A l’heure où j’écris ces lignes ( au matin du 2 septembre ), j’ai eu le culot d’estimer le temps que consacre la chaîne de télévision France 2 aux informations concernant Harvey et les inondations du Bangladesh, de l’Inde et du Népal.

Ces infos, pour Harvey, se comptent en heures.

Celles concernant les victimes du Bangladesh en secondes.

Depuis la fin du mois d’août, on ne compte plus les images, interviews et réactions des victimes rescapées d’Harvey : 44 morts et 19 disparus pour l’instant – un chiffre que je suis le premier à déplorer, des victimes qui ont ma vive et ma sincère compassion.

En revanche, grande fut ma surprise, le 30 août, d’entendre ( même pas de voir ) un entrefilet évoquant « la mousson exceptionnelle et catastrophique au Bangladesh : peut-être 1 000 morts ». A ce jour, 750.

Avec une réflexion effectuée à partir de ces deux chiffres : pourquoi consacre-t-on 100 fois plus de temps aux 44 victimes du Texas qu’aux 750 morts de ces trois pays de l’Asie ?

Le Bangladesh serait-il plus lointain que le Texas ? Moins peuplé ? Plus vindicatif ?

Ne cherchez pas : un Américain vaut tout simplement plus cher ( 2 500 fois plus, en proportion du temps consacré aux infos ) qu’un Indien, voilà tout.

Au XIXe ( et au début du XXe ) siècle, on pouvait répondre : ces pays sont très loin, et après tout, ces problèmes sont les leurs !

Au XXIe siècle, ces arguments ne tiennent plus : si les inondations causées par Harvey, et si les moussons du sud-est asiatique sont de plus en plus incontrôlables, le réchauffement climatique y est pour une bonne part. Et ce réchauffement, il n’a pas, mais pas du tout été causé par ces pays qui commencent à s’industrialiser.

C’est donc, pour eux, une double peine.

Et si l’on en parle peu, c’est peut-être pour nier notre responsabilité vis-à-vis de ces populations qui souffrent. Le Bangladesh compte 170 millions d’habitants.

Un tiers est déjà victime de ces inondations.

Et à la fin du siècle, ce pays sera probablement sous les eaux.

Devra-t-on alors élever… non pas des digues pour protéger ces humains condamnés, mais des murs pour éviter que ces vilains étrangers nous envahissent ?

Aujourd’hui, nous acceptons qu’ils travaillent pour un euro de l’heure ( parfois pour un euro par jour ! ) parce qu’à ce prix, nous avons des vêtements très bon marché, chouette ! Un prix qu’ils paient parfois très cher, eux : l’effondrement du Rana Plaza ( la « catastrophe de Dacca, en avril 2013 ), qui employait 5 000 salariés du textile, a causé 1 127 morts et 2 500 victimes.

Demain, refuserons-nous que ces populations frappent à notre porte, alors que ce sont nos propres pays ( avec la complicité et les bénéfices de l’économie de marché ) qui les auront poussés à ces extrémités ?

La mondialisation est un fait. Nous avons tendance à en accepter les avantages – mais n’avons-nous pas la fâcheuse habitude d’en nier les conséquences négatives, et nos propres responsabilités ?

Il serait temps qu’on remette les pendules à l’heure, qu’on prenne conscience que notre Terre est un bien collectif, géré par une économie dont les conséquences touchent tous les océans, toutes les populations et tous les pays.

Il serait temps que naisse - enfin ! - une seule et même conscience planétaire.