Ce titre obscur cache un bilan nécessaire et édifiant : notre société actuelle court à sa perte. Mais des solutions existent, qu’il serait souhaitable de mettre en œuvre dès aujourd’hui, conformément au sous-titre : vers une civilisation techniquement soutenable.

Ingénieur spécialiste des métaux, Bihouix commence par nous livrer un historique édifiant : puiser dans les ressources énergétiques ( et surtout fossiles ) de notre globe ne date pas d’hier. Nul doute que certaines extinctions animales, à la Préhistoire, sont dues à l’œuvre de l’Homme, même si notre Terre était fort peu peuplée. Plus tard, on a détruit des forêts pour construire des vaisseaux. Un navire de guerre nécessitait… deux mille chênes centenaires !!!

Quant aux métaux, certaines mines ont été souvent vidées de leur contenu il y a deux mille ans… pour des raisons de conflit, le plus souvent.

Très vite, Bihouix nous montre ( et nous démontre ) que notre société actuelle ne vit et ne survit qu’avec le ( et grâce au ) PETROLE.

Du stylo à bille aux revêtements routiers en passant par l’agriculture ( oui ! ) nos ordinateurs et nos smartphones, le pétrole en est l’un des composants essentiels. Quant aux métaux et aux terres rares… si leur extinction n’est pas encore proche pour certains d’entre eux, le coût de leur exploitation sera bientôt prohibitif. Ce qui revient à peu près au même.

L’explication est simple : quand il fait dépenser plus d’énergie que la quantité qu’on va récolter, il n’est plus question d’en chercher, et pour cause !

A la fin du XIXe siècle, exploiter un puits de pétrole rapportait beaucoup et ne coûtait pas cher. Du pétrole ? Oh, il y en a encore beaucoup, mélangé aux sables bitumineux et sous les mers… mais on va devoir bientôt dépenser plus de pétrole pour en trouver que celui qu’on récoltera… c’est donc inutile !

Tout le monde a entendu parler de la fameuse « courbe en cloche » du « pik oil » - c'est-à-dire le moment où la production mondiale de pétrole plafonnera avant de commencer à déclinerJ’entends votre question : « c’est pour quand ? »

Euh… mauvaise pioche : le pik oil  c’était en 2006 !

Donc on commence à descendre. Et viendra un moment ( entre 2030 et 2040 ) où il faudra vivre… sans pétrole.

Là, les problèmes vont devenir aigus. Très vite.

Bihouix prévoit ( il n’y a là nulle prédiction… les statistiques sont hélas formelles ) un retour à la terre cultivable et à une existence liée… à l’essentiel : le fameux âge « low tech » du sous-titre.

Bihouix ne s’en émeut pas.

Il nous dit simplement : il faut s’y préparer. Tout de suite. Ne serait-ce que pour garder les réserves de pétrole et de métaux pour des biens essentiels – et pas pour les smartphones ou les voitures, qu’on juge indispensable de changer tous les deux ans ou tous les six mois !

Ce n’est pas un retour à l’âge de pierre mais la nécessité de vivre de peu ( de 20 à 25% de ce que nous consommons aujourd’hui ), en rationnant l’eau potable, les déplacements…

Et ça, c’est le prix de la survie de l’humanité, surtout si elle frôle les dix milliards d’habitants ( d’ailleurs, il serait temps de songer à limiter les naissances… ).

Bihouix passe en revue à peu près tous les thèmes, de la naissance à la mort en passant par le travail, les terres cultivables, les énergies de l’avenir…

Les éoliennes ?

Les panneaux solaires ?

Oubliez ! Il faut les entretenir et les réparer tous les trente ans.

Les centrales nucléaires ? Gros problème…

Même leur démantèlement, Bihouix n’y croit pas : cela coûterait beaucoup trop cher, il va donc falloir se résoudre à… les entretenir ( pour faire simple : gérer leur refroidissement ! ) pendant leur longue agonie de quelques milliers d’années.

Bref, j’en passe – mais Bihouix, lui, n’oublie rien ! Il passe tout en revue, allant jusqu’à nous expliquer que l’incinération, non, ça n’est pas écologique. Et faire durer la vie d’un vieillard sous forme de légume, c’est coûteux et déraisonnable. Il faut un simple linceul et que le corps revienne à la terre. Vous souriez ? Vous protestez ?

Pas moi. Tout ce que Bihouix passe en revue m’est déjà passé par la tête ; et les solutions que je préconisais sont les mêmes que les siennes.

Autant vous prévenir avant de lire cet ouvrage.

Bihouix nous démontre aussi et surtout que la civilisation actuelle est celle d’un effrayant gâchis : de papier, de déplacements, de production de biens inutiles, qu’il est plus coûteux de remplacer que d’entretenir – vive le vélo, la lenteur – et la convivialité retrouvée  !

Oui : il nous explique qu’il y a moyen de vivre autrement – en étant au moins aussi heureux qu’avant, et surtout en partageant davantage et en communiquant - mieux qu’avec des SMS, c'est-à-dire… en fréquentant ses voisins !

Si Bihouix effectue un bilan complet et édifiant, d’abord de nos erreurs et enfin des conditions indispensables de notre survie ( et c’est… pour demain ! ), il avoue ne pas avoir le pouvoir de légiférer. Notre économie de marché risque hélas de fonctionner jusqu’au bout – c'est-à-dire de frôler la catastrophe. Plus tôt nous nous préparerons à cet âge des low tech, et plus douce ( enfin… moins dure ) sera la transition.

Si vous jugez que cet ouvrage va vous démoraliser… alors évitez de le lire.

Mais c’est ce qu’on appelle la politique de l’autruche : quand des faits paraissent évidents mais trop difficiles à supporter, on préfère fermer les yeux ou retarder le moment de les affronter.

C’est exactement ce que nous faisons.

Avec la bénédiction de notre économie de marché et de leurs actionnaires, uniquement soucieux de s’en mettre plein les poches avant de sauver les meubles… s’il en reste.

CG