Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire à Crozon, a créé la « Bibliothèque des refusés », où les écrivains peuvent venir déposer le manuscrit dont aucun éditeur n’a voulu ( envois postaux refusés ). A la disparition de Gourvec, sa secrétaire Magali gère le fonds : mille manuscrits.

Entre-temps, la jeune et dynamique éditrice Delphine Maspero est devenue la compagne d’un jeune auteur ( Frédéric Koskas ) dont les premiers romans publiés n’ont pas eu le succès escompté. De passage à Crozon, le couple déniche dans le fonds de cette Bibliothèque improbable un manuscrit qui se révèle une vraie perle : Les dernières heures d’une histoire d’amour, d’un auteur local improbable : Henri Pick, décédé depuis deux ans.

Or, à Crozon, Henri Pick était un pizzaiolo ordinaire, peu loquace, qui selon sa veuve Madeleine et sa fille Joséphine n’a jamais rien écrit de sa vie !

Publié à grands renforts de publicité chez Grasset, l’ouvrage devient un best seller.

Mais le mystère de son auteur demeure. Jean-Michel Rouche, un ancien critique littéraire du Figaro tombé dans l’oubli, va tenter d’éclaircir ce mystère…

David Foenkinos a livré ici un récit exceptionnel et passionnant !

L’air de rien, avec un humour et un détachement permanent, sans faux effet de style, il nous livre ici et là un parcours aux sentiers multiples, jalonné de nombreux personnages ( tous aussi attachants les uns que les autres ), un véritable puzzle littéraire aux enchevêtrements complexes, subtils, mais dans lequel le lecteur, ravi, ne parvient jamais à s’égarer – bref, une construction magistrale !

En même temps, l’auteur nous fait pénétrer dans les coulisses réelles de l’édition, puisque nous y croisons, entre autres, Michel Houellebecq, François Busnuel ( les lecteurs suivent La Grande Librairie ? ), Olivier Nora ( le patron de Grasset ) – mais aussi des personnages fictifs très vraisemblables : bibliothécaires, représentants, commerciaux…

Foenkinos partage l’intimité de chaque personnage, il nous relate son histoire, ses déboires – sans que ce soit jamais gratuit - … et le « mystère Henri Pick », dans sa deuxième partie, devient un véritable roman policier à rebondissements multiples, avec indices ( une carte postale d’Henri Pick, un ouvrage de Pouchkine avec des passages surlignés de sa main… ) dont le coupable ne nous sera livré que dans le dernier chapitre et même… à la dernière ligne, à l’issue de l’une des plus belles mises en abîmes littéraires qui soit !

Implicitement, il nous livre une clé littéraire qui m’est chère, ou : comment un petit événement, une décision imprévue, un coup de tête, peut bouleverser une… non, plusieurs vies, entraînant des déchirements, des séparations, et naissance de passions imprévues.

En même temps, le sujet de ce récit permet à Foenkinos de multiplier les traits d’humour ( page 194 : il commanda à son tour un verre de rouge et ils se mirent à parler sans le moindre blanc – l’a-t-il fait exprès ? ), les aphorismes et les métaphores.

Plus sérieusement, il nous affirme que notre époque mute vers une domination totale de la forme sur le fond ( p.154 ) puisque le « roman du roman » est en définitive plus passionnant que l’histoire qu’il raconte !

Il y a un moment où la joie des autres accentue votre désarroi, nous affirme-t-il page 228 avant d’affirmer ( page 318 ) : à part quelques auteurs, et pas forcément les meilleurs, plus personne ne vend(ait) de livres ( !)

Si vous devez en acheter un aujourd’hui, précipitez-vous sur celui-ci !