Benedict Hugues, qui enseigne le latin médiéval à Genève ( et vient d’être muté à Fribourg ), achète ( pas très cher ) aux enchères un ouvrage du XVIe siècle. Il y découvre, caché dans le reliure depuis près de cinq siècles, une lettre, un « message confidentiel » destiné à un cardinal ami de le Congrégation des pèlerins ibériques. À mots couverts, il y est question d’une conspiration ( rien d’autre que l’assassinat du pape ! ) destinée à faire triompher la vraie foi, face au « lupanar qu’est devenue Venise » et au danger de la nouvelle Réforme qui progresse. Il y est aussi fait mention d’une hérésie récente, celle du « Christ aux douze doigts » : un nouveau prophète qui, dans un futur indéterminé, devrait rétablir la chrétienté authentique.

Douze doigts, c’est justement ce dont est pourvu Bartolomeo San Benedetto, un fanatique catholique qui dirige à Pré Vigne ( au canton de Vaud ) une congrégation chargée… de la même tâche. Cette nouvelle fondation des pèlerins ibérique projette en effet une série d’attentats, avec la complicité… des membres de Daesh ! Ces derniers, en effet, ont été recrutés pour poser des bombes et semer la terreur au Vatican, et pour assassiner un pape jugé trop laxiste.

Vous avez aimé Da Vinci Code ? Alors il se peut que vous soyez séduit par ce Carnaval noir, dont les premières pages, comme dans un vrai polar, relatent l’assassinat de Donatella. Cette jeune étudiante de l’université de Venise vient de mettre la main sur un document qui fait le lien entre la Scuola Grande et Copernic : la clé qui expliquerait le vide suspect existant entre la publication de son oeuvre majeure ( De revolutionibus… vers 1533 ) et la condamnation de Galilée en 1633. En effet, Metin Arditi s’étonne du silence de l’église qui, pendant un siècle, n’a que fort peu réagi à l’hypothèse héliocentriste de Copernic. La clé, ce seraient une série de meurtres ( y compris chez les papes ! ) pendant cette période, notamment ceux perpétrés pendant le carnaval de Venise de 1575, le fameux Carnaval noir – ce qui justifie le prélude du roman : le meurtre de Donatella retrouvée noyée dans la lagune…

Bien sûr, il n’y a jamais eu de « Carnaval Noir » !

Mais Metin Arditi, en écrivain habile et scrupuleux, utilise certains faits pour nouer ici une intrigue contemporaine qui mêle religion, prophéties et attentats – une façon de montrer que le fanatisme religieux peut revêtir plusieurs aspects, y compris l’étrange alliance contre nature des intégristes catholiques et musulmans !

Ce qui frappe dans ce « thriller religieux contemporain» ( paru en août 2018 ), c’est d’abord l’abondance de la documentation historique de Metin Arditi ; mais aussi l’articulation audacieuse ( et parfois très… limite ! ) entre des faits historiques avérés et d’autres, imaginaires. Si bien que le lecteur attentif, au fil du récit, ne cesse de rechercher ( sur Wikipedia et ailleurs ) ce qui relève de la réalité ici et là de la fiction !

L’action est trépidante, les chapitres courts et les personnages… très nombreux : un handicap qui peut rebuter le lecteur. Pour ma part, et comme à mon habitude, j’ai noté le nom et la fonction de tous les protagonistes… avant de capituler après avoir rempli deux pages !

Carnaval Noir est un roman à la fois passionnant et touffu –une plongée inédite dans la Venise du XVIe siècle et un univers contemporain où s’affrontent deux protagonistes ( Benedict Hugues et Bartolomeo San Bendetto ) à la personnalité attachante.

Lu dans sa version grand format, la « Blanche de Grasset », dont la couverture crème est protégée par une superbe jaquette bleue représentant le pont des soupirs.


CG