Dans le cadre de ses recherches, une jeune doctorante, Amélie Rebours, m’a posé une série de questions sur mon intérêt pour la science-fiction.

On trouvera ici ( le début de ) mes réponses.

1/ Pourquoi avez-vous commencé à écrire de la science-fiction en particulier ? (intérêt depuis tout petit, fascination autour du cinéma de SF…)

J’écris depuis mon plus jeune âge. Dans tous les domaines.

A 10 ans, abonné au magazine Tintin, j’ai été passionné par Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Un an plus tard, j’ai découvert Jules Verne, Jack London, Edgar Poe et je me suis mis à écrire, sur des cahiers, des nouvelles fantastiques et des romans d’aventures sur le modèle de ces grands maîtres.

Le cinéma ? Certainement pas. J’y allais rarement.

Je fréquentais surtout le théâtre ( classique ! ) et Britannicus m’a beaucoup plus marqué que Planète Interdite – la SF, au cinéma, était d’ailleurs quasiment inexistante à la fin des années cinquante.

En 1957 ( j’avais 12 ans ) j’ai vécu en direct le lancement du premier Spoutnik, l’odyssée de Laïka, jusqu’au premier tour de la Terre en orbite de Gagarine, en 1961.

Si quelque chose m’a fasciné, ce sont les débuts de la conquête spatiale : je me suis construit une lunette astronomique, j’ai dévoré les magazines et ouvrages qui traitaient de l’univers ( L’Astronomie de Pierre Rousseau, venait de sortir au Livre de Poche ! ).

Certes, j’ai alors commencé à tâter de la SF dans mes écrits – mais pas que, comme on dit ! Marié, prof de Lettres, déjà politiquement engagé et soucieux du devenir de l’humanité ( le mot écologie n’était pas à la mode ), j’ai écrit ( toujours sur des cahiers ) en 1966 un roman policier puis, en 1967, un récit très inspiré du Nouveau Roman ; Nation Dauphine ) – sans jamais songer à proposer ces textes à un éditeur.

En 1968, ma femme m'a offert une machine à écrire. Pour la première fois, j'allais pouvoir taper mes textes ! Je venais de lire La nuit des temps de Barjavel. Mon épouse, qui connaissait mal la SF, avait été impressionnée par ce récit, dont la fin pessimiste l’avait bouleversée.

— Si c'est ça, la SF, m'a-t-elle dit, je n'en lirai plus jamais !

— Rassure-toi. Je vais t'écrire un roman de SF aussi beau que celui de Barjavel. Et il finira bien.

Je me suis mis au travail. Directement, en tapant sur le clavier de ma nouvelle machine. Les débuts ont été laborieux : chaque jour, en rentrant du collège où j'enseignais, je consacrais deux heures à l'écriture de mon roman.

Sept mois plus tard, je mettais un point final à Aïo, terre invisible. Il totalisait 700 pages, il était plus épais qu'une rame de papier !

Refusé par Hachette et accepté par Hatier, il est sorti dans une collection… pour jeunes adultes, la première collection de poche pour la jeunesse : Jeunesse Poche anticipation. J’étais surpris, mais pas du tout vexé.

La responsable, Tatiana Rageot, m’en a commandé un deuxième.

Le troisième, La Machination ( destiné au départ au même éditeur – donc toujours de la SF ), a décroché en 1972 le Prix ORTF ( Prix de la Radio et de la Télévision ).

J’étais devenu, malgré moi, « un auteur de science-fiction pour la jeunesse ».

Le hasard et la chance ont donc une grande place dans le fait que je me sois spécialisé dans la science-fiction, un genre que je n’ai cessé alors d’explorer et d’approfondir.

2) Sur quoi vous basez-vous pour vos récits ? (votre inspiration: événements actuels ? passés ? récits qui vous inspirent ? …)

L’actualité est sans doute ma première source d’inspiration. Je suis de près la marche du monde : les événements sociaux, politiques, économiques…

Je suis convaincu que les nouvelles technologies ne cessent de modifier nos comportements. Abonné à des magazines scientifiques, je fréquente des informaticiens, des physiciens, des astronomes, des climatologues… mais aussi des médecins et des policiers, moins en fonction de mes goûts ou du décor de mes récits… qu’au fil de mes rencontres dans les salons du livre.

Pendant vingt ans ( de 1970 à 1990 ), j’ai surtout livré des récits de SF.

Mais depuis, j’ai élargi ma palette, sans jamais perdre de vue, je crois, mes préoccupations sur l’avenir du monde et le sort de notre planète.

Certains de mes ouvrages puisent leur inspiration dans mon enfance ou mon adolescence. Mais ma propre vie n’est pas ( comme chez Proust, Pagnol ou Labro ) ma principale source d’inspiration. Mes récits historiques ( et mon intérêt pour la mythologie ) ont souvent pour sujet une découverte ou la personnalité d’un héros méconnu : Eratosthène, Anaxagore, Cyrano de Bergerac… Dans Pour l’amour de Vanille, je relate l’exploit d’un jeune esclave, Edmond Albius, qui parvint ( en 1841 ) à féconder les fleurs de vanille et à enrichir les colons de l’Ile de la Réunion ; dans Urgence, j’évoque le sauvetage, en septembre 1944, du premier jeune Français par la pénicilline.

Suis-je inspiré par mes lectures ? Oui, de gré ou de force !

En réalité, tout m’inspire : ma vie personnelle, mes souvenirs, les événements du quotidien et toutes les informations que je reçois, et j’en suis friand !

3) Dans quel but écrivez vous ces récits imaginaires ? (faire rêver, interpeller, prévenir, critiquer etc.)

Grave question, à laquelle il est difficile de répondre.

L’imaginaire est un art que l’on peut exploiter de mille façons : la peinture, la sculpture, la danse, la poésie, la fiction… Les mots m’ont toujours fasciné – sans doute l’influence du théâtre, un milieu qui m’a profondément marqué. Et je crois que les mots ont le pouvoir de modifier le comportement des hommes : ils transmettent de l’information, du savoir, mais aussi du rêve. Et les récits de fiction ont cette capacité de faire vivre au lecteur mille vies différentes, de le placer dans des situations inédites, de le questionner.

Alors oui, j’écris sûrement pour faire rêver, pour interpeller, pour critiquer nos comportements, notre société, et faire réfléchir le lecteur sur notre place au sein de l’univers, sur notre responsabilité collective face à l’avenir d’une espèce exceptionnelle ( la nôtre ) qui gaspille ses compétences au lieu de les mettre au service d’un futur qui devient de plus en plus problématique.

Pourquoi écrit-on ? Il serait intéressant de poser la question aux écrivains. Leurs réponses seraient sans doute très différentes les unes des autres.

Ecrire est devenu pour moi depuis… 65 ans, un besoin, une forme de drogue. J’aime citer la réponse de Jules Renard : Ecrire est une façon de parler sans être interrompu.

4) Êtes-vous en train d’écrire un nouveau livre ?

- Si oui, quel en est son sujet, son thème, sa problématique ?

- Si non, sur quel sujet aimeriez-vous écrire aujourd’hui ?

J’ai plusieurs réponses à cette question :

Le 2 mai prochain sortira Jumelles en détresse, un petit roman policier destiné aux enfants.

En août 2017 devrait paraître une nouvelle enquête de « Logicielle », l’héroïne de mes romans policiers, dans la collection Heure Noire.

Son sujet ? Sa problématique ? Eh bien j’imagine que dans un futur proche, les nouveaux propriétaires de Google recruteront d’une façon très particulière de jeunes surdoués destinés à être les modèles d’une humanité future – un projet très concret puisque c’est celui du transhumanisme. Ce récit correspond, on l’aura compris, à mes vieilles préoccupations… mais ces thèmes ne sont pas ceux que le public affectionne.

Et les éditeurs, aujourd’hui, ont une priorité : survivre, donc publier des récits que le public semble attendre ou apprécier. L’objectif d’un écrivain authentique est souvent différent : aller au bout d’un récit qu’il mûrit, rumine, et dans lequel il exprime des convictions profondes ou une vision qu’il aimerait faire partager.

La suite des réponses à ce questionnaire… la semaine prochaine !