Rèm, qui vient de perdre son père, doit prendre sa place : celle du conducteur de la draisine qui assure la liaison entre La Réserve, où il vit avec des compagnons d’infortune, et le mystérieux « Centre » – certes inaccessible, mais qui livre aux habitants de la Réserve les provisions qui leur permettent de subsister. En échange de quoi, Rèm leur livrera le bois qui, semble-t-il, leur est nécessaire. A cette responsabilité nouvelle ( jusqu’ici, il conduisait surtout avec sa draisine les élèves de l’école ) qui le hisse au niveau adulte, s’ajoute l’annonce de son mariage avec la belle et athlétique Raga – un choix qui n’est pas le sien…

Eh oui : dans la Réserve, les lois sont strictes et les tâches préétablies, comme le prouve le surnom de certains responsables comme le Mouchard, l’Epervier et les Membres du Conseil qui gèrent le quotidien. En effet, une fois par mois, il faut accueillir ( selon des règles strictes et discrètes ) les mystérieux Bûcherons, dont on ne voit jamais le visage…

Qui sont-ils, et pourquoi aucun contact n’est-il possible avec eux ?

Pourquoi ( et depuis combien de temps ? ) Rèm et ses compagnons sont-ils ainsi confinés dans ce lieu fermé, aux règles immuables ?

La cause en est-elle cette fameuse et mystérieuse « Catastrophe Primordiale » ?

Grâce à Raga la téméraire et à plusieurs incidents fortuits, Rèm finira par avoir la réponse à ces questions qui ne cessent de s’accumuler au fil du récit...

Il faut attendre les révélations finales pour comprendre ( mais les lecteurs les plus perspicaces l’auront deviné) que ce récit, dont l’action se déroule dans le futur, relève à la fois de la science-fiction… et de l’écologie ! A l’époque où fleurissent les fameuses « dystopies » ( le plus souvent anglo-saxonnes ), il serait bon que les adolescents lisent ce récit publié à l’origine chez Gallimard Jeunesse ( c’est le dernier de la défunte et excellente collection Page Blanche, destinée aux jeunes adultes ) et fort heureusement réédité – son titre d’origine était La réserve des visages nus. Son auteur, Jean-Yves Loude, est avant tout un ethnologue ; et sa connaissance des peuples et de leurs coutumes rend ce récit crédible et réaliste. Son épilogue fait d’ailleurs la jonction avec des événements de la fin du XXe siècle… et le sort de certaines populations condamnées à court terme par une catastrophe… Ici, le langage utilisé par les indigènes est celui des Kalashs ( à la frontière du Pakistan ) que Jean-Yves Loude connaît bien puisqu’il a partagé leur sort, appris leur langue et étudié leur culture pendant de nombreux mois.

CG

Lu dans son unique version actuelle, un joli mais modeste grand format. Belle couverture colorée et papier blanc épais.