Le commandant de police Mathieu Durey (dit L’Aumônier) enquête sur le suicide (probable) de son vieil ami Luc Soubeyras, noyé dans la rivière proche de sa propriété du Petit Vernay, près de Chartres.

C’est le jardinier qui a ramené le corps sur la rive – Luc serrait dans sa main une médaille religieuse, celle de Saint Michel Archange, qui combat le Démon.

En réalité, Luc a été (plus ou moins) ramené à la vie : il est dans le coma.

Pourquoi ce suicide ? La question taraude Mathieu Durey. Luc et lui, très croyants, se sont connus à l’adolescence ; ils ont fréquenté un temps La Catho de la rue d’Assas. Avant d’entrer dans la police, Mathieu, d’origine bourgeoise et bien-pensante, a failli devenir prêtre. Luc, lui, s’est lancé dans l’humanitaire, puis dans l’armée (Le Soudan, Vukovar…) avant d’entrer dans la police pour… affronter le Mal ! Durey attendra d’avoir 31 ans pour entrer lui aussi dans la police, après un séjour traumatisant au Rwanda.

Défiant sa hiérarchie et pour comprendre les raisons du suicide de Luc, Durey mène l’enquête commencée par son ami. Elle l’entraîne dans le Jura, à la suite d’un (double) meurtre qui n’est pas sans rappeler… l’affaire Gregory : mort d’un enfant, corbeau, assassin introuvable, scandale régional – mais très vite, l’enquête (morbide à souhait) tourne à l’irrationnel avec la présence… du Diable en personne ?

 

On ne présente plus Jean-Christophe Grangé depuis l’adaptation de son deuxième polar Les Rivières pourpres, que vous avez sûrement vu (mais pas lu ?) Eh oui, la rançon du succès, qui précède souvent le mythe, c’est quand le nom de l’auteur disparaît devant son adaptation. (Qui se souvient aujourd’hui que Carmen est au départ une nouvelle de Prosper Mérimée ? Tapez Les rivières pourpres et vous devrez avancer très loin pour retrouver le nom de l’auteur du roman éponyme, le visuel a tout dévoré )

Mais revenons au 6ème roman (2007) de l’auteur : les limbes, c’est le lieu où les âmes des Justes se trouvent enfermées, avant que Jésus ne vienne les délivrer. L’espace mystérieux où séjournent les enfants disparus avant d’avoir été baptisés. Un milieu indéfini, sombre, étouffant, où on attend la résolution de son sort. Ni la vie, ni la mort. (p.60)

Aucun doute : ce thriller plonge le lecteur dans la foi (plus que le milieu) catholique, aux frontières du Mal et de ses origines. Ce qui frappe, c’est la connaissance qu’a l’auteur de son sujet, il a sûrement fréquenté la Catho et lu Saint Augustin !

Grangé nous offre des portraits saisissants et brossés au couteau : Luc Soubeyras, certes, mais aussi Nathalie Dumayet, sa supérieure, Foucault, son adjoint – et ses collègues, Malaspey, le légiste Svendsen… Et, bien entendu, son héros Mathieu Durey, flic atypique qui obéit à trois vœux monastiques : obéissance, pauvreté, chasteté. Auxquels (il en a) ajouté un autre : la solitude (p. 82). Ce pavé nous plonge peu à peu dans l’horreur, c’est l’improbable remake d’un mariage Tarantino/Lovecraft mâtiné d’Anges & Démons ! Dans le genre diabolique, j’avoue pourtant avoir davantage frissonné à la lecture de Rosemary’s baby d’Ira Levin.

Soyons honnête : Jean-Chirstophe. Grangé a un talent certain pour entraîner son lecteur – à la manière de Stephen King, auquel il emprunte d’ailleurs un goût pour le macabre.

Pout tout avouer, l’excès n’est pas mon fort, qu’il s’agisse de violence ou de perversion – mais les amateurs ( et il y en a, à constater la surenchère dans les parutions actuelles) se régaleront sans doute avec La Terre des morts, du même auteur, où Grangé vous entraîne dans l’univers porno pour varier avec celui des forces démoniaques.