Une vingtaine de spécialistes mondialement reconnus passent au peigne fin les conséquences de la mondialisation en marche : conséquences économiques, écologiques, sociales, morales, financières – chacun dans son domaine. Avec, on s’y attendait, des constats consternants – un vrai cri d’alerte témoignant que nous sommes embarqués sur un bolide qui n’a ni marche arrière, ni frein, ni conducteur.

A titre d’exemple, savez-vous que le petit pot de yaourt aux fraises européen incorpore 9 115 kilomètres de transport de la vache laitière à l’étal, en passant par l’usine et l’emballage ?

Que les denrées, au lieu de nourrir ceux qui les produisent, sont souvent expédiées à des milliers de kilomètres pour être consommées par des populations suralimentées ?

Il leur semble d’autre part inconcevable que le modèle économique occidental puisse être appliqué dans le monde entier, que la croissance exponentielle, la production pour l’exportation aux dépens de la satisfaction des besoins locaux et la consommation débridée se maintiennent longtemps. Quant aux Etats-Unis, s’ils viennent financièrement en aide aux « pays du sud », pour la plupart des dictatures militaires (…) les deux tiers de ces aides prennent la forme d’une assistance en matière de sécurité et des transferts d’armes ( !)

Quant aux entreprises multinationales, aucun gouvernement, même au Nord, n’exerce plus de contrôle sur elles. (… ) Il ne s’agit plus de commerce véritable, mais d’un aspect d’une planification privée centrée à l’échelle de la planète.(…) Ces nouvelles puissances coloniales ne répondent de leurs actes que devant leurs actionnaires et ne rendent de compte qu’à eux. ( Jerry Mander )

David C. Corton, lui, estime que

  • notre principale préoccupation devrait être maintenant de nous assurer que les ressources disponibles de la planète sont exploitées de manière à répondre aux besoins essentiels de tous, à protéger la biodiversité et à garantir aux générations futures la disponibilité de flux de ressources compatibles. Notre système économiqe aura échoué sur les trois points.(…)

  • Cinq firmes accaparent plus de 40%du marché mondial du pétrole, des ordinateurs personnels (…) et des médias.(…)

  • Ceux qui prennent les décisions financières portant chaque jour sur plus de 1000 milliards de dollars sont aveugles à leurs conséquences écologiques, sociales… et même économiques !

Jerry Mander note de son côté que l’ordinateur transforme les voies de la cognition chez l’enfant et il nous rappelle que Mac Luhan affirmait que nous devenons pareils aux technologies que nous utilisons. Un constat à méditer…

Tony Clarke, lui, a calculé que :

  • les transnationales dépensent en publicité plus de la moitié de ce que l’ensemble de la planète débourse pour l’éducation publique.

  • plus de 150 000 transactions internationales sont effectuées en une seule journée.

Il constate que les pays pauvres du Sud, naguère autosuffisants sur le plan alimentaire, pour assurer le service de leur dette, sont contraints d’abandonner de précieuses terres agricoles aux ETN de l’agroalimentaire et de se convertir aux cultures de rapport tout en important de quoi nourrir leurs populations, si bien que, sauf à verser des royalties aux transnationales qui possèdent des semences brevetées, il est maintenant interdit aux paysans du monde entier de produire leurs propres provisions de semences

Savez-vous que le téléspectateur américain moyen ingurgite 22 000 spots publicitaires par an. Les grosses entreprises impriment 22 000 fois dans son cerveau des images suggérant que le bonheur suprême consiste à acheter des biens de consommation.

Les auteurs attaquent ainsi de front Monsanto, Vivendi… et bien d’autres, preuves et chiffres à l’appui.

Sont-ils partiaux, engagés ? Peut-être.

Mais lucides au point de lancer une alerte, que relaient bien d’autres acteurs sur la planète.

Avec quels effets ?

Ils sont hélas dérisoires. Parce que j’ai gardé le meilleur pour la fin…

Cet essai, publié par Fayard ( qui n’est pas financé par La France insoumise ! ), est rédigé par des auteurs américains dont plusieurs prix Nobel, il a été publié en… 2001.

Dix-sept ans après ( et six ans avant la crise annoncée des subprimes ), la situation s’est-elle réellement améliorée ?

Aux lecteurs de juger.