1558.

Après un an d’absence à Calais, port sous domination anglaise, le jeune Ned Willard rentre à Kingsbridge. Il espère que Margery Fizgerald ne l’a pas oublié, car il veut l’épouser. Hélas, si celle-ci l’aime toujours ( bien qu’elle soit une fervente catholique et lui un sympathisant protestant ), les parents de la jeune fille veulent la marier à Bart, vicomte de Shiring – une brute, un garçon « obtus et dénué d’humour ».

A la suite d’une transaction frauduleuse ( et de la chute récente de Calais, repris par le duc François de Guise, dit le Balafré ), la mère de Ned, Alice, se retrouve dupée et ruinée – par les Fitzgerald, comble de l’humiliation !

Dépité, et grâce à une rencontre avec sir William Cecil, l’intendant de la princesse Elisabeth Tudor, Ned se met au service de celle-ci, en espérant qu’elle deviendra reine d’Angleterre, En effet, si Elisabeth est catholique, elle semble vouloir laisser les protestants libres d’exercer leur religion. Mais voilà : une autre Marie ( Stuart ! ), la reine d’Ecosse, revendique être l’héritière légitime du trône. Et les Fitzgerald la soutiennent.

Dans le même temps, à Paris, un détrousseur de bourses, Pierre Aumade, se fait pincer par Gaston Le Pin, chef de la garde de la famille de Guise. Pierre s’y fait embaucher comme espion, avec l’objectif de piéger les protestants qui achètent et lisent clandestinement des bibles traduites en français… ce qui tombe bien puisque la jeune Sylvie Palot, dont les parents sont des imprimeurs et libraires, ne semble pas insensible à son charme.

Quant au frère de Ned, Barney Willard, qui se trouve en Espagne, il ne rêve que d’une chose : être marin ! Il le deviendra bien malgré lui, à la suite d’une dispute et d’un meurtre qui feront de lui un fuyard – hélas, il doit pour cela quitter précipitamment la belle métisse dont il est tombé amoureux...

Ces destins vous semblent différents ? Eh bien non, ils sont liés.

Vous avez aimé Les piliers de la Terre ?

Vous avez adoré Un monde sans fin ?

Alors vous dévorerez Une colonne de feu, qui reprend ( et clôt ? ) la grandiose « saga de Kingsbridge ». Et si vous n’avez pas lu les deux premiers volumes, qu’importe : vous pourrez sans problème les aborder dans le désordre. Et vous précipiter sur Une colonne de feu, un bijou !

Bon, soyons honnête : je suis un inconditionnel de Ken Follett.

Et à celles et ceux que rebuteraient un roman de 900 pages et une kyrielle de personnages, j’affirme : n’hésitez pas : ce page turner se lit sans effort, les lecteurs les moins avertis s’y laissent prendre. Ken Follett a d’ailleurs pris la précaution de livrer en préambule, pays par pays, la liste de tous les protagonistes ( authentiques ou fictifs ) de son roman ( euh… il y en a quand même 130, j’ai compté )

Comment Ken Follett s’y prend-il ?

C’est un vrai magicien : dans ce récit palpitant, aux rebondissements incessants, pas un pouce de graisse, par un détail inutile. Les actions et les rebondissements s’enchaînent et se nouent de chapitre en chapitre avec une souplesse et une évidence déconcertantes.

Certes, la situation politique des villes et pays concernés est complexe ( Angleterre, Ecosse, France, Espagne, Pays-Bas – et Genève, capitale du protestantisme ! ), au même titre que le partage des pouvoirs, les intrigues de cour, les successions des gouvernants au fil des décès, des maladies, des accidents… ou de la stérilité de la reine ( Marie Tudor ) .

Mais l’époque est passionnante, troublée par la montée en puissance du protestantisme et des condamnations dont leurs adeptes font l’objet – c’est, d’une certaine façon, le leitmotiv de ce grand récit. Et il me touche à titre personnel puisque je vis à l’endroit où, en 1580, fut signé La Paix des amoureux, par Henri de Navarre, son cousin Gaston de Foix et le duc d’Alençon, le frère du roi de France ) Il s’agit de l’acte préparatoire à l’édit de Nantes ( 1598 ) – qui, on le sait, a autorisé les protestants à pratiquer leur religion en France.

Je reste bluffé par la maîtrise de Ken Follett, par son habileté à mêler la fiction et la réalité.

Eh oui : ce roman dissimule, derrière une multitude de personnages réels et imaginaires, une vraie leçon d’histoire. « Si j’ai violé l’Histoire », aurait déclaré Alexandre Dumas, « je lui ai fait de beaux enfants ».

Non seulement Une colonne de feu est un enfant magnifique… mais c’est aussi un rejeton légitime. Car contrairement à Dumas, Ken Follett reste strictement fidèle à des faits historiques qu’il maîtrise ( et respecte ), tout en livrant au lecteur des décors, des costumes, des métiers et des coutumes dont les détails, loin de lasser, donnent du corps et de la vraisemblance à son récit : depuis les vêtements de deuil ( le blanc ! ) aux règles des tournois en passant par les armes, la navigation, l’imprimerie, les monnaies… Une colonne de feu se révèle une mine précieuse.

S’il était inscrit au programme d’histoire, les élèves deviendraient vite de fervents lecteurs !

Lu dans son unique version actuelle, un superbe grand format souple et épais qui ajoute au plaisir de la lecture. Ah : comptez tout de même une bonne semaine, à raison de trois ou quatre heures par jour ( ou par nuit ).

Une lecture inoubliable, à savourer sans modération – et qui pourtant vous procurera une véritable ivresse !

CG