Cette question est récurrente chez les lecteurs – les jeunes comme les adultes !

A les écouter, il semblerait que l’imagination soit un don, magique, mystérieux. On naît avec, voilà tout !

J’ai du mal à les convaincre que l’imaginaire n’est pas inné. Il se cultive.

On peut le favoriser, le développer, le doper – et l’entretenir.

- Facile à dire ! me rétorqueront les sceptiques, puisque vous avez été doté de cette faculté.

Doté ? Sans revenir sur le vieux débat de l’inné et de l’acquis, je suis convaincu qu’il en est de l’esprit comme du corps : si on ne le fait pas fonctionner, il s’atrophie.

Et si on l’exerce, il se développe. Encore faut-il y mettre un peu du sien !

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Mon imaginaire ?

Il a pour origine mes passions et mes activités d’enfance : le théâtre, la lecture… et la solitude aussi, peut-être – je n’ose pas dire l’ennui.

Tout cela a sans doute favorisé la rêverie, la réflexion… qui sont peut-être des conditions nécessaires ( je n’ai pas dit suffisantes ! ) à l’imaginaire.

Lire, c’est exercer ces facultés, les rôder à l’aide de situations nouvelles, de personnages inédits, de destins improbables.

On me dira sans doute :

- Aujourd’hui, les images, la BD, la télé, les écrans, les jeux vidéo, tout cela offre des possibilités bien plus larges que ce vieil outil démodé qu’est le livre, cette activité obsolète qu’est la lecture ?

Euh… je n’en suis pas si sûr.

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J’ai coutume d’affirmer que lire, c’est écrire un peu.

Oui : le lecteur travaille, il doit traduire les mots en impressions, en actions, en réflexions, en émotions – j’en passe.

Lire peut d’ailleurs pousser le lecteur à franchir la frontière – c’est à dire à écrire.

Se laisser bercer ou porter par des images n’a pas le même effet.

Un lecteur, me semble-t-il, est plus actif qu’un spectateur - même si certaines images fortes ou ambiguës nécessitent parfois une réflexion intense. C’est d’ailleurs ce qui fait la fameuse « difficulté de la lecture ». Les « mauvais lecteurs » sont tout simplement des lecteurs qui manquent d’entraînement.

En même temps, et pour répondre à la question : mes idées ont pour source mes passions d’enfance, la curiosité, l’intérêt pour tous les arts, toutes les sciences, pour l’histoire, l’actualité… Mon intérêt pour ce que j’appelle ( pour simplifier ) la marche du monde est sans doute une source d’inspiration inépuisable, sans cesse renouvelée.

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Attention : une idée, ce n’est pas un roman. C’est une graine qu’il s’agit de faire germer.

Puis une plante fragile dont il faut s’occuper.

À temps perdu ( mauvaise expression… disons plutôt : en prenant ma douche, en conduisant, en faisant du vélo, parfois en décrochant d’une conversation insipide, un film inintéressant, etc. ) je fais vivre mes personnages dans ma tête, je fais évoluer une situation en rôdant ce qui pourrait leur arriver, en essayant d’imaginer les conséquences de tel ou tel bouleversement… Et cela n’a rien de magique, cela prend du temps.

Le point de départ ?

C’est une dispute, une émotion, un mot, une expression, une information à la radio, la lecture d’un article dans une revue ( Science & Avenir est à l’origine de nombreux romans de SF ! ). C’est une conversation avec un ami scientifique, médecin, chercheur, physicien, informaticien… ou un capitaine de police ! Bref, je n’ai pas de secret ni de truc : je m’entraîne.

Un peu malgré moi, d’ailleurs.

Et à peu près tout le temps. En toute occasion.

*

Et je crois ne pas avoir attendu d’avoir des idées pour me mettre à écrire.

Celles et ceux qui ont participé à un atelier d’écriture le savent bien : il suffit d’un mot, d’une phrase de départ pour avoir envie de continuer… et pour que les idées, bientôt, viennent et s’enchaînent.

Le reste, c’est du travail : relecture, corrections, modifications, améliorations.

Eh oui : on s’imagine souvent que l’auteur écrit, écrit… mû pr une impulsion soudaine - et qu’il s’arrête, un mois ( ou un an ) plus tard en inscrivant le mot FIN.

C’est rare, c’est exceptionnel.

C’est sans doute vrai pour la poésie. Pour l’écriture d’un chapitre.

Mais pas pour un roman.

La plupart du temps, il faut reprendre, revenir en arrière, enlever, modifier – ce qui, d’ailleurs, fait parfois surgir de nouvelles idées.

Rien d’exceptionnel, vraiment. C’est un sport cérébral.

Et l’on peut y devenir accro.

Avoir envie de livrer un récit, de se lancer dans l’écriture, c’est d’abord une pulsion, un besoin de formuler quelque chose – moins une idée ou une conviction qu’une anecdote, une situation qui portera en elle une réflexion.

Cette question, dont les lecteurs attendent la réponse comme s’il s’agissait d’un secret farouchement gardé, cette question n’est pas celle qui préoccupe les auteurs.

Des idées ? Ils en ont.

Les vrais problèmes se situent ailleurs. Dans… :

  • le temps à trouver ( ou à dégager ) pour écrire.

  • l’envie ( devrais-je dire : le besoin impérieux ? ) de le faire, de se lancer. Parfois, le récit est prêt dans la tête… mais l’enthousiasme s’est éteint. Ce roman est mort-né, on n’a plus envie de le rédiger.

  • l’énergie indispensable pour le mener à bien. Un roman, c’est une course de fond. Un marathon. Parfois il faut s’entraîner avant de se lancer dans l’aventure. Reconnaître le parcours. Et savoir qu’il n’est pas utile d’être le premier. Ce qu’il faut, c’est arriver au bout.

Quant à savoir si la course a été bonne et si elle mérite des milliers de spectateurs…

c’est une autre histoire.

Et peut-être l’objet d’une autre minute du vieux schnock.

CG