Elle l’a fait !

On ne présente plus Fred Vargas.

Ici, après un vigoureux coup de gueule ( elle aurait préféré écrire un nouveau polar ) elle lance un cri d’alarme qui dénonce l’inaction des pouvoirs publics concernant le réchauffement climatique et l’exploitation aveugle des ressources de notre planète.

Docteur en archéozoologie, elle sait ce dont elle parle ; elle a peaufiné son sujet pendant des années ; elle livre d’ailleurs le détail de ses sources dans un long appendice de 400 références, pour la plupart accessibles sur Internet, invitant ainsi le lecteur à approfondir sa connaissance du sujet.

En préambule, elle rappelle et condamne les inégalités actuelles ( 82% de la richesse mondiale est détenue par 1% de la population ! ). Elle évoque la désinformation du public ( mais… peut-être préfère-t-il ne pas savoir ? ) concernant l’état calamiteux de la planète : le réchauffement climatique, certes, mais aussi la disparition des espèces, celle des métaux, de la plupart des terres rares ( indispensables à la fabrication des écrans, des smartphones ) ; l’acidité des océans que vide par ailleurs la surpêche ; la raréfaction annoncée de l’eau potable…

Faut-il dresser la liste de tout ce qui va bientôt manquer ?

En premier lieu l’eau et l’énergie ! Elle note que les politiques sont plus soucieux du futur immédiat ( quand ce n’est pas leur future réélection ! ) que de la survie de plus en plus improbable des générations futures.

Bref, c’est un cri indigné suivi d’une liste impitoyable de faits, de chiffres et de pourcentages, toujours justifiés et étayés.

Fred Vargas insiste sur l’eau, souvent gaspillée dans nos pays industrialisés, et utilisée ( à 70 % ! ) pour l’agriculture industrielle et l’élevage intensif, qu’elle condamne : eh oui, l’humanité élève… 24 milliards d’animaux destinés à notre folle consommation de viande.

Impitoyablement, elle passe en revue certaines denrées ( sucre, chocolat, café, soja ) et de nombreux thèmes ( le plastique, la forêt, les pesticides, l’huile de palme… le Coca Cola ! ) en étudiant de près la situation ( souvent au bord de la rupture ), et en dénonçant des scandales que sa propre enquête lui a fait parfois découvrir.

Fred Vargas nous interpelle sans cesse. Sa façon d’écrire : nous, les Gens, n’est pas sans rappeler certains discours de La France Insoumise – Fred Vargas ne cache pas ses opinions.

Consciente que cette litanie et ces chiffres risquent de lasser le lecteur, elle aurait programmé sur son ordinateur un logiciel chargé de l’interrompre dès qu’elle s’écarte de son sujet, évoque des problèmes personnels… ou devient grossière. Celui qu’elle surnomme son Censeur lui permet d’accorder ici ou là une respiration au lecteur, histoire de rythmer cet essai de brefs traits d’humour ( je vous rassure, il en est truffé, même si c’est souvent de l’humour noir ).

Ce logiciel, je n’y crois pas mais il permet au lecteur d’aller au bout de cette diatribe, achevée, par une dizaine de pages consacrées à des conseils.

Agir ? Sans aucun doute ! Mais comment ?

Déjà en diffusant ces informations le plus largement possible.

Ensuite en condamnant les lobbies et en boycottant leur marchandise.

Enfin, parallèlement, en changeant nos comportements ( elle dresse la liste de ce qu’il faut… ou faudrait faire ! ) car la survie de notre planète est en jeu.

Qu’ajouter ?

Qu’il s’agit là d’un pamphlet magnifique, indispensable à celles et ceux qui veulent des arguments pour forcer nos décideurs à prendre des mesures concrètes… et sans doute impopulaires. Dans son intervention du 23 juillet dernier, en présence de 150 députés, la jeune Greta Thunberg dénonçait les politiques de « faire semblant d’agir ».

A quoi bon voter des lois pour éviter de franchir le seuil de +2° si aucun pays ne les applique ?

L’humanité en péril devrait être mis entre toutes les mains – et ses informations devraient circuler dans les collèges, illustrant les photos de Yann Arthus Bertrand qui ornent souvent les murs et montrent à la fois les beautés de notre planète et les risques que nous courons de les voir définitivement disparaître… avant d’être à notre tour éliminés.

Le sous-titre, Virons de bord, toute ! nous invite à faire vite.

S’il y a un ouvrage à se procurer à la rentrée, aucun doute : c’est celui-ci.

Lu dans son unique version, sortie en mai dernier, un moyen format à la couverture bleue ( le fond ) blanche ( l’auteur ) et rouge ( le titre ).

250 pages, 15 euros – à acheter, à emprunter, à prêter, à faire circuler !

CG