Dans le New Hampshire sont découverts, soigneusement empilés au pied d’un chantier d’autoroute, 24 cadavres d’hommes et de femmes inconnus récemment abattus d’une balle dans le cœur. Aucune autre violence, aucun signe de résistance de leur part.

Suicide collectif ? Exécution des membres d’une secte ?

Impressionné et intrigué, le colonel Stu Sheridan aimerait bien enquêter… mais voilà : le FBI s’empare aussitôt de l’affaire et livre des consignes de discrétion absolue.

Peu après, l’adjoint de Sheridan, le lieutenant Garcia, découvre non loin de là des locaux désaffectés dans lesquels les victimes ont sans aucun doute été séquestrées – et même torturées – une façon de poursuivre discrètement l’enquête en laissant le FBI de côté puisque seule la police sait que ces deux découvertes sont liées...

Parallèlement ( et à deux pas des lieux de ce drame ), le jeune universitaire Frank Franklin, auteur d’un brillant essai sur l’écriture romanesque ( mais écrivain raté – il rêve d’écrire un roman mais ne sait par quel bout le commencer ), se rend au Durrisdeer College pour y assurer des cours de « creative writing » à un groupe de futurs grands élèves très demandeurs, à peine moins âgés que lui, des jeunes gens très farceurs...

Mais voilà : le Durrisdeer College est isolé dans un domaine immense, hostile, presque gothique – et l’accueil assez étrange, sans doute justifié par la personnalité excentrique du riche fondateur décédé de cette vieille institution : Ian E. Iacobs.

Heureusement, la jeune et jolie Mary Emerson, la fille du Directeur, devient rapidement ( et discrètement ) la maîtresse de Frank.

De son côté, Stu Sheridan découvre ( enfin ! ) un indice, un lien qui semble relier les 24 ( en réalité 25 ) victimes : toutes ont lu, possédé ou emprunté l’un des nombreux ouvrages d’un mystérieux ( et très provocateur ) auteur contemporain : Ben O. Boz.

En effet, dans chacun de ses ouvrages est décrit par le menu un meurtre qui rappelle ( et préfigure ! ) ceux dont l’actualité se fait l’écho. Faute de pouvoir dénicher Ben O. Boz, Stu Sheridan décide de faire appel à un spécialiste du roman, un jeune universitaire ( Franck Franklin, évidemment ) qui explique précisément comment et pourquoi un écrivain utilise la réalité pour nourrir ses fictions ( à moins… que ce ne soit l’inverse ).

La principale qualité de ce polar ( qui se révèle un vrai policier, même si le principal suspect est vite identifié ) est qu’il se lit facilement – c’est ce qu’on surnomme un page turner. Nul doute que le jeune ( 32 ans ) Romain Sardou maîtrise son sujet et sait entraîner son lecteur. Il souffle tour à tour le chaud et le froid – comme le font avec Franck Franklin les élèves rassemblés en un club rigide, inquiétant et macabre.

A chaque meurtre, l’assassin tue ses victimes d’une façon horrible et originale afin de rédiger son récit de la façon la plus réaliste possible – l’écriture est donc une façon ( littéraire ) de signer officiellement ses crimes. Un procédé dont l’humour n’est pas exclu puisque le manuscrit sur lequel travaille Ben O. Boz s’appelle très officiellement… le Cercle des suicidés !

Deux petits bémols : ce roman ( français ) baigne dans une ambiance et des paysages typiquement américains, que l’auteur connaît bien : noms, rues, chansons, références… pas une page sans qu’il en soit fait mention, d’une façon si précise que le lecteur peut se demander si Romain Sardou n’a pas un peu de Ben O. Boz en lui… A cet égard, on comprend assez mal comment deux personnages « en viennent vite à se tutoyer » puisque de toute évidence, ils communiquent en anglais ! Le dernier ( petit ) reproche concerne la fin du récit, qui semble quelque peu forcée et conduite artificiellement afin que le retournement final cadre jusqu’au bout avec le plan diabolique du meneur de jeu.

Lu dans sa version grand format, très classique, sobre – un vrai livre à la typographie large et aérée.