simple, d’être homosexuelle dans les années soixante…

C’est aussi une réflexion indirecte sur le désamour des mères pour leur(s) fille(s) : si Imogen est aveugle, c’est ( on l’apprendra au fil du récit ) par la faute de sa mère Théa. L’aveuglement est aussi l’un des symboles de cet ouvrage dont la lecture ne peut laisser aucun lecteur indifférent.

Le procédé narratif ( revivre des événements grâce à quelques photos ) de l’auteur rappelle évidemment celui d’Annie Ernaux dans l’un de ses plus beaux ouvrages : Les Années.