Parti du studio parisien où il vit, Louis revient à Brest, dans la nouvelle maison ( mal ? ) acquise par ses parents. Avec, dans ses bagages, un « roman familial » qui pourrait avoir pour sous-titre Le fils Kermeur. Un récit dans lequel il raconte son histoire…

Une histoire qui commence par la fin : l’enterrement de sa grand-mère, mais dont le nœud pourrait être le vol de quelques tablettes de chocolat dans un supermarché. Ou encore la rencontre de sa grand-mère, Marie-Thérèse, dans le restaurant de Brest « Le Cercle martin », avec Albert Vlaminck, un vieillard riche de 18 millions qui va lui proposer de devenir sa femme ( de compagnie ) et surtout son héritière. A la seule condition qu’après sa mort, elle continuera d’employer sa fidèle femme de ménage : Mme Kermeur. Une proposition que la grand-mère accepte, bien que sa fille ( la mère de Louis ) y devine un piège. Car la femme de ménage en question n’est autre que la mère du fameux « fils Kermeur », un mauvais garçon que Louis fréquente, à son corps défendant, depuis des années, et qui a une mauvaise influence sur lui – comme l’affirme sa mère ( et comme il le reconnaît lui-même ! )

Louis a en effet une histoire familiale complexe, avec un père ( ancien vice Président du Stade brestois ) accusé d’avoir fait un trou de 14 millions dans la caisse. Un fait peu honorable qui le rend suspect à tous ceux qu’il croise dans la rue. Un drame qui l’a obligé à quitter Brest pour Palavas les flots – une défaite !

Mais voilà : les parents de Louis ont laissé leur enfant à Brest, dans l’appartement du rez-de-chaussée de l’immeuble dans lequel vit sa grand-mère…

Compliqué ? Oui, mais pas plus que bien des histoires de famille.

Et dès que le lecteur plonge dans ce récit, il est entraîné dans une longue confidence, livrée d’un trait : une remontée dans le temps, un voyage en arrière interrompu çà et là par un souvenir marquant, une scène inaugurale. une succession de faits parfois anodins aux conséquences inattendues. « Ce n’est jamais un cadeau pour personne que de raconter l’histoire de sa famille », nous avoue Louis ( qui semble être le sosie de l’auteur – né lui aussi à Brest ! ) D’ailleurs, Louis confie au lecteur qu’à 9 ans, il savait qu’il deviendrait footballeur ou écrivain. On connaît la suite – mais ce n’est que dans les dernières pages qu’on découvre que son frère aîné est devenu avant-centre ( pas à Brest, évidemment ) – et qu’il a, lui aussi, un secret de famille…

L’intérêt de cet ouvrage ( comme la plupart de ceux des auteurs publiés aux Editions de Minuit ) réside avant tout dans le ton : des phrases à rallonge qui se lisent pourtant d’une traite ; des réflexions et des questions aussi pertinentes qu’habiles. Livrer des secrets de famille, ce n’est pas « pour faire du mal », nous dit Louis page 166, c’est « pour effacer le mal ». Peut-être aussi pour enfin clore « des parenthèses mal fermées » ( page 146 )

Malgré une coda ( volontairement ) ambiguë en forme de double ( ou triple ) mise en abyme, force est de reconnaître que Tanguy Viel a du talent. Une vraie plume.

Si son Paris-Brest se dévore facilement, je me suis surpris à le déguster une seconde fois. Avec un plaisir renouvelé. Ce qui ( modestement à mes yeux, ) est bon signe.

De Tanguy Viel, je n’ai lu que ce roman. Mais je vais me procurer quelques uns des douze autres, rédigés en moins de vingt ans.

Lu dans sa version unique, un moyen format habillé de blanc et orné de bleu, reconnaissable entre mille puisqu’il se présente ainsi depuis… sa création.

CG