A Catane, le commandant Salvatore Piracci se fait aborder par une jeune femme à laquelle il a autrefois sauvé la vie : officiant sur un navire chargé de repérer les migrants, il l’a recueillie alors que leur radeau allait sombrer – puis…livrée aux autorités, c’est là son métier.

L’inconnue lui demande un ( nouveau ) service : lui confier une arme avec laquelle elle tuera le responsable des passeurs, un certain Hussein Marouk. Ce malfrat l’a ruinée avant de l’abandonner en pleine mer avec des dizaines d’autres migrants, la plupart on péri.

Elle y a perdu son enfant ; désormais, sa vie n’a plus de sens.

Parallèlement au récit de ce destin ( relaté au passé et à la 3ème personne ), on suit la longue odyssée du jeune Soleiman qui, avec son frère Jamal, a décidé de quitter son pays pour gagner l’Europe. Un long périple solitaire ( Jamal, malade du Sida, le laissera à la frontière ) au cours duquel le jeune homme se fera lui aussi dévaliser avant d’être aidé par Boukabar le boiteux – une quête qui les mènera à Ceuta, face à une double haie de barbelés que tenteront de franchir, avec eux, cinq cent migrants soucieux de gagner le sol espagnol…

Entre-temps, bouleversé par la rencontre de cette migrante, Piracci agresse un passeur et se fait arrêter ; refusant de livrer son identité, il achète un bateau et part, devenu une sorte de migrant volontaire ; il a perdu le goût de la vie, «  tari comme une vieille outre sèche (…) son corps pouvait encore durer, il n’était ni vieux ni malade. Mais l’esprit était sec »

Le récit s’achève avec la ( brève ) rencontre entre Soleiman et lui, au moment où le premier gagne enfin la liberté alors que Piracci perd la vie…

Publié en 2006, ce récit n’a pas ( hélas ) pris une ride. Saluant l’œuvre de l’auteur du Soleil des Scorta ( Prix Goncourt 2004 à ne pas rater ! ), L’Express évoquait « voyage initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption »… Tous ces thèmes sont en effet traités ici avec une grande pudeur et une économie de moyens qui rend ce court roman ( 220 pages ) accessible à un jeune public. C’est d’ailleurs ma petite-fille Camille ( 16 ans, en Seconde ) qui, bouleversée, me l’a recommandé. Avant Eric Emmanuel Schmidt ( Ulysse from Bagdad ) et l’auteur jeunesse Jean-Christophe Tixier ( Le passage ), Laurent Gaudé nous offre ici un double destin ( mais un point de vue multiple, jamais manichéen), une réflexion sur les migrants et aussi une grande leçon d’humanité.

CG