A Toulouse, le Kanak baraqué Renato Donatelli est un flic honnête. Et têtu.

Il rêve d’être muté dans son île mais se heurte à sa hiérarchie : dans la brigade des stups, il doit fermer les yeux sur de vilaines combines… jusqu’au jour où, suite à une perquisition liée à la drogue, il découvre un vrai carnage dans un appartement.

La curiosité le pousse à enquêter en solitaire… et à comprendre qu’il s’agit là d’une vengeance liée au vieux conflit ( 1994 ) des Hutus et des Tutsis, conflit dans lequel les rescapés des anciennes victimes sont sans doute devenus des assassins.

Renato n’est pas seul : la ( très séduisante ) médecin légiste Avril Amandier devient peu à peu sa complice ( et plus si affinités ) dans une enquête qui va les mener jusqu’à un étrange sacristain. A des identités camouflées officiellement… enfin, presque ! A un dénommé Guillotine qu’il faudrait découvrir et interroger.

Enfin, à un possible coupable : un vrai faux Paul Yaounda.

Renato et Avril… ce couple improbable est doublement coincé par une phobie : pour l’un celle de l’eau, à cause d’un requin tueur dont il porte l’une des dents en guise de souvenir ; pour l’autre celle d’un père policier mort dans l’explosion d’AZF…

De son côté, la Crim enquête elle aussi, avec un novice, Jérôme Cussac ( surnommé Six… c’est son ordre hiérarchique – et peut-être un faux double de l’auteur ? ) qui tombe sous le charme d’une agent de la DGSE, une Mélanie Dupond dont les patronymes cachent une Juliette plus retorse qu’elle ne le paraît…

Toutes ces pistes vont finir par se croiser, se rejoindre – à coup de fausses pistes et de très méchants règlements de compte. Jusqu’à un double coup de théâtre final très inattendu !

Heureusement, Renato a la peau dure… même s’il a peur de l’eau !

En 2009, Christophe Guillaumot créait la surprise avec Chasses à l’homme, un polar qui décrochait le Prix du quai des orfèvres. J’en ai dit le plus grand bien en son temps.

Mais cet écrivain, qui cache un ( vrai ) capitaine de police, récidive avec un roman passionnant, haletant de la première à la dernière page !

L’auteur a créé un personnage fort ( à tous les sens du terme ) et attachant. La tension ne cesse de monter jusqu’à un sommet ( les chapitres 14 et 15, un morceau d’anthologie digne de Tarantino ! ) dans lequel les nœuds du récit s’éclairent grâce à la rencontre des protagonistes principaux… chapeau !

En même temps, ce roman, fort bien documenté, revient à point nommé sur un conflit dans lequel la France n’a pas eu le beau rôle : « Dans les années 80, la France ( souhaitait ) étendre son influence sur les pays africains francophones ( … ) en apportant à ses dirigeants hutus un soutien militaire. » Mais « la force d’interposition entre les deux ethnies ne fut mise en place qu’à la fin des massacres. » ( p. 266 )

Christophe Guillaumot a utilisé ces vieux faits pour bâtir un récit à la fois vraisemblable et terrifiant, avec pour décor une ville de Toulouse haute en couleur ( rouge brique, forcément ).

J’avoue avoir été bluffé par ce récit au présent, mené tambour battant ! Et dont le réalisme et la documentation m’impressionnent, moi qui ignorais jusqu’ici ce qu’était… une mexicaine.

Lu dans un super Poche très noir… avec un beau papier très blanc !