Malavita

Les Américains Frederick Blake, son épouse Maggie, leur fille Belle ( 17 ans ), leur fils Warren ( 14 ans ) et leur chienne (Malavita, un bouvier australien ) emménagent dans le village normand de Cholong-sur-Avre.

Le père, Fred, est un maffieux de la Cosa Nostra, un repenti condamné à mort par ses pairs qu’il a trahis. Face à leur nouvelle maison vivent des policiers ( d’origine italienne ) chargés de leur sécurité. Les Blake, eux, sont d’origine sicilienne, ils vivaient dans le New Jersey. Et ce n’est pas la première fois, hélas, qu’ils déménagent ! Ils se sont successivement réfugiés à Paris et à Cagnes-sur-Mer ; mais les maladresses de Fred les obligent à changer régulièrement d’identité et de domicile.

Pas simple pour eux, de s’intégrer dans ce bourg où les Ricains ne sont pas forcément les bienvenus. Ils font pourtant des efforts, en invitant leurs voisins à un barbecue mémorable ! Maggie, qui culpabilise, va œuvrer dans les associations caritatives. Belle, qui porte bien son nom, fait très vite des ravages parmi les garçons du lycée. Warren, très nostalgique de son pays et de la Maffia, est d’abord racketté, et va se rendre indispensable auprès des camarades de sa classe – son rêve est de devenir un vrai maffieux, comme papa.

Fred, lui, s’ennuie ferme. Mais voilà qu’il découvre dans la véranda une vieille machine à écrire. Séduit, il se met à rédiger ses mémoires – et il en a, à raconter !

Hélas, ce statut improvisé d’écrivain va le rendre populaire et célèbre dans le village.

Bientôt, on fait appel à lui pour être l’invité du ciné-club à l’occasion de la projection d’un film américain. Très dangereux, puisque les Blake doivent être le plus discrets possible !

Mais Fred ne résiste pas aux sirènes de la célébrité…

Le fait est assez rare pour que je l’évoque : c’est en voyant pour la première fois le film Malavita que je me suis dit : mais je l’ai, ce bouquin ! Et je ne l’ai pas encore lu !

J’ai donc film, excellent ( Robert de Niro dans le rôle de Fred, alias Giovanni Manzoni, est LE personnage par excellence ! ) et le lendemain, je me précipitais sur le livre, pour passer trois ou quatre heures encore plus mémorables

Parce que l’auteur du roman est Tonino Benacquista, dont j’avais dévoré et adoré SAGA ( j’ai acheté six ou sept fois ce livre pour l’offrir ! ). Et la lecture de Malavita est un vrai régal ! Comme quoi ce n’est pas parce qu’on a vu un film et qu’on en connaît la fin que la lecture est superflue, bien au contraire ! À ce sujet, une parenthèse : le film est d’une fidélité remarquable au récit. Télérama déplore la fin ( le village est mis à feu et à sang, une version normande de Bonnie and Clyde… ) mais elle est pourtant strictement conforme à celle du livre ( un dernier chapitre discutable mais original, puisqu’elle est relatée par Giovanni lui-même, sur sa machine ! ).

Les portraits sont hauts en couleur – dans le film, le portrait de Maggie est un peu plus effacé que dans le livre – et, une fois encore, c’est la façon de raconter l’intégration délicate de cette famille américaine dans un village français qui fait tout le sel de Malavita.

Benacquista maîtrise son sujet : il connaît l’Amérique, la maffia… et surtout l’Italie, le roman est truffé de recettes savoureuses et typiques.

Au fait, pourquoi Malavita ? Eh bien c’est le « Brazil »  du livre ( le film Brazil porte un titre qui n’a rien, mais rien à voir avec l’histoire qui est racontée… sauf que la chanson y est diffusée pendant une minute durant la projection ! ). Oui, Malavita, c’est la chienne, dont le rôle est mineur, elle apparaît à quatre ou cinq reprises dans le récit – un bref paragraphe à chaque fois. Mais Malavita, c’est en italien la mauvaise vie.

Et à cet égard, le titre se justifie.

Au fait… il y a une suite : Malavita encore. Chouette, je ne l’ai pas encore lue !

CG