Le jeune Persse Mac Garrigle ( natif de Limerick ), universitaire irlandais, poète à ses heures et récent auteur d’un essai sur T.S. Eliot, tombe éperdument amoureux, au cours du congrès de Rumidge, de la belle Angelica Pabst. Bien qu’elle l’éconduise gentiment, il décide qu’elle est la femme de sa vie et il va tenter de la retrouver au cours des nombreux congrès internationaux auxquels elle ( et il ) vont participer.

Les congrès littéraires, c’est aussi la passion et la grande occupation de plusieurs autres enseignants voyageurs : Ruppert Sutcliffe, Philip Swallow, ( le directeur du Département ), Robin Dempsey – et surtout Morris Zapp, une sommité en matière littéraire qui a mal digéré son divorce et bloque désespérément sur le sujet de sa prochaine intervention : l’avenir de la critique

Tout ce petit monde possède trois points communs :

  • être coûte que coûte invité, tous frais payés, à venir ici ou là ( le plus loin possible de son domicile, hors du Royaume Uni ) pour y intervenir ( et briller ? ) dans un congrès, quel qu’en soit le sujet – dans le domaine de la littérature, bien sûr.

  • profiter de ce séjour pour séduire l’une des congressistes et passer un bon moment avec elle.

  • se hisser dans la hiérarchie, d’abord en publiant un essai, un rapport ou une thèse sur un sujet inédit ; et grâce à cette publication, accéder à un plus haut grade universitaire, notamment cette place honorifique à 100 000 dollars par an qui semble bientôt être libérée à l’ l’UNESCO – et que guigne chacun des personnages du récit.

Tout ce petit monde se rencontre, se pavane, intrigue et se fait des compliments ( se déteste, se jalouse en réalité copieusement ! ), tente de se goinfrer pendant les cessions au cours desquelles l’ennui plane… Eh oui, tous les prétextes sont bons pour échapper à l’intervention d’un confrère. Ce sont d’incessants chassés-croisés, hasards, malentendus avec, pour leitmotiv, la quête incessante de Persse à la recherche d’une Angelica Pabst qui ne cesse de lui échapper et qui semble douée d’une mystérieuse double identité…

Au fil des ans, mes lecteursl’aurontsans doute remarqué : j’ai un faible pour David Lodge !

Ce roman, préfacé par feu Umberto Eco ( il sait de quoi il parle ! ), et qui est un peu la suite de Changement de décor ( vous aurez sûrement droit à une critique de ce roman en 2019 ! On y trouve déjà un certain Philip Swallow ) nous fait entrer dans les coulisses du petit monde universitaire des congressistes.

Les personnages ( voir plus haut ) sont nombreux et typés ; chacun d’eux poursuit un objectif précis et est sujet à bien des déconvenues, surtout le jeune et naïf Persse, puceau dans bien des domaines, croyant et très entêté. Si l’auteur va de l’un à l’autre, c’est parce que ses personnages ne cessent de se croiser et qu’existent entre eux des liens anciens, des intérêts professionnels, des rivalités et des jalousies farouches.

Ce roman n’est pas une nouveauté mais il est devenu « culte », comme l’affirme Umberto Eco. Et ce, à juste titre : son humour vachard et décapant fait mouche à tous coups ; et je me suis surpris à bien des reprises en train d’éclater de rire – David Lodge a l’art de confronter ses personnages à des situations impossibles – et pourtant vraisemblables !

On peut être parfois surpris par la diversité des quiproquos– mais on le sera davantage encore en lisant les dernières pages, dans lesquelles l’auteur réunit magistralement tous les fils épars qu’il a tendus et/ou noués.

Magistral !

Si vous n’avez jamais lu David Lodge, ne ratez pas Un tout petit monde, vous le dévorerez d’une traite… et vous rirez beaucoup, même si vous n’êtes pas un familier de la littérature et des congrès.

Lu dans sa version d’origine, un joli grand format dont l’élégante couverture ressemble à un tableau de Edward Hopper ( en réalité de l’architecte français Etienne Kohlmann )