Nous sommes en août 1941, dans un village périgourdin où la Dordogne marque la frontière entre la « zone occupée » et la « zone libre ». Dans cette dernière vit un couple d’une quarantaine d’années, un couple simple et uni sans enfant – et qui le déplore.

Virgile est menuisier de son état ( et pêcheur amateur ) ; il a gardé une âme d’enfant.

Victoria, elle, est une femme de tête qui trait la vache, s’occupe des poules, des lapins et du jardin.

Leur médecin, le Dr Dujaric, demande un jour un service à Virgile : faire passer de nuit un Français de la zone occupée qui souhaite rejoindre la zone libre. Il n’y a que la rivière à traverser et son atelier est à côté de la berge. Une complice inconnue, Fanny, assurera ensuite la liaison.

L’opération ayant lieu sans mal, le médecin demandera au couple de la répéter souvent.

Jusqu’au jour où Virgile et Victoria accueillent Judith ; elle leur confie sa fille de 10 ans : Sarah, une petite Parisienne juive.

Virgile et Sarah s’attachent bien sûr très vite à cette enfant qu’ils n’ont jamais pu avoir.

Mais voilà : Judith a dit qu’elle reviendrait et reprendrait sa fille.

Un an plus tard, les lois se sont durcies. Passer en zone libre avec la barque devient une opération périlleuse et risquée – jusqu'au jour de novembre 42 où toute la France est désormais occupée. Et il y aura d’autres enfants à recueillir…

On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, affirme-t-on.

Si c’est vrai, alors je préfère les bons sentiments à la bonne littérature. Et des bons sentiments, ce roman en possède en abondance. A mes yeux, ce n’est pas un défaut – même si Jean d’Ormesson semblait redouter comme la peste la terrifiante mode des « romans de terroir ». L’auteur de La Rivière Espérance en est sans doute l’un des plus prestigieux représentant.

Ce roman ( il le concède dans une préface ) est aussi un hommage à ses parents, comme l’indique le titre de l’ouvrage, et à ceux qui jugèrent, pendant l’occupation, que leur devoir était de sauver des vies, quelles qu’elles soient.

Ce récit, comme la plupart de ceux de Christian Signol, est écrit d’une façon simple et efficace, j’oserais même dire « scolaire » mais au meilleur sens du terme : sans effets inutiles, sans gros efforts de style. Pour un lecteur débutant ou peu aguerri, ce récit est facile et bien agréable à aborder – et il se révélera passionnant. Et tant pis si le bon sens paysan rime avec bons sentiments. Ce qui n’empêche pas les dilemmes cornéliens et les drames, à l’échelle d’une époque difficile et dans cette région chère au cœur de l’auteur.

Les portraits sont authentiques, les caractères simples mais nuancés.

Ainsi, une nuit, Virgile est contrarié que Victoria l’accompagne sur les berges de la rivière car « il avait depuis toujours l’impression, sans jamais l’avoir clairement formulée en lui, que ce monde lui appartenait en propre et qu’il n’avait pas à le partager ».

Bien sûr, on devine derrière chaque phrase les convictions et l’attachement de l’auteur à cette région – une zone de la Dordogne plus proche de la nôtre que de la sienne ( Signol est de Brive ). L’action se déroule près de la forêt de la Double, autour de Mussidan, Montpon, Monestier, Ribérac…Il y est aussi question de la banlieue de Périgueux : Marsac, La cave… ce qui explique pourquoi s’y est reconnu le Périgourdin d’adoption que je suis.

Une mention spéciale pour la documentation de l’auteur : l’action se poursuit jusqu’en 1945, et tous les noms et faits relatifs à la Résistance et aux exactions des nazis sont authentiques.

La fin de cette « histoire simple », réaliste, arrachera une larme aux lecteurs les plus aguerris. A moins qu’en vieillissant, je ne sois devenu plus sensible.

Eh oui : impossible désormais pour moi, de lire certains passage de l’oeuvre de Victor Hugo sans être profondément ému, depuis le «  Joue donc, Cosette, dit l'étranger. Oh ! je joue, répondit l'enfant. » à « Donne-lui tout de même à boire, dit mon père. »

Sans parler de la conclusion mystique d’Un cœur simple de Flaubert.

CG

Une petite erreur ( sans importance ) figure sur la ( jolie ) couverture jaune, où la petite Sarah semble nettement plus jeune qu’Elie – alors que c’est l’inverse !